‹ Un pékin sur le front;Chapitre 5 sur 13 · CO · texte numérisé non relu

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sur les toits ; des blancheurs de cornettes apparaissent derrière les vitres des fenêtres : on dirait que des anges passent.... Le long du mur, une cloclie recueillie attend patiemment Vangelus. Dans un coin, un houx énorme, trois fois centenaire pour le moins, constellé de ses mille petites boules rouges, ressemble à un arbre de Noël. Un léger arôme de tisane flotte dans Tair candide, et on a sur les lèvres comme la fraîcheur d'une pastille de menthe....

Bientôt ime porte s'ouvre ; nous entendons

à la cantonade une voix décidée de maîtresse

' fenmie donnant des ordres rapides.... Et dans

un actif cliquetis de clefs et de chapelet, sœur

Gabrielle vient vers nous.

Elle est jeune pour une supérieure et porte la coifie de l'ordre de Saint-Vincent de Paul, ées grandes ailes blanches qui mettent, en se penchant sur les lits douloureux, comme une ombre apaisante de purs rideaux de lin.

« Bonjour, messieurs. Entrez, je vous en 1 prie, dans le parloir. »

Nous sommes là deux officiers et quatre jour- \ nalistes, et nous hésitons devant le parquet

immaculé, les yeux désolés et confus, baissés vers nos gros souliers et nos jamlàères qui ne sont plus que des bottes de boue ; car nous avons passé la matinée dans les tranchées.

t Oh l ma sœur, vraiment non ; ce serait un sacrilège I »

Mais la bonne sœur nous bouscule et noua pousse :

c Allons, allons, entrez ; nous sommes en guerre I >

Brouhaha.... On dérange le pensionnat des chaises bien sages rangées le long des quatre

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murs blanchis, et nous voici, le stylo au bout des doigts, tout oreilles, assis autour de la sœur.

f Je vois ça. Vous désirez, messieurs, que je vous raconte comment ma chère maison a échappé à rincendie. Je suis un peu pressée, car ça va être l'heure du repas de mes vieux. Mais tout de même, puisque vous avez pris la peine de venir de si loin, je vais vous contenter. Voici : Les troupes- françaises, sous la pression des Allemands, ont dû abandonner Clehnont le 4 septembre. Tous les habitants et même le maire (je l'excuse, car c'est un vieil homme très fatigué et qui s'était beaucoup surmené pendant la mobilisation) avaient quitté la ville. I.es autorités militaires françaises vinrent me prévenir que je devais sur-le»champ partir aussi. J'ai demandé : Pouvez-vous faire évacuer les vieillards dont j'ai la charge. ? Je ne partirai pas sans eux.

c Malheureusement, cela n'avait pas été prévu. Je suis donc restée seule avec mes sœurs à mon poste.

c Je fis alors un petit tour dans la ville déserte. Les dernières troupes françaises venaient

de passer. Les rues étaient vides. Sexil, couché sur le sol, un malheurenx petit fantassin gisait, pâle, pâle, presque inanimé. « Mon pauvre petit, ■ lui ai-jedit, il faut te lever et suivre tes cama- « rades. Les Allemands vont arriver et ils te « tueront. » Mais il était épmsé par la dysenterie ; il n'en pouvait plus. Il me répondît d'une voix mourante : i Qu'ils me tuent, s'ils veulent, je suis à bout de forces ».

« Alorâ, je l'ai porté comme j'ai pu jusqu'à l'hospice. Mais où le mettre ? Le pauvre petit me disait ; ■ Couchez-moi dans le dortoir ; vous « direz que je suis un de vos vieux, • Voyez-voui ça 1 Avec cette pauvre figure d'entant I Je me disais : « Si ces maudits Allemands le découvrent, « ils vont tout massacrer. » Alors, j'ai eu une ' idée I Je lui ai arrangé un lit dans un petit cabinet à part, et j'ai accroché sur la porte une belle pancarte où j'ai écrit en grosses lettres : Contagieux. Que le bon Dieu me pardonne ce petit mensonge 1

a Voilà que les premiers obus allemands éclatent. Bientôt c'est un terrible bombardement, tout s'écroule partout. Mes pauvres vieux

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