‹ Un peintre paysanChapitre 54 sur 70 · LES SUCCÈS PRÉCOCES · texte numérisé non relu

LES SUCCÈS PRÉCOCES

J’ai parlé précédemment des dangers du succès, surtout lorsqu’il arrive brusquement, inespéré.

Les éloges goûtés dès l’enfance n’entraînent pas les mêmes périls.

J’ai connu des enfants qui avaient pour les arts de grandes dispositions précoces et dont les dessins surprenaient les artistes qui avaient l’occasion de les voir. Ceux-ci ne ménageaient pas l’ expression de leur étonnement en présence de ces petits artistes en herbe qui l’acceptaient très tranquillement, sinon d’une façon indifférente, trouvant qu’on était bien bon de s’intéresser à leurs croquis. J’en ai eu la preuve près de moi, chez ma fdle ; on comprendra que j’aurais mauvaise grâce à y insister. D’ailleurs elle ne me le permettrait pas. Je pourrais citer d’autres exemples. Un seul me suffira :

J’ai eu l’avantage de voir dans l’intimité d’une maison amie, une ravissante jeune fdle qui, dès son enfance, composait des poèmes d’une grâce angélique. En l’entendant mur-

PEINTURE

murer ses candides visions, nous ne pouvions retenir nos marques de surprise. Car rien d’exquis comme ces premières fleurs de l’aube dans leur fraîcheur emperlée et leur parfum naissant.

Plein de respect pour cette fillette qu’il appelait une enfant de génie, Leconte de Lisle s’amusait à recopier ses vers de sa belle écriture.

Mlle Marie de Heredia acceptait l’éloge avec une simplicité tranquille.

J’ai nommé la fille de l’illustre auteur des Trophées. Elle fait aujourd’hui d’adorables poèmes et ses succès à la Revue des Deux-Mondes n’ont rien changé à son attitude calme et modeste.

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