‹ Un peintre paysanChapitre 63 sur 70 · T ROIS P E I N T R E S · texte numérisé non relu

T ROIS P E I N T R E S

Qu’elle était expressive, cette tête ravagée, aux longs cheveux noirs, aux yeux sombres, pleins cl’éclairs, se perdant sous les coins bridés des paupières tombantes ; aux sourcils touffus en broussailles, au nez taillé à facettes, aux narines mobiles, à la bouche serrée dont les coins s’abaissaient sous l’ombre d’une moustache courte, la lèvre inférieure avançant avec sa touffe de poils, vraie tête de lion malade.

Tout en lui semblait frémir nerveusement avec je ne sais quoi de glacé et de hautain.

Il vous tenait sous un charme singulièrement dominateur et on se demandait, comme devant sa peinture, si ce charme était fait de laideur sublime ou de beauté sauvage.

Avec tout cela on le disait homme du monde, d’une absolue correction, et, chose étrange! il écrivait dans un style mesuré des pensées classiques.

Tel je revois, toujours blême et souffrant, ce grand inquiet des outrances de la vie et des fermentations morbides, ce génie tourmenté que l’on a comparé à Prométhée dérobant le feu du ciel, à Prométhée dévoré du vautour et dont le nom lui-même rappelle un divin supplice.

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