UX PÈLERINAGE
Le genre de vie que je mène, depuis que je suis dans ces pays déserts et sauvages, ainsi que mes missions, m'ont trop appris pour cela à me contenter de peu, soit pour la vie et l'habillement, aussi bien que pour le logement et le service ; car je me sers ou du moins je sais me servir moi-même; vivre seul ou en compagnie.
‘“* Hé! combien de fois je me suis vu réduit à n’avoir pour tout logement qu’une pauvre et chétive cabane sauvage ; vivre de ce que la Providence m'envoyait, et où j'étais, le jour comme la nuit, aveuglé par la boucane, dévoré par les mouches, piqué par les poux; le jour, assis sur la sellette, la nuit, couché ou étendu par terre sur quelques branches de sapin, pour me reposer des fatigues du jour ; et passer ainsi, presque dans l’insomnie ou dans les pénibles travaux du ministère, des mois entiers sans interruption.
‘“ Combien de fois même dans mes courses, me serais-je trouvé heureux et content, si j'avais pu rencontrer quelque vieille masure ou cabane sauvage, pour m'y mettre à l'abri des orages et y passer la nuit; n’ayant pour lit que la terre nue, pour couvert, la calotte des cieux, ou tout au plus dans le mauvais temps, un petit canot renversé ou quelques écorces levées à la hâte, ou les branches
de quelque arbre, faible abri contre le froid, la neige ou la pluie. Je n'avais alors que la compagnie de quelques Sauvages ; j'étais seul et abandonné à moi-même, éloigné de plus de cent lieues de tout prêtre ; et maintenant après dix-sept ans de pareil genre de vie, ne devrais-je pas me trouver content dans le plus chétif réduit, en la compagnie de mes confrères. ” !
Mgr Plessis à qui l'abbé Ciquard communiqua son projet de retraite, lui répondit avec des témoignages d'estime et d'affection si paternelles, que le bon missionnaire en fut touché jusqu'aux larmes. L'évêque obtint son retour au Canada (1812), et lui procura ce repos qu'il avait si bien mérité, en lui confiant l’agréable et facile desserte de Saint- François du Lac. Enfin, dans ses dernières années, il lui facilita l'entrée de cette terre promise du séminaire de Montréal, qu'il n’osait plus espérer.
L Archives de l'archevêché de Québec. Lettre de M. Ciquard, mai 1809.