‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 92 · Archives de la Nouvelle-Ecosse, p · texte numérisé non relu

Archives de la Nouvelle-Ecosse, p

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à-dire précisément au ‘moment où Lawrence mettait à exécution son complot et déchainait ses limiers américains.

On voit maintenant sur qui retombe la responsabilité de la déportation des Acadiens. Le cabinet de Londres y fut complètement étranger ; il recommandait à ce moment-là même, avec la plus vive instance, les mesures de paix et de conciliation. Cette déportation fut due au zèle indiscret de ses représentants en Amérique qui, obsédés sans cesse par leurs entourages, fléchirent devant leur fanatisme, et, disons-le anssi, devant leur frayeur.

Il n’y a pas un raot dans cette dépêche qui ne soit une contradiction de la conduite de Lawrence. Ce fait est si remarquable que nous croyons devoir nous arrêter un instant à étudier cette dépêche pour mieux faire ressortir cette contradiction.

Et d’abord elle dévoile que Lawrence avait dissimulé son projet de bannissement général: “Il parait, dit-elle, par votre lettre du 28 juin, que vous avez donné des ordres au colonel Monckton de chasser en tous cas, hors du pays, les habitants français désertés (de leurs terres). On ne voit pas cleirement, ajoute la dépêche, si vous avezintention d'enlever tous les habitants français de la péninsule, dont le nombre s'élève à plusieurs mille. ou bien si vous

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entendez parler seulement de ceux des habitants trouvés à Beauséjour, quand ce fort a été évacué par la garnison; ce dernier projet paraît plutôt avoir été votre intention, puisque vous ajoutez, que si M. Moncklon désire l'assistance des habitants frangais désertés, pour mettre les troupes à l'abri, vu que les casernes du fort français ont élé démolies, il pourrai leur fuire faire tout le service en leur pouvoir.”

N'est-il pas manifeste, d'après ce passage, que ‘Lawrence avait dissimulé son plan dans sa lettre ?

Ensuite quelle ligne de conduite lui trace le secrétaire d'Etat? Sont-ce les mesures d’intimidation et de rigueur qu'il lui conseille ? Tout au contraire, il lui impose le plus strict devoir (ÿ cannot be too much recommended to you) d'agir avec la plus grande précaution et une extrême prudence, non seulement pour ne pas alarmer les Acadiens et exposer l'Angleterre à perdre, par leur fuite, ces sujets utiles ; mais de plus il lui enjoint de les rassurer,particulièrement ceux qui viendront prêter serment d'allégeance, et de leur garantir la tranquille possession de leurs terres. ‘“ Ce qui m'a engagé à attirer votre attention toute particulière sur cette partie de votre lettre, ajoutait sir Thomas Robinson, qui évidemment redoutait les violences de Lawrence, c'est la proposition qui m'a été faite,

pas plus tard qu’au mois de mai dernier, par l’ambassadeur de France, savoir: ‘ Qu'il soit accordé “ trois ans aux habitants français de la péninsule “ pour s’en retirer avec leurs effets, at que tous les “ moyens de faciliter ce transport leur soient aussi ‘“ accordés. Les Anglais, ajoutait l'ambassadeur, ‘“ devraient regarder sans nul doute cette proposi- “ tion comme très avantageuse pour eux. ” À quoi il a plu à Sa Majesté de faire la réponse suivante que je vousenroie pour votre particulière information, savoir : ‘“ Qu'en ce qui regarde la proposition # d'accorder trois ans aux habitants français de la “ péninsule pour émigrer,ce serait priver la Grande- “ Bretagne d'\nombre très considérable de sujets ‘utiles, si une telle émigration s’étendait aux Fran- “ çais qui habitaient cette province au temps du “ traité d'Utrecht et à leurs descendants. ”

Voilà quelles étaient les instructions émanées du cabinet de Londres. Il n’y a pas à se méprendre sur l'esprit qui les avait dictées : c'était un esprit d'apaisement et de pacification.

On reste épouvanté quand on les compare avec la conduite tenue par Lawrence. Où étaient, de sa part, les mesures de précaution et d'extrême prudence pour ne pas alarmer ces syels utiles ?

N'avait-il pas, au contraire, fait tout en son

pouvoir pour les pousser à ce désespoir dont le secrétaire d'Etat lui marquait les pernicieuses conséquences ? Toutes leurs armes leur avaient été confisquées et jusqu'à leurs canots de pêche et tontes leurs autres embarcations. Quand leurs députés étaient venus à Halifax, dans le cours de l'été, pour supplier Lawrence de leur restituer ces objets, ils las avait accablés de reproches et de menaces en refusant de les leur rendre. ! Eit-il étonnant qu'après de pareils traitements, ils aient été effrayés de prêter le serment sans réserve qu'il exigeait d'eux avec la rigueur d’un pro-consul romain ? Et ce qu'il y a de plus incroyable, c’est qu'après toutes ces intimidations, lorsque ceux d'entre eux qui se décidèrent enfin à prêter ce serment si redoutable à leurs yeux, se présentèrent devant Lawrence, celui-ci, au lieu de les accueillir avec une extréme précaution et prudence, et de leur assurer la tranquille nossession de leurs lerres, les reponssa avec hauteur en leur disant “ qu'il était trop tard, et que désormais ils seraient traités comme des écusauts papistes ” ; et il les fit mettre en prison. ?

Nous l® demandons: qu'y at-il de commun

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1. Archives de la Nouvelle- Ecosse, p. 247 et suivantes. 2. Idem, p. 256.

entre cette conduite barbare et les instructions du cabinet de Londres? N'est:il pas évident qu'il y avait chez Lawrence une détermination bien arrêtée de se débarrasser à tout prix des Acadiens, ces ennemis invélérés de notre religion, comme écrivait le même Lawrence dans la dépêche où il annonçait leur déportation. !

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