SŒUR GABRIELLE
étaient fous de peur. Aidée de mes sœurs, je les descends à la cave et je les installe tant bien que mal sur des matelas. Nous avons passé là de pénibles moments à la lueur d'une lampe pigeon.
€ Enfin, vers cinq heures du matin, le bombardement cesse et j'entends un bruit cadencé de grosses bottes : c'était l'infanterie allemande qui arrivait ; puis des fourgons, des caissons, et des canons, et des canons I
c Que faire ? Je ne sais pas un mot d'allemand. Je me dis : « Us ne comprendront pas un « mot de ce que je vais leur dire, si je leur parle. » Je suis Auvergnate, messieurs 1 »
Nous œ pouvons nous empêcher de sourire. Bravo, ma sœur, vous ne faites pas mentir la légende : « A moi, d'Auvergne, ce sont les ennemis 1 »
Toute à son récit, la bonne sœur reprend vivement :
c Qu'est-ce que je fais ? J'écris bien lisiblement, sur im papier, à peu près cela : Messieurs, je suis restée ici, avec mes sœurs, auprès des vieillards infirmes dont j'ai la garde. J'ai des lits. Comme me le commandent les lois de la
guerre et les préceptes de ma religion, je soignerai vos blessés avec un entier dévouement ; épargnez la ville et mon couvent. Je m'en rapporte à votre dignité de soldats.
< Il n'était que temps. De violents coups de crosse ébranlent la porte, qui cède et s'abat, et je me trouve face à face avec trois grands officiers allemands qui braquent sur moi leurs revolvers. Je tends mon papier à celui du milieu. Il met son monocle et lit attentivement pendant que les autres me tiennent en joue. Puis U me dit, en mauvais français :
« Où est le bourgmestre ?
— Il est parti.
— Où est le pasteur ?
— Il est parti.
— Tout le monde est parti. Alors, on nous prend pour des barbares l On s'en repentira.
Vous, brave ; votre maison sera respectée. »
« Alors, d'un geste, je relève les canons des pistolets, et je lui dis fermement :
« Il faut que vous me donniez votre parole d'honneur que vous épargnerez aussi la ville.
a II répond : « C'estbien », et il demande