‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 92 · Journal de Winslow, p · texte numérisé non relu

Journal de Winslow, p

Beamish Murdoch dans son Histoire de la Nouvelle- Ecosse, v. II, p. 47, cite le jugement de l'amiral Knowles sur les soldats anglo-américains qui composaient la garnison de Louisbourg où il commandait : He calls the New-England soldiers lazy, dirty and obstinate : ‘‘ Every one I found, here, from the generals down to the corporals, were sellers of rum.”

L'extrait suivant d’une lettre du rév. Hugh Graham au rév. Dr Brown, d'Hulifax, dutée de 1791, achèvera de faire connaître le caractère des soldats américains :

‘A party of rangers of a regiment chiefly employed in scouring the country of the deluded French who had unfortunately fallen under the bannu of British policy, came upon four Frenchmen who had all possible caution, ventured out from their skulking retreats to pick some of the straggling cattle or hidden treasure. The solitary few, the pitiable four, had just sat down weary and faint on the banks of the desert stream in order to refresh themselves with some food and rest, when the party of Rangers surprised and apprehended them, and as there was à bounty on Indian scalps, a blot, too, on England escutcheon, the soldiers soon made the supplicating signal, the officer’s turned their backs, and the French were instantly shot and scalped. A party of the Rangers brought in one des 25 scalps, pretending that they were Indian’s, and the commanding ofticer at the fort, then Col. Wilmot, afterwords Governor Wilmot (a poor tool) gave orders that the bounty should be paid

tranquille, car il avait la conscience du rôle odieux qu'on lui faisait jouer, et de la flétrissure qu'il allait attacher à son nom. Plusieurs passages de son Journal laissent entrevoir les remords qui l’agitaient. Au reste, il aurait fallu avoir dépouillé tout sentiment humain pour n'être pas ému à la pensée de tant de malheurs dont il allait être un des premiers auteurs. Sans doute, à ses yeux, les Acadiens étaient de grands criminels ; ils avaient résisté aux promesses aussi bien qu'aux menaces qu'on

them. Capt. Huston who had at that time the charge of the military chest, objected such proceedings both in the letter and spirit of them, The Colonel told him, that according to law the

rench were all vut of the French, that the bounty on Indian scalps was according to : ‘* Law, and that tho’ the law might in ‘* some instances be strained a little, yet there was a necessity ‘ for wiuking at such things.” Upon account, Huston, in obedience to orders, paid down £250, telling that the ‘‘ curse of ‘ God should ever attend such guilty deeds.” A considerable laïge body of the French were one time surprised by a party of the Raugers on Peticoudiac River ; upon the first alarm, most of them threw themselves into the river and swam across, and by way the greater part of them made out to elude the clutches of these bloody hounds, tho’ some of them were shot by the merciless soldiery in the river. It was observed that these Rangers, almost without exception, closed their days in wretchedness, and particularly a Capt. Danks who even rode to the extreme of his commission in every barbarous proceeding. In the Cumberland insurrection (late war) he was suspected of being ‘* Jack on both sides of the bush,” left that place, Cumberland, in a small jigger bound for Windsor, was taken ill on the passage, thrown down into the hold among the ballast, was taken out at Windsur, is half dead, and had little better than the burial of the dog. He lived under a general dislike and died without any to regret his death.”

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leur avait faites ; ils étaient un perpétuel danger pour son pays. Mais il se disait aussi que leur entêtement, qu'il qualifiait de stupide, avait pour mobile un sentiment que les hommes ont toujours respecté ; celui de la religion et du patriotisme. Il ne pouvait se dissimuler qu'il y avait de la sincérité dans leur croyance, quelque superstitieuse qu'elle lui parût, et dans leur patriotisme puisqu'ils y sacrifiaient leurs intérêts ; et il pressentait que l'avenir serait plus sévère pour sa conduite que pour celle de ses victimes.

“J'en ai pesant sur le cœur et sur les mains, écrivait-il.…. J'ai hâte d'en avoir fini avec cette besogne, la plus pénible dans laquelle j'aie jamais été employé.” !

Autour de lui se déroulait une nature riante, où tout respirait le calme et le bonheur de la vie champêtre. L’horizon bleuâtre des montagnes qui ferment au nord le bassin des Mines, et les âpres

1. Things are uow very heavy on my heart and hands....I impatient]y wait....that once at length we may get over this troublesome affair, which is more grevious to me than any service Î was ever employed in. —Journal of Winslow, p. 97, 134.

Le commandant de Port-Royal, John Handfield, à qui Winslow écrivait ces dernières paroles, était poursuivi par le même sentiment de honte et lui répondait : I Heartily join with you in wishing that we were both of us got over this most disagreable and troublesome part of the service. —Journal de Winslow, p. 142,

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falaises, couronnées de forêts, du cap Blomedon qui en protège l'entrée, étaient noyés dans l’atmosphère chaude et vaporeuse du soleil d'août. Les eaux du bassin, gonflées par le flux, s’épanouissaient comme une nappe de lumière, en emplissant les dignes et les rivières aux Canards,des Habitants, de Caspareaux, dont les rivages étaient animés par des groupes de jeunes gen: :t d'enfants attirés par la curiosité. |

Au bord de l’eau s’étendait à perte de vue la CGrand'Prée, toute jaunissante de moissons, ou animée par les troupeaux qui paissaient le riche gazon ; et au-delà, sur les pentes verdoyantes des coteaux qui entourent le bassin, étaient disséminées les maisons simples et rustiques des Acadiens, avec les villages de Grand-Pré et de la rivière aux Canards, surmontés des clochers de leurs églises, qui se dessinaient sur l'arrière plan des hauteurs boisées qui encadrent l'horizon.

Les habitants, dispersés dans leurs champs, interrompaient par intervalle leurs travaux pour se demander ce que signifiait l’arrivée de ces nouvelles troupes. Malgré les vagues rumeurs qui leur étaient venues de divers côtés, ils ne soupçonnaient évidemment pas l’'épouvantable catastrophe qui était sur le point de fondre sur eux. Dans quelques jours

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cependant, ce vallon si paisible et qui abritait tant de familles heureuses, allait devenir le coin le plus désolé du monde.

Winslow ne fit d'abord que jeter l’ancre devant Grand-Pré ; il remonta la rivière Pisiquid (aujourd'hui l'Avon), et débarqua ses troupes au village de Pisiquid où avait été bâti un fort en palissades nommé fort Edward, d’où Le capitaine Murray avait l'œil sur la population environnante, Winslow fit dresser les tentes de ses soldats autour du fort, et passa quelque temps auprès de Murray pour concerter avec luiles moyens de préparer le piège qu'ils avaient à tendre, sans éveiller les soupçons des Acadiens ; puis :! redescendit à Grand-Pré.

En l’absence du missionnaire, il fit venir quelques-uns des principaux paroissiens, et leur enjoignit d'enlever les vases sacrés de l’église, car il voulait s'en servir pour faire son quartier général, !

1. Afin de priver les Acadiens de leurs conscillers les plus éclairés, et par là de mieux assurer le succès du complot, Lawrence avait donné ordre de s'emparer d'avance des mission: naires soit par la ruse, soit pas la force ouverte, Les trois desservants de cette partie de la baie, MM. Chauvreulx, Daudin et Lemaire, avaient été arrêtés dès le milieu de juillet précédent, conduits à Halifax et détenus séparément sur la flotte de l'amiral oscawen, Ils furent ensuite envoyés en Angletorre d'où ils passèrent en France,

Ces actes de violence n'avaient pas trop surpris leurs paroissiens, car ceux-ci étaient habitués à voir leurs prêtres en butte aux persécutions, 1] faut bien avouer aussi que les Acadiens,

Cette profanation par laquelle Winslow inaugurait son arrivée était de sa part une imprudence de nature à trahir ses intentions hostiles, et qui aurait dû, ce semble, éveiller la méfiance des habitants. Ceux-ci cependant n'en furent guère émus, ce qui prouve bien ce que valait le régime de douceur dont se vantaient les autorités officielles en reprochant aux Acadiens de s’y être montrés ingrats. Mais les Acadiens avaient fini par s’endurcir au x vexations et à s'endormir au bord de l’abime. Ils avaient cru donner des preuves suffisantes de leur neutralité en livrant leurs armes. Ce fut leur dernière faute et la plus grande ; car elle les laissait à la merci de leurs ennemis. Ceux-ci n'eurent plus qu'à attendre une occasion favorable pour tendre leurs pièges et les y faire tomber. Elle était venue.

Winslow transforma l'église en arsenal et en

aveuglés par tant d'intérêts qui les attachaient à leur pays, refusaient obstinément d'ouvrir 1 yeux à l'évidence. Ils avaient été inutilement avertis depuis longtemps. Le plus clairvoyant de leurs missionnaires, surtout, l'abbé Leloutre, avait en vain accumulé sur sa tête toutes les colères et toutes les haines de leurs ennemis, en démasquant sans relâche leurs projets ; les prédictions de cette autre Cassandre n'avaient pas été plus écoutées que celles de la fatidique Troyenne. Simples et droits, les Acadiens étaient faciles à tromper ; leurs oppresseurs, plus perfides que les Grecs, le savaient, et ils ne reculaient devant aucune trahison pour y arriver. On verra par certaines citations qui vont suivre, daus quel réseau de mensouges les malheureuses victimes avaient été envoloppées.

AU PAYS D'ÉVANGÉLINE s{

salles d'armes, dressa les tentes de ses soldats sur la place publique, et s'établit lui-même dans le presbytère. Pour prévenir toute surprise, il fortifia son camp d’une enceinte de palissades, et il écrivit au gouverneur Lawrence, qui lui avait exprimé la crainte que les habitants en fussent alarmés : ‘“ Ces travaux ne leur ont pas causé la moindre inquiétude, car ils y ont va la preuve que le détachement doit passer l'hiver au milieu d'eux.” 1 Et Winslow concluait en disant que, les récoltes n'étant pas encore terminées, il était convenu avec Murray d'attendre jusqu'au vendredi suivant pour publier l'ordre du gouverneur.

Le 80 du mois, Murray, venu du fort Edward à Grand-Pré, s’enferma dans le presbytère avec Winslow pour conclure les derniers préparatifs. Il fut convenu que Winslow sommerait toute la population mâle des environs de Grand-Pré de venir le rencontrer à l'église pour entendre l’ordonnance du roi, et que Murray ferait de même à Pisiquid. Winslow fit alors entrer les officiers qu'il avait sous ses ordres, leur fit prêter serment de garder le secret, et leur communiqua ses instructions et ses plans, Aucun d’eux ne fit d’objections, et Murray reprit le chemin du fort Edward.

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1 Journal de Winslow, p. 85.

Dans la journée du dimanche, le dernier que les pauvres Acadiens avaient à passer en paix au sein de leurs familles, Winslow eut la satisfaction d'observer qu'il n'y avaitaucun mouvement inusité dans le village. La seule contrariété qu'il éprouvât fut de voir que les moissons n'étaient pas encore toutes rentrées, et qu'une partie allait peut-être échapper à la destruction. Il avait pu le constater durant une tournée qu'il venait de faire dans le voisinage avec une cinquantaine de ses hommes.

Des croisées ouvertes du presbytère, il était témoin ce jour-là d'une scène qui ne pouvait manquer de se graver dans sa mémoire, et qui lui revenait sans doute lorsqu'il traçait certains passages de son journal, cù l'on devine les pensées troublantes qui l’obsédaient, comme ce qui suit, var exemple : “ Nous aurons bientôt les mains pleines de l'affaire désagréable qui nous oblige à chasser un peuple de ses anciennes habitations, lesquelles, dans cette partie du pays, ont une très

grande valeur.

1. Shall s6on have our hands full of desagreable business (0! remove people from their ancient habitations which, in this part of the country, are very valuable. — Journal de Winslow. p. 72.

C’est que, malgré lui, il établissait un contraste terrible entre la douce pastorale qu’il avait sous les yeux et les scènes de désespoir qu'il allait provoquer dans quelques jours. Ce contraste lui apparaissait d'autant plus violent qu'on était précisément à l'époque de l’année où le bassin des Mines offrait le coup d'œil le plus séduisant, et que, du point de vue où il était, il embrassait tout l’ensemble et les détails de ce charmant paysage avec le mouvement rural qui l’animait.

On se sentait au milieu d’une atmosphère de quiétude et de sérénité, dans cette solitude lointaine et ignorée du monde, autour de cette nappe d’eaü, à peine moirée par la brise, abritée comme * un lac, là-bas par des hauteurs bleuissantes, plus près par le promontoire abrupt dn capau Porc-Epiec, ici par un cercle de pentes douces terminées par la Grand’Prée. On y entendait beugler les vaches qui remontaient vers les étables où les attendaient les laitières. Il n’y avait pas jusqu'au chant du grillon, caché dans l'herbe, qui ne rappelât le bonheur domestique.

Ce bonheur, il est vrai, n'avait pas atteint ce degré de perfection, cet idéal qu'ont voulu y voir certains auteurs qui en ont fait des tableaux de fantaisie : l'Acadie n'a jamais été l'Arcadie. Les

Acadiens avaient leur part des misères et des défauts qui sont l'apanage de l’humanité. Un bon nombre d’entre eux étaient processifs comme les Normands leurs pères, jaloux les uns des autres, comme les Canadiens leurs frères. Ils n'étaient pas toujours dociles, obéissants à leurs missionnaires, comme l'ont supposé quelques auteurs aussi loin en cela de la vérité que les idéalistes qui les ont représentés comme des hommes parfaits ; mais, en général, ils étaient bons, affables et serviables. L'esprit français, toujours gai, toujours vif, prompt aux reparties, s'était conservé parmi eux, bien qu'ils n’eussent d'autre instruction que les solides principes du christianisme. Modérés dans leurs goûts, simples dans leurs habitudes, ils avaient peu de besoins, et ils étaient contents de leur sort. L'incomparable fertilité de leurs terres, moins difficiles à ouvrir et à cultiver que celles du Canada, leur donnait en peu d’années assez d’aisance pour établir leurs enfants autour d'eux, et pour jouir d'une vieillesse heureuse. Quant à leur moralité, elle n’a pas besoin d'autres preuves que l’étonnante fécondité des familles, qui n'a été égalée que par celle des pasteurs boers du Transvaal. !

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1. Voici un témoignage non suspect de la pureté des mœurs et du caractère des Acadiens, écrit en 1791, par l'honorable

La population de Grand-Pré était répandue par essaims dans le village, ou apparaissait aux fenêtres ouvertes et devant les portes des maisons. (à et là s'élevaient des cris joyeux d'enfants attronpés sous les arbres des vergers chargés de fruits, ou des voix de femmes qui chantaient pour endormir leurs nouveaux-nés. Quelques vieillards, assis sur les clôtures, fumaient tranquillement leurs pipes en devisant du lendemain. Des groupes de garçons et du jeunes filles, vêtus de leurs habits du dimanche, passaient, en causant, aux abords de l’église ; les jeunes gens habillés d’étoffe tissée à la maison; les jeunes filles portani jupon et manlelet, coiffées

Trook Watson, qui avait commandé le détachement envoyé à la Baie Verte pour en enlever les habitants et brûler les maisons.

‘C'était un peuple honnête, industrieux, sobre et vertueux ; rarement des querelles s’élevaient parm eux. En été, les hommes étaient constamment occupés à leurs fermes, en hiver, ils coupaient du bois pour leur chauffage et leurs clôtures, et faisaient la chasse ; les femmes s’occupaient à carder, filer et tisser la laine, le lin et le chanvre que ce pays fournissait en abondance. Ces objets, avec les fourrures d'ours, de castor, de renard, de loutre et de martre, leur donnait non-seulement le confort, mais bien souvent de jolis vêtements. Ils leur procuraient aussi les autres choses nécessaires ou utiles au moyen du commerce d'échange qu’ils entretenaient avec les Anglais et les Français. Il y avait peu de maisons où l’on ne trouvât pas une barrique de vin de France. Ils n'avaient d’autres teintures que le noir et le | vert; mais afin d'obtenir du rouge dont ils étaient remarquable-

ment épris, ils se procuraient des étoffes rouges anglaises qu'ils coupaient, échiffuient, cardaient, filaient et tissaient en bandes dont étaient ornés les vêtements des femmes. Leur pays était tellement abondant en provisions que j'ai entendu dire qu'on

de chapeaux de paille tressée de leurs m:ins. Bien des couples qui, en ce moment, se faisaient des aveux et formaient des projets d'union, étaient loin de se douter qu'ils étaient à la veille d'être séparés pour ne plus jamais se revoir.

Dans la journée du mardi, Winslow prétexta une excursion en chaloupe de côté de Pisiquid, poui s'assurer auprès de Murray que rien n’y avait transpiré de leur guet-apens ; et ils s’entendirent pour faire aux deux endroits l’assemblée à trois

achstait un bœuf pour cinquante chelins, un mouton pour cinq, et un minot de blé pour dix-huit deniers. On n’encourageait pas les jeunes gens à se marier à moins que la jeune fille ne pût tisser une mesure de drap, et que le jeune homme ne pôt faire une paire de roues. Ces qualités étaient jugées essentielles pour leur établissement, et ils n'avaient guère besoin de plus, car chaque fois qu’il se faisait un inariage, tout le village s’employait à établir les nouveaux mariés. On leur bâtissait une maison, défrichait un morceau de terre suflisant pour leur entretien immédiat ; on leur fournissait des animaux et des volailles ; et la nature, soutenue par leur propre industrie, les mettait bientôt en moyen d'aider les autres. J'e n’ai jamais entendu parler d’infidélité dans le mariage parmi eux. Leurs longs et froids hive:* se passaient dans les plaisirs d’une joyeuse hospitalité. Comme ils avaient du bois en abondance, leurs maisons étaient toujours confortables. Les chansons rustiques et la danse étaient leur principal amusement.”’—(Collections of Nova Scotia Historical Society, v. II, p. 132.

Voilà ce qu'avaient fait des Acadiens les prêtres dont on a cherché, de nos jours comme de leur temps, à flétrir la mémoire. On juge de l'arbre par ses fruits.

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heures de l'après-midi, le vendredi suivant. Ils rédigèrent ensuite la sommation aux habitants qu'ils firent traduire par un marchand de l'endroit nommé Beauchamp

La voici :

“ John Winslow, écuyer, livutenant-colonel et commandant des troupes de Sa Majesté, à Grand- Pré, les Mines, la rivière aux Canards et les lieux adjacents.

“ Aux habitants des districts sus-nommés, aussi bien aux anciens qu'aux jeunes gens et aux petits garçons.

‘ Comme Son Excellence le gouverneur nous a instruit de sa dernière résolution, concernant les matières proposées récemment aux habitants en général, en personne, Son Excellence désirant que chacun d'eux fût parfaitement informé des intentions de Sa Majesté qu'il nous a aussi ordonné de vous communiquer, telles qu’elles nous ont été données ;

Nous ordonnons donc et enjoignons strictement par ces présentes à tous les habitants, aussi bien des districts sus-nommés que de tous les autres, aux vieillards de même qu'aux jeunes gens, et aussi à tous les garçons de dix ans, de venir à l'église de Grand-Pré vendredi, le cinq courant, à

trois heures de l'après-midi, afin que nous leur fassions part de ce que nous avons reçu ordre de leur communiquer ; déclarant qu'aucune excuse ne sera admise sous aucun prétexte que ce soit, sous peine de confiscation de leurs biens meubles et immeubles.

‘ Donné à Grand-Pré, le deux septembre en la vingt-neuvième année du règne de Sa Majesté, À. D. 1755.” 1

Une proclamation semblable fut rédigée au nom de Murray pour les habitants du distrirt de Pisiquid.

La veille de l'assemblée, les deux commandants dépêchèrent leurs officiers vers les principaux centres pour afficher cette proclamation. Ils trouvèrent partout les habitants sans défiance, occupés dans . les champs à achever leur récolte.

Le lendemain, dès l’heure de midi, tout le détachement américain était sous les armes devant le portail de l’église de Grand-Pré, les fusils chargés, prêts à faire feu. Dans la matinée, une distribution de poudre et de balles avait été faite aux soldats.

Winslow, en grand uniforme, entouré de son état-major, stationnait devant le presbytère. Ses

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