‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 57 sur 92 · Voyage de Mgr Plessis en · texte numérisé non relu

Voyage de Mgr Plessis en

A la date de la visite de Mgr Plessis (16 juin 1815), la paroisse de Notre-Dame d’Arichat ne comptait pas moins de onze à douze cents communions, ce qui répond à environ denx mille âmes.

“ Tant que les nouveaux colons surent se borner à la pêche et à la construction de petits vaisseaux, à laquelle se prêtait très bien la qualité du bois de leurs forêts, rien ne fut plus innocent, plus religieux, que cette chrétienté. Encore même aujourd'hui, vous voyez avec édification, tous les samedis soirs, rentrer dans le havre, les goëlettes et chaloupes qui ont été toute la semaine en pêche, souvent à une grande distance. Ils craindraient d'attirer la malédiction de Dieu sur leurs travaux, s'ils n'étaient fidèles à sanctifier le dimanche. Aussi le jour du Seigneur est-il, dans la saison de la pêche, le seul où lon voie des hommes dans la paroisse. Toute la semaine vous n’y voyez que des femmes.

‘“ Mais autant les mœurs et la piété se soutiennent parmi les pécheurs, autant perdent-elles de leur empire chez ceux des Arichatiens qui, portant leur ambition plus loin, se sont attachés au cabotage. Cette allée et venue dans les ports étrangers, les expose inévitablement à faire des rencontres et à lier des rapports funestes, soit à leur probité

soit à leur sobriété, soit à d'autres vertus qui se dissipent dans le tumulte du monde et dans l'embarras des affaires. C'est au milieu et comme en conséquence de ces dangers spirituels, que l'état temporei d’Arichat a pris une attitude toute différente de ce qu'il était d'abord. Il y a même une différence sensible et une amélioration considérable depuis trois ans. Les maisons se construisent plus élégamment; les habitants s'habiilent avec plus de choix, se nourrissent mieux, mangent tous du pain (chose dont les Acadiens savent si bien se passer), non que leurs terres rapportent plus de blé, car ils ne les cultivent pas, mais parce qu'ils ont assez d'argent pour se procurer des farines étrangères. Il y a aussi beaucoup plus d'activité dans le port, beaucoup plus de vaisseaux et de chaloupes qui entrent et sortent à tout instant, beaucoup plus de hardiesse dans les spéculations. Les uns iransportent du charbon de terre de Sydney ; les autres du plâtre d’Antigonish ; d'autres vont, jusque dans le détroit de Belle-Isle, amasser sur des rochers, les œufs de goëlans, sterlets, margots, cormorans, moniaques et autres oiseaux aquatiques, les mettent dans leurs goëlettes à pleine cale, comme on mettrait du blé, les transportent à Halifax, et les vendent, jusqu'à quinze sous anglais la douzaine,

aux soldats de la garnison et aux matelots de la flotte.” 1

‘ Non-seulement les gens d’Arichat naviguent, mais ils construisent des goëlettes pour les autres navigateurs du golfe; on en voit en chantier sur presque tous les points de la côte; dans le cours de l’année 1811, ils en construisirent plus de soixante.

“ L'église d’'Arichat, située au fond du havre, est avoisinée par un élégant presbytère et par un vaste cimetière bien clos. Cette église, quoique allongée déjà une fois, est encore trop petite pour le nombre des paroissiens. Elle est du reste pourvue d'ornements, d’un clocher, de deux cloches, choses rares dans ces quartiers.” ?

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