‹ Un pékin sur le front;Chapitre 11 sur 13 · I.E GÉNÉRAL GOVRAVD · texte numérisé non relu

I.E GÉNÉRAL GOVRAVD

Ayez-vous tu des chats siamois ? Avez-vous remarqué leurs {mmelles fixes, leurs bizarres prunelles éclairantes, d'un bleu laiteux, pho&- ' phorescKit, qui luisent mystérieusement comme des opales encbftssées dans leur face fauve ? Eh bien t les yeux de Gooraud sont pareils.

n y a dans son r^ard tm sortil^e : nul ne résiste & sa force magnétique. Sans doute, c'est son fime héroïque de soldat qui rayonne à travers ses yeux translucides.

Au milieu des fumées pestilentielles de cette guene de chimistes, au milieu de la boue des tranchées, Gouraud apparaît comme un de ces nobles chevaliers qui subirent aux grandes époques de foi de notre histoire. Ses jreux clairs de crosrant, on s'imagine les voir luire dans l'ombre de la visière d'un heaume. Son long visage aux grands traits simples, stylisés, d'une noblesse gothique, d'une fixité pour ainsi dire tombale, semblent taillés dans le granit dont il a la chaude teinte bistrée. Gouraud évoque ces pures figures de preux qui sont couchés, les yeux grands ouverts, sur le pavé

des cathédrales, serrant sur leur poitrine pour rétemité le glaive à la poignée en croix.

Évidemment, je n'ai pas vu le général Goaraud en pleine bataille, sons le feu, fanatisant ses soldats qui l'adorent. Ce doit être un sublime spectacle. Mais il m'a été donné d'assister à la grande revue des drapeaux de Verdun, passée par lui en Champagne, vers la fin de l'hiver dernier.

Vous avez tous pu voir revivre, sur l'écran des cinémas, cette splendide vision d'une telle grandeur morale qu'elle transparaissait malgré l'insensibilité du procédé mécanique. L'émotion qui s'en dégageait était tellement intense que, dans la nuit de la salle, on avait envie de crier, d'acclamer ces apparences, comme si nos héros étaient là vivants devant nousl... Mais, tout de même, il y a dans la réalité d'une telle scène une sorte d'émanation d'âme, quelque chose d'immatériel qui ne peut se fixer sur la froide gélatine des films. Peut-on photographier l'épopée ?...

Il fallait être là, respirer cette atmosphère exaltée, entendre au lointain de cette plaine,

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tonte bleue de sokUts, les clairons et les tamboun sonner et battre aux champs, entendre ces drapeaux ivres, gonflés d'espoir, claquer au vent de la victoire! '

Sur le passage d'un drapeau, en temps de paix, on se découvrait, étreint d'une émotion qui vous piquait les yeux. Mais là, à cette revue, c'était deux cents, trois cents drapeaux, une légion d'étendards rangés sur une immense ligne, à perte de vue, faisant tout un horizon tricolore et doré, vibrant conune un mirage, un ciel national, frémissant de gloire.... Et c'étaient les drapeaux de Verdun I....

Toute cette magnificence s'agitait sur l'immobilité figée des hommes en capotes décolorées, conune l'idéal raytmnant sur le sacrifice.

n fallait voir le général, suivi à distance pai son État-Major, s'avancer dans un solennel isolement, passer sur ce front fiamboyant, et saluei chaque drapeau du seul bras qui lui reste.

Ah I ce salut de Gouraud. d'une gaucherie émouvante, c'est un symbole et un exemple I n est unique, ce salut, et légendaire dans son armée.

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