Voyage de Mgr Plessis en 1812, p
Les Acadiens des îles de la Madeleine n'étaient pas moins fidèles à eux-mêmes, que leurs frères de Chéticamp. L'origine de cette population remonte à 1761, Quelques-unes des familles chassées de leur pays vinrent alors s’y établir, après avoir erré un certain temps de la Baie des Chaleurs à l’île Saint-Jean, et de l’île Saint-Jean à la Baie des Chaleurs.
“ Après quelques années passées aux îles de la Madeleine, raconte Mgr Plessis, elles les abandonnèrent en partie pour se rapprocher des lieux où il y avait des prètres ; puis elles y revinrent, attirées par le séjour d’un missionnaire venu de France ; et, quoique ce missionnaire les abandonnât après quelques années, elles y demeurèrent néanmoins, pour ne pas perdre leurs travaux ; et dans l'espérance qu’à la suite de ce prêtre, il en viendrait quelques autres à leurs secours.
“ Il n’y a que des catholiques qui pui.sent concevoir combien la présence d’un ministre évangélique est propre à donner de la consolation, et combien il est fâcheux pour un fidèle d’être privé dans ses derniers moments des secours de la religion,
AU PAYS D'ÉVANUÉLINE 329
“ Les habitants des îles de la Madeleine, élevés dans l'Acadie, dans toute la ferveuret la simplicité de la foi, constamment édifiés par les vertueux prêtres des missions étrangères qui leur avaient été donnés pour pasteurs, n'auraient pas hésité d'abandonner de nouveau leurs établissements, s'ils ne se fussent consolés dans l’espoir d’être bientôt pourvus de missionnaires.
‘ Leur attente ne fut pas vaine. Peu d’années après le départ de M. LeRoux, ils furent visités par un missionnaire irlandais du nom de William Phelan ; puis par un intrus, dont ils usèrent sans le connaître ; et enfin, ils eurent pour pasteur, à poste fixe, en 1812, M. J. Bte. Allain, prêtre vénérable, auparavant vice-préfet apostolique à l’île de Miquelon, qu'il aima mieux Quitter à l’époque de la révolution française, que de se souiller par un serment auquel sa con:cience répugnait. Une partie des habitants de Miquelon l'y suivirent, la plupart aussi acadiens d'origine, entremêlés de quelques familles françaises.
# Nul n’était plus propre que lui àles maintenir dans cette estimable simplicité dignedu plus belge du christianisme, dans cette innocence de mœurs, dans cette union, cette harmonie et cette probité à toute épreuve que l’on admire encore parmi eux.
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326 UN PÈLERLNAGE
‘“ Ces heureux colons, qui savent mourir sans médecins, savent aussi vivre sans avocats, lis n'ont nulle idée de la chicane non plus que de l'injustice ; si quelquefois il s'élève des contestations entre eux, elles sont aussitôt soumises à un arbitrage et terminées sans retour. Ils ignorent l'usage des clefs et des serrures, et riraient de celui qui fermerait sa maison autrement qu'au loquet, pour s'en éloigner de deux à trois lieues ; si quelques hardes les incommodent en route, ils les laissent tout simplement le long du chemin, assurés de les y trouver à leur retour, n’eût-il lieu que le jour suivant. !
‘ On conçoit combien lareligion a dû se fortifier chez un peuple ainsi disposé La foi y est vive, la piété sincère, la docilité parfaite. Il arriva une anr.ée que des jeunes gens s’avisèrent de donner queiques repas qu’ils nommaient frolics… et qui auraient pu conduire à des rassemblements dangereux ; d’un autre côté quelques particuliers, montraut du goût pour les boissons enivrantes, il était à craindre qu’ils ne s’y accoutumassent à leur préjudice ; la voix du missionnaire s'éleva contre ces commencements de désordres et ils cessèrent.