LE SOIR
C’est aussi à la suite de ces diverses impressions que j’ai composé le petit poème le Soir, le seul de ce temps qui, avec le sonnet de Courrières, m’ait semblé mériter d’être conservé dans Les Champs et la Mer.
Cette description en vers d’un petit fossé sous bois a été faite en même temps qu’un paysage peint.
Après les rêves ambitieux, j’étais de nouveau attendri par l’extrême simplicité.
Oh! bien peu de chose, en effet, que ce paysage, pourtant adorable de paix tranquille et de secrète douceur.
quelques tableaux
Je ne sais quelle exquise buée, si transparente, errait sur ce miroir d’or où de rapides et subtils insectes burinaient leurs sillages presque invisibles, effleurant à peine son immobile sommeil.
Aux bords, élancés vers le ciel, émergeant d’un sombre taillis d’aunes et renversant l’image de leurs troncs violets, de hauts peupliers, du bruissement de leurs femlles toujours balancées, marquaient le silence.
Le ciel était d’opale et, au fond, sous la ligne claire de l’horizon, dans la ronde trouée des sombres verdures, chatoyait un champ de colza jaune, à peine entrevu.
Et, s’inclinant sur l’eau, le soleil s y mirait, vermeil, et par de vagues remous de grenouilles, agitait, dans ses vibrations de feu, les joncs humides, tout fumants de brumeux effluves.
Et je jurai sur place, et je jure encore, que rien au monde n’est plus sublime que cette humble chose.
QUELQUES TABLEAUX