‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 92 · On ne dira pas que ceci est un tableau de fantaisie ; et · texte numérisé non relu

On ne dira pas que ceci est un tableau de fantaisie ; et

cependañt jamais, en aucun temns, on n’a fait un plus bel éloge des Acadiens,

| PATATE LR UNR ER

his Il semble que ce soit le sort des pauvres Acadiens de travailler pour autrui. En 1806, le vice amiral Sir T. Coffin, Baronet, a obtenu de la Couronne les îles de la Madeleine en seigneurie, et dès lors il a signifié aux habitants qu'il était seul propriétaire de tous les fonds qu'ils occupaient ; et qu’il fallait ou déguerpir ou lui payer telles rentes ou tels droits qu'il trouverait bon de leur imposer. On s’est récrié d’abord sur l'inhumanité de cette déclaration, puis on a fini par consentir à payer chaque année deux quintaux de morue par terre, petite ou grande indistinctement ; ce qui peut être évalué à six piastres de rente annuelle.

‘“ Le bon amiral n’en a pas plus consenti à leur accorder des concession de leurs terres ; et ils courent risque d'en être évincés, même après avoir payé, pendant quinze et vingt ans, cette rente qui leur semble beaucoup trop forte, et qui, cependant, au total ne produit qu'environ cent louis, somme à peine suffisante pour l'entretien d’un agent sur les lieux, dont le seigneur ne peut se passer, à moins d'y demeurer lui-même. Aussi a-t-il annoncé aux colons qu'il ne s’en tiendrait pas là, et qu'il les assujettirait à d'autres redevances ; ceux-ci répondirent qu'ils consentiraient à payer douze piastres par an, au lieu de six, s’il voulait leur donner des

titres de leurs possessions ; qu’à moins de cela, ils aiment mieux émigrer ailleurs ; et il est à craindre qu'ils ne prennent ce parti.”

Les braves insulaires n'auraient pas manqué, en effet, de prendre ce parti, s'ils avaient pu voir dans l'avenir, s'ils avaient su qu'après trois quarts de siècle, ils ne seraient pas encore délivrés de cette servitude.

Moins molestés que les habitants des îles de la Madeleine, ceux du Cap Breton, dont le centre principal était Arichat, purent donner libre cours à leur industrie. Aussi ne tardèrent-ils pas à prospérer, grâce surtout à l'abondance de la pêche, à laquelle ils se livrèrent presque exclusivement, et à leur position dans un des plus magnifiques ports du golfe.

L'abbé Lejamtel y fut le digne émule de ses confrères. ‘“ C’est un vrai missionnaire pieux et très actif, ” écrivait de lui le P. Jones.

“ Les protestants de l'endroit, ajoutait plus tard Mgr Plessis, sont en bonne intelligence avec M. Lejamtel dont ils honorent les vertus et la conduite irrépréhensible.

“ Ces protestants, continue l’évêque de Québec,

assistent volontiers, les dimanches, à l'office paroissial. 11 y en a même un, et un des plus marquants, qui donne les espérances d'une conversion prochaine. Dieu, qui se sert de tout pour opérer le salut des hommes, a pormis que celui-ci ait recherché en mariage une jeune Acadienne, du consentement de laquelle il ne doutait nullement, parce qu'il croyait que sa pauvreté ne tiendrait pas contre l'assurance de se trouver tont à coup très riche en l'épousant. Mais il fut extrêmement surpris de recevoir d'elle cette réponse :

“ Moi vous épouser, rous, un protestant! vous me donneriez votre maison pleine d’or que je ne consentirais pas à déshonorer ainsi ma religion. Faites-vous catholique, après quoi ‘vous me parlerez de mariage, si vous voulez, et je verrai comment vous répondre.”

‘ On imaginerait à peine l'impression singulière qu'a faite sur le gentilhomme cette réponse ferme et édifiante. Il lui en a résulté la plus grande estime pour la jeune fille et pour sa religion, de manière qu'il paraît décidé à adopter prochainement l’une pour parvenir à l’autre. Sison motif est humain, du moins il n’est pas criminel, et l’on peut espérer que Dieu lé rectifiera.” !

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