Mission acadienne de la rivière Saint-Jean
d'ici. Le dernier missionnaire de cet endroit, est, je crois, le P. Maurice de la Corne. Les murs de la chapelle subsistent encore, et les Sauvages tiennent les ornements cachés: jamais je n'ai pu les leur faire apporter. Une grande partie de ces Sauvages est venue ici ; l’autre est allée à Ristigouche, sur ce qu'ils avaient entendu dire que le P. Ambroise y était. Le village de Ristigouche, étant de la province de Québec, s’il y avait un missionnaire en cet endroit, il pourrait, avec moins de difficultés que moi, desservir les îles Saint-Jean, la Magdeleine, et le Cap Breton, où il y a encore quelques Acadiens. Pour desservir ces îles, il me faut faire un voyage long et coûteux ; je ne pourrai aller en ces endroits que le printemps prochain, encore il me faudra commencer dès l'hiver.
“ Grâce à la Providence du Seigneur, j'ai subsisté jusqu’à présent. Les présents des Sauvages et mon casuel peuvent monter à cent piastres et plus : c’est assez pour vivre sous quat.e écorces; les voyages m'embarrassent un peu. Pour les Acadiens, il m'a fallu les faire vivre.
‘“ Voilà, à peu près, Monseigneur, l'état de la mission de la Nouvelle-Ecosse. Santé, travaux, fatigues, inquiétudes, je puis assurer Votre Grandeur que je n'ai rien épargné pour cultiver cette
partie du champ du Père de famille, que vous avez confiée à mes soins. Si Votre Grandeur ne considère que la bonne volonté et l'envie de travailler, et non les talents et les vertus nécessaires à un si auguste ministère, je m'offre, je suis entre les mains de Votre Grandeur, Le moindre signe de sa volonté sera toujours pour moi la parole du Seigneur.
“ J'espère que Votre Grandeur voudra bien obtenir pour moi du Père des miséricordes, une petite étincelle de ce feu céleste qui embrase les cœurs : mes travaux seront toujours inutiles sans cela.”
“ Halifax, 28 mai 1769.
“ Je suis à Halifax, depuis le mois de mai, où Mylord William Campbell ! a mille bontés pour moi, qui ne les mérite guère, mais qui fais tout mon possible pour contenter et remplir les intentions de Votre Grandeur. Mais la mission est bien abondante et bien &ifMcile ; les Acadiens sont épars ça et là, et la voix du pasteur n'est point assez forte pour les réunir. Les Sauvages sont assez bons ; je n'ai qu’un ennemi principal à combattre pour eux, c’est l'ivrognerie.