EN PLEIN CIEL
A mademoiselle Marie de Heredia.
Sous le nimbe d’un soir rayonnant et vermeil,
Sur l’eau moirée et rose où l’humide soleil Tombait, frissonnant dans la brume,
Ma barque indolemment berçait son lent roulis Et je perdais les bords de plus en plus pâlis Dans l’éther où tout nage et fume.
L’étang, calme miroir, répétait le tableau.
Deux soleils, s’attirant à l’horizon de l’eau, Vibrants dans la double coupole,
S’avancent l’un vers l’autre et, par la flamme unis, Mêlent leur double ardeur, entre deux infinis,
Au cœur d’une seule auréole.
Alors, comme entraînés d’un pieux paradis,
De légers flots lilas, sur les fonds attiédis Que la rosée au loin recule,
Entourent de leur voile aux longs plis onduleux L’astre ému qui s’éteint frémissant et frileux Dans ton mystère, ô Crépuscule !
AUBE ET CRÉPUSCULE
Brume, prière errante, ineffable blancheur,
Ame des étangs clairs qu’éveille la fraîcheur,
Je buvais votre extase insigne!
Et la barque avançait à chaque impulsion De la rame palmée, et, clans l’illusion
Blanche, elle glissait comme un cygne.
Et, le cœur emporté par le Rythme éternel, J’allai, flottant, fuyant tout vestige réel,
Sur les ailes de la Chimère.
Sous le prisme charmeur des songes de l’Azur, Enivré d’idéal merveilleusement pur,
Je quittais cette Terre amère.
Je contemplais encore et je cessai de voir,
Car le mirage avait effacé le miroir,
Le Rêve avait supprimé l’onde ;
Et le ciel sur mon front, et sous mes pieds le ciel, O vertige! ramant dans l’immatériel,
Je voguais au centre du monde.
Et plus rien alentour que les perles, l’argent Et les saphirs, l’opale au doux reflet changeant, Et l’immense allégresse blanche,
Puis le rayonnement des diamants sans fin Que laissa ruisseler le caprice divin Dans une céleste avalanche,
Car je planais encor lorsque l’Espace bleu Éclaira l’Infini de ses astres en feu
Qui brillent à travers scs voiles,
Et la barque arrêta sa cadence sans bruit.
Et, dans un long frisson de tendresse, la Nuit Me prit sous son manteau d’étoiles.
POESIE