ROBERT-FLEURY
Vers 1 848, je ne passais jamais devant les étalages des marchands d’estampes sans regarder la belle lithographie de Mouilleron d’a-
près un tableau de Robert-Fleury, l’Autoda-fé.
On la voyait alors exposée à mainte vitrine.
Il y a dans cette composition, au premier plan, une femme jeune encore qui, dans un mouvement d'horreur, se rejette de côté, tandis qu’un moine, son bourreau, ramassé sur luimême, les jambes arc-boutées, la moitié de sa face cruelle cachée sous le capuchon, saisit les liens qui enserrent cette touchante victime effarée par la peur de mourir.
Auprès, des hérétiques se tordent au milieu des flammes. On croit entendre leurs horribles plaintes et les craquements du feu.
Je ne connaissais pas ce tableau, que j’ai vu plus tard à une exposition du boulevard des Italiens et qui m’a paru superbe ; mais rien que sa lithographie et ma grande admiration pour le Colloque de Poissy, déjà alors au Luxembourg, suffisaient pour m’inspirer un vif désir de connaître le créateur de ces deux chefs-d’œuvre qui, je dois le dire, sont restés bien haut dans mon estime, quoique le courant de l’heure présente soit ailleurs.
Un artiste de la valeur de Robert-Fleury ne peut pas être oublié, mais il est momentanément négligé.
Le public, sollicité de tous côtés, n’a plus le temps de fouiller les œuvres profondes; il se