‹ Un pékin sur le front;Chapitre 7 sur 13 · SŒUR GA BRI ELLE · texte numérisé non relu

SŒUR GA BRI ELLE

visiter l'hospice. Quand il voit le dortoir, dont les lits étaient vides (les vieux étaient toujours à la cave), il dit : « Il me faut ces lits ». Je lui fais observer que ce sont les lits de mes vieux et que je les garde pour eux. Mgis il me répond brutalement : « Les vieux, ça n'existe pas en « temps de guerre. Capout ! les vieux 1 » Mais il avait affaire à forte partie. Je me débats et, pour le décider, je lui promets les soixante-dix autres lits de l'hôpital pour ses blessés. Il me demande si je n'ai pas caché chez moi des soldats français. Je lui réponds : « J'en ai un », et je le conduis devant la chambre où est couché mon pauvre petit fantassin, bien tremblante vous pensez. Je lui montre la pancarte : Contagieux, en lui disant : Fièvre typhoïde. » Ils parlent entre eux ; j'entends plusieurs fois le mot t)T>hus . . .

et ils n'insistent pas. Je respire et je rends grâce à Dieu.

Très mtéressés à

ce petit soldat, nous demandons ce qu'il est devenu.

c Oh 1 il a guéri et, quand les Français sont revenus, il est parti.

c Bientôt, les blessés allemands arrivent à pleines charrettes. Je les installe partout, dans toutes les salles libres.

< Mais voici que, vers dix heures, le feu éclate dans la ville,toutes les maisons brûlent et notre couvent est entouré de flammes. La chaleur est tellement intense que les vitres de nos fenêtres éclatent. Je cours vers le colonel (]'ai appris depuis que l'officier à qui j'avais parlé était colonel). Je lui dis, indignée : t Monsieur, < la parole d'honneur pour un soldat français ff est une chose sacrée ; que vaut donc la parole « d'un officier allemand ?» Oh 1 cela l'a touché, n me répond, visiblement troublé, que c'est un feu de cheminée qui a provoqué l'incendie d'une maison. Ce n'était pas vrai : l'incendie avait été allumé et propagé par ordre. Mais je lui fais toucher les murs de notre maison qui sont brûlants. Alors, il a peur pour ses blessés, et il envoie cherher une escouade de

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sapeurs, car les pompes de la ville étaient détruites.

< Toute la nuit, ces sapeurs ont arrosé les murs et ainsi notre cher couvent a pu échapper à rincendie. »

Nous entendons tinter la cloche de l'angelus.

n est midi.

La sœur Gabrielle se lève, nous nous apprè* tons à prendre congé. Mais l'im de nous désire poser encore quelques questions à la sœur.

« Comment se sont comportés les soldats allemands vis-à-vis de vous ?

— Eh bien 1 messieurs, il faut être juste, ils étaient polis. Chaque fois qu'une de nos sœurs passait devant eux, ils s'effaçaient et faisaient le salut militaire. »

Ainsi, le charme angélique de ces saintes femmes agissait sur ces bêtes féroces, et ce fut le miracle renouvelé de sainte Blandine.

c Mais, reprend sœur Gabrielle, ils étaient gourmands et avaient un appétit vorace. Figurez-vous qu'après m'avoir pris mes poules et mes lapins, ces misérables s'apprêtaient tout

simplement à égorger mes cochons, les cochons de mes vieux I

< Ah I potir le coup, j'ai éclaté ; je leur ai déclaré tout net qu'ils me tueraient avant mes cochons. £b bien I je les ai sauvés aussi !

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