Archives de la Nouvelle-Écosse, p. 139 et suivantes
pourvu à ce que les sujets du roi de France auraient la liberté de se retirer en aucun lieu qu'ils jugeraient convenables, avec tous leurs effets mobiliers.” On a vu que le terme d’un an, d’abord fixé, avait été prolongé indéfiniment par la reine Anne.
La réponse du gouverneur Cornwallis contenait cependant deux aveux qu'il est très important de noter, parce qu'ils sont une confirmation du traité. D'abord i! reconnaissait pleinement le droit qu’avaient les Acadiens de quitter la province ; ensuite il engageait sa parole de les laisser partir dès le premier moment favorable.
Les Acadiensnese faisaient guère illusion sur cette dernière condition. Ils voyaient clairement que le gouverneur ne cherchait qu'à gagner du temps. Aussi poursuivirent-ils leurs Cémarches. Frustrés de ce côté, ils s’adressèrent à la cour de France, où ils firent parvenir leurs requêtes. Le roi et ses ministres finirent par s’en émouvoir, et l'ambassadeur de France à Londres fut chargé au mois de mai 1755 de proposer au roi d'Angleterre d'accorder trois ans aux habitants français de la péninsule, pour s’en éloigner avec leurs effets, et de leur donner tous les moyens nécessaires pour faciliter ce transport.
Le roi d'Angleterre ne crut pas devoir accéder à
cette demande, donnant pour raison que ce serai priver la Grande-Bretagne d'un très grand nombre de sujets uliles.
Il faut rendre cette justice au cabinet de Londres que, en communiquant au gouvernement de la Nouvelle-Ecosse ce refus de laisser émigrer les Acadiens, il lui enjoignait “ d’user de la plus “ grande précaution et de la plus grande prudence, *“ de peur, ajoutait la dépêche, que, par leur départ, “ le roi de France ne profitât d’un si grand nombre ‘ de sujets utiles. ”
On verra par ce qui va suivre de quelle manière le gouverneur Lawrence, second successeur de Cornwallis, exécuta les ordres du cabinet de Londres.
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Quelques historiens ont voulu nier que la convoitise Ces colons anglo-américains ait été une des causes de l'expulsion des Acadiens; maisiln'y a qu'à ouvrir la collection des documents officiels de la Nouvelle-Ecosse pour en trouver la preuve.
Cett: convoitise datait d’un demi-siècle ; elle avait été l’un des motifs qui avaient engagé, en 1710, les provinciaux de la Nouve'le Angleterre à
s’enrôler dans l'expédition de Nicholson contre Port Royal. !
‘“ Ils possèdent les meilleures et les plus grandes terres de cette province, écrivait, en 1754, le gouverneur Lawrence ? aux lords du commerce, et je ne puis m'empêcher de penser qu'il serait beaucoup mieux, s'ils refusent de prêter serment, qu'ils en fussent chassés. ” ?
D'autre part, les lords du commerce lui répondaient le 20 octobre suivant :
“ Si le juge en chef est d'opinion qu’en refusant de prêter serment sans réserve, ou en désertant leurs établissements pour se joindre aux Français, ils ont forfait à leur titre de propriété, nous désirerions que des mesures efficaces fussent prises pour mettre à exécution par un piocédé légal une telle forfaiture, afin de vous mettre en moyen de concéder leurs terres à toutes personnes désirant se fixer en cet endroit, où nous croyons qu’un établissement serait d'une grande utilité, s’il pouvait être .
1. Collections of Nova-Scotia Historical Society, v. IV, p. 22. 2. Lawrence avait été nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse en 1754.
8. They possess the best and largest tracts of land in the Province....1 cannot help being of opinion that it would be much better, if they refuse the oaths, that they were away.— Extract from a letter of Governor Lawrence té Lorde of Trade, August 1st, 1754.—Selections from the Public Documents of the Province of Nova Scotia, p. 213.
effectué dans l’état actuel des choses ; et comme M. Shirly ! a insinué dans une lettre à Lord Halifax qu’il est probable qu'on pourrait se procurer un nombre considérable d'habitants de la Nouvelle-Angleterre pour s'y élablir, vous feriez bien de le consulter sur ce sujet.” ?
Si les colons américains ne sont pas venus s’emparer des terres des Acadiens immédiatement après leur expulsion, c’est qu'il était trop dangereux de s'y fixer à cause du voisinage de ceux des habitants qui s'étaient réfugiés dans les bois avec les sauvages. Ÿ