INCENDIES AUX CHAMPS
En i856 j’ai exécuté un tableau représentant Y Incendie d’une meule, que j’avais aussi observé sur nature.
J’avais vu cette meule enflammée, en plein soleil lugubre, sur laquelle se ruaient des groupes acharnés à en arracher les bottes non encore gagnées par le feu ; puis, cet amas d’un rouge noirâtre qu’elle laissa bientôt, exhalant par place des jets de fumée couleur de soufre où des flammèches rebrillaient au moindre vent avec des pétillements d’étincelles et des enlèvements de brandons emportés vers les meules voisines.
J’ai peint plus tard un incendie en pleine rue de village.
Je ne sais rien de plus sinistre qu’un incendie sous le soleil, à la campagne.
Quelle stupeur, par le grand silence des champs, si profond qu’on entend passer les mouches et craqueter le blé, lorsque, dans l’immobilité d’une sorte de sommeil farouche, retentit le premier cri : « Au feu! » Cri formidable quoique étranglé par la terreur! Tous l’enten-
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quelques tableaux
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dent; tous sont aussitôt dans la rue; hommes, femmes et enfants courent vers la maison d’où s’échappe la lugubre aigrette de flamme sous l’azur du ciel tout 'a coup livide; ils se précipitent aux abreuvoirs et aux puits , emportant leurs seaux, poussant leurs brouettes chargées de cuves et de tonneaux; ils s’enfoncent dans la fumée, forment les chaînes, grimpent sur les toits, pénètrent jusqu’au loyer du fléau; tous tremblant d’épouvante et d’héroïsme, si pâles, si uniformément pâles, qu’on croit que c est le soleil qui a pâli.