‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 70 sur 92 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

De la Ville-Française au Cap Breton. —Sissibou.—Le détroit de Canseau.-—Le Bras d'Or. —-Chéticamp.—Arichat. —Shédiac. —Une arrière-petite-fille du notaire LeBlanc. —Louis Bastarache.—Conclusion.

12 juillet.—De la Ville-Française à Digby, le chemin royal côtoie presque toujours la baie dont la rive s'élève graduellement en falaise escarpée et s’arrondit pour former le col de Digby. A michemin, cette falaise est coupée par une profonde crevasse qui donne issue à la gracieuse et pittoresque rivière Sissibou. Rien n’est plus ravissant que le paysage qu'on découvre, lorsque, en traversant cette rivière, on suit de l’œil, jusqu’à son embouchure, le ravin sinueux et verdoyant qu’elle s’est

creusé.

Au sommet de l'angle que forme la rive gauche avec le bord de la baie, est assis le petit village : français de Sissibou, auquel on a eu l’idée, dans ces derniers temps, d’infliger le nom baroque de New-Edimburgh. 11 était difficile de faire un changement à la fois plus absurde et de plus mauvais goût. D'abord, il n’y a pas le moindre rapport entre cette appellation mi-anglaise, mi-écossaise, et le village français qu'elle désigne ; ensuite, le nom primitif avait l'avantage de l'ancienneté et de la couleur locale ; enfin, quel contraste entre la douceur de ces syllabes indiennes Sissibou et la rudesse de prononciation du mot hybride New-Edimburgh, Le sauvage n’est pas toujours celui qu’on croit.

Pour aller d'ici visiter les centres acadiens du Cap Breton, il faut traverser toute la presqu'île de la Nouvelle-Ecosse. On ne peut s'y rendre par voie ferrée, qu’en suivant les nombreux zigzags que fait cette route entre Annapolis, Halifax, Truro et Mulgrave : deux jours de voyage.

A Truro, pendant que je prends mon dîner au Victoria Hotel, un étranger me frappe sur l'épaule :

—Vous ne me reconnaissez pas ? me dit-il ; nous avons fait connaissance ensemble, il y a deux ans, à Memramcook. ds

L'abbé Bourque, prêtre acadien, est, en effet, professeur au collège Saint-Joseph.

—De quel côté allez-vous, lui dis-je ?

—Au Cap Breton.

—Au Cap Breton ? et moi aussi.

—Je vais remonter le Bras d'Or jusqu’à Bédèque,. répond l'abbé Bourque; et de là, je me rendrai par terre jusqu'à Chéticamp, où Je me propose de: passer une partie de mes vacances.

Mon dessein était d'abord de me rendre directement à Arichat ; mais les pressantes invitations de l'abbé acadien me décidèrent à l'accompagner jusqu'à Bédèque, et de là peut-être jusqu’à Chéticamp.

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On a vite oublié la monotonie de la route entre- Truro et le port Mulgrave, lorsque, des hauteurs. qui dominent ce havre, on aperçoit le gut de Canseau justement appelé la Porte Dorée du Saint- Laurent.

On dit qu’il n’y a pas dans le monde entier de: détroit, celui de Gibraltar excepté, où il passe un. aussi graud nombre de voiles.

Au moment où le train longe la falaise, on &

438 UN PÈLERINAGE peine à compter toutes celles qui entrent, sortent, ou qui ancrent dans les ports des deux rives.

Le détroit qui n’a qu'un mille environ de largeur sur quinze de longueur, est encaissé entre de belles montagnes légèrement ondulées et nuancées à ravir, comme pour tenter le pinceau d’un paysagiste. Ça et là, sur chacune des deux côtes, de petits villages s'étalent au soleil, les uns bâtis en amphithéâtre sur les versants cultivés, les autres abrités au creux des anses entre des forêts de mélèzes et de sapins.

D'après certains philologues, il faudrait remonter jusqu'aux langues sauvages pour trouver l’'étymologie de Canseau qui viendrait du mot: Camsoke, signifiant le roc sourcilleux,

Sous le régime français, ce détroit a longtemps porté le nom de Passage de Fronsac, en mémoire d’un des gouverneurs du Cap Breton, l’habile et entreprenant Sieur de Fronsac. Au reste, tout ici rappelle l’ancienne France coloniale.

Dès l’année 1518, le Baron de Léry visita l’ile du Cap Breton, et débarqua même des bestiaux, dans l'intention d'y fonder une colonie. En 1604, De Monts trouva ici quatre navires basques, partis de Saint-Jean de Luz, et faisant commerce avec les Indiens. Pontgravé, le plus remarquable des

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compagnons de Champlain, parcourut longtemps ces parages en croisière pour protéger le monopole de la traite.

Quelques villages acadiens : voilà tout ce qui reste aujourd'hui pour rappeler ici l’ancienne souveraineté de la France.

Le vapeur Marion, qui fait le service entre Mulgrave et Sydney, n'attend que l’arrivée du train pour se détacher du quai; il traverse le gut, touche un instant au quai de la Grande Digue, sur l'île Madame, et met le cap sur le canal Saint- Pierre, où jadis le rival de La Tour et de d’Aulnay, M. Denys, avait élevé un de ses forts.

Le canal Saint-Pierre, construit il y a peu d’années, coupe l’isthme qui unissait les deux immenses langues de terre, dont est formé le Cap Breton. Après avoir franchi cet étroit passage, le Marion prend sa course sur le magnifique Bras d'Or. Ce lac, qui emplit tout l’intérieur de l’île, est d'un aspect non moins pittoresque, mais plus sauvage, que le gut de Canseau.

Voici, sur un des îlots qui embellissent le Bras d'Or, la chapelle de la mission sauvage, où les prêtres de l’île réunissent les Micmacs dispersés dans le Cap Breton. Tous ces Sauvages, au nombre de sept à huit cents sont catholiques, et, en général,

d’une conduite régulière ; ils gardent encore,

comme leurs autres frères, et bénissent la mémoire de l’abbé Maillard, à qui ils doivent d'avoir con-

servé la foi.

Le petit village écossais de Bédèque n’a de remarquable que son site romantique, à la tête du petit lac Bras d'Or; c’est l'endroit le plus rapproché d’où l’on puisse gagner par terre la colonie acadienne de Chéticamp; la route, qui n’a guère moins de cinquante milles, est difficile, montueuse et presque inhabitée.

Grâce aux renseignements précis, recueillis de l’abbé Bourque, qui a déjà séjourné à Chéticamp, je suis dispensé de faire ce pénible trajet. Je l’agcompagne cependant jusqu’à la Rivière du Milieu (Middle River), attiré par le charmant plaisir de la pêche à la mouche, qui s'y fait avec une incroyable abondance. En quelques heures, nous tirons un bon nombre de truites pesant de deux à trois livres. Il n'y a que les amateurs qui comprennent l'agrément d'un pareil sport. Mon compagnon m'aurait fait consentir à me rendre jusqu’à la rivière Marguerie pour y faire la pêche au saumon qui y est fort abondante, si je ne m'étais réservé ce plaisir pour un peu plus tard, sur la rivière Nipisiguit, à l’entrée de la Baie des Chaleurs

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On n'a pas oublié la scène qui avait si profondément touché Mgr Plessis, lorsque, à son départ de Chéticamp, il avait vu toute la population qui l'avait suivi jusqu'au lieu de l’embarquement, s’agenouiller sur le rivage et lui demander sa dernière bénédiction. Il n'avait pu s'empêcher de se rappeler alors les premiers chrétiens, faisant leurs: adieux à saint Paul, sur la plage de Milet. A l'exemple de ces apôtre, il avait levé les mains au ciel et il avait appelé sur ces pieuses familles toutes les miséricordes divines. Soixante-quinze ans sesont écoulés depuis ce jour. Quelle a été la vie de ce petit peuple durant ce long intervalle ? Quel est-il aujourd’hui? répond-il aux espérances qu’il donnait alors ?

L'évêque de Québec, dont le clergé était loin desuffire aux besoins de son imrrense diocèse, n'avait pas osé promettre à ces braves gens, malgré leurs: instantes prières. de leur donner un prêtre résidant. Mais il ne les avait pas perdus de vue, et il eut bientôt la satisfaction de leur envoyer, pour missionnaire, l’abbé Dufrêne, jeune prêtre, plein d'espérances, qu'il venait d'ordonner et à qui ik

confia plusieurs ornements et de beaux vases sacrés, dens du prélat offerts comme marque de son estime pour le ben peuple de Chéticamp.

Une catastrophe mit à néant toutes ces belles espérances : la goëlette,quiemportait l'abbé Dufrêne avec ses présents, fut engloutie dans une tempête près des côtes de la Nouvelle-Ecosse.

Il semble que la population de Chéticamp, condamnée par suite de ce triste accident à rester encore longtemps livrée à ellemême dans cette complète solitude, sans presque aucun secours religieux, ait dû dégénérer peu à peu de sa foi première et tomber dans l'indifférence et le désordre, conséquence naturelle de l'ignorance. Loin de là : elle s’est conservée jusqu'à ce jour avec une persévérance, non moins étonnante que son accroissement.

Trois belles paroisses, Chéticamp, Tête de Moine (Friar's Head) et Marguerie, très bien organisées et d'une admirable régularité, sont:sorties de la petite mission de 1812. Leurs habitants, livrés à la culture en même temps qu’à la pêche, sont dans un état de bien-être et de prospérité qui fait augurer mieux encore pour l'avenir.

16 juillet.—La grande activité que Mgr Plessis avait remarquéedans le port d’Arichat,et qui paraissait assurer uni rapide progrès à cette station maritime, a singulièrement diminué depuis le percement du canal Saint-Pierre. Le commerce s’en est détourné et a pris la direction du lac Bras d'Or. On s’en aperçoit en mettant le pied sur les quais d'Arichat, à l’air de vétusté de ses maisons plus cu moins délabrées, à l'aspect de ses rues silencieuses et de son magaifique port presque désert.

Arichat est cependant resté le principal centre des populations acadiennes de ces parages, dont plusieurs, telles que le Petit Arichat, l’Ardoise, la Rivière à Bourgeois, D'Escousse, du côté du Cap Breton, et le Havre à Boucher, Tracadie, Po;rquet, de l’autre côté äu gut de Canseau, sont des paroisses considérables.

Le grand obstacle à l’avancement de ces populations, aussi bien quedela plupart des autres groupes acadiens. est l’absence d'instruction, surtout parmi les hommes. Il leur manque ce qui a fait le salut du Canada, c'est-à-dire de fortes maisons d’éducation adaptées, comme les nôtres, au génie national,

où, en même temps que la langue anglaise, on leur enseigne leur propre langue, où l’on entretienne le sentiment patriotique par le culte des traditions,

où enfin on les prépare à toutes les carrières. L’élan extraordinaire imprimé par le seul collège de Memramcook, est là pour prouver l’immensité du bien qui s’opérerait, si de pareilles fondations se faisaient ailleurs. Malheureusement l’on n’a pas su, ou l’on n’a pas voulu profiter de cet exemple, et ce qu'il y a de triste à dire, c’est que ce sont moins les ressources qui ont fait défaut, que les volontés. Là est le grand danger pour la race acadienne. Presque tous les éléments qui l’entourent tendent à lui faire perdre son autonomie. Espérons qu’elle saura vaincre ce danger comme elle en a vaincu tant d’autres. La Providence l’a fait échapper à trop d’ennemis, pour qu'il soit permis de croire qu’elle ne la sauvera pr: de celui-ci.

19 juillet.—Retour par Mulgrave et Truro jusqu'à l’'embranchement de Monckton à Shédiac, l’ancien Gédaïque des Français ; vingt-deux heures de voyage.

L'Intercolonial se prolonge jusqu’à un mille plus

bas que Shédiac, et s'arrête sur le quai de la Pointe du Chêne, d'où une ligne régulière de bateaux à vapeur met les voyageurs en communication avec l’île du Prince-Edouard. C’est de là que je me proposais d'y traverser, si je n'avais eu la bonne fortune de rencontrer à Shédiac le plus érudit des Acadiens, l’infatigable Placide Gaudet, rédacteur du Moniteur Acadien, qui m'a fourni tous les renseignements désirables sur l’ancienne île Saint- Jean.

À Shédiac, vit euvore une descendante directe du vieux notaire LeBlanc, immortalisé par Longfellow mais dont l’histoire vraie, comme on l’a vu, est ‘bien plus triste que ne l’a dit le chantre d’Evangéline. Quatre-vingt-dix-huit ans, une taille robuste, un maintien ferme, des traits bien conservés, une intelligence nette et une mémoire excellente : telle est la vieille Euphrosine LeBlanc, veuve d’'Amable Léger.

Elle me raconte avec une clarté parfaite, com- ‘ment ses grands-parents s'étaient enfuis de Grand- Pré, au lendemain de la proclamation de Winslow. La famille était composée de huit personnes : Augustin LeBlanc, fils du vieux notaire, sa femme et six enfants, cinq garçons et une fille; les gar- ‘çons étaient assez âgés, car ils portaient sur leur

échine (sic) le peu d'effets qu’on avait pu prendre au départ.

Ce jour-là, Augustin LeBlanc, qui ne pleurait jamais, était entré à la maison, les traits bouleversés :

“Ça va dur!” avaitil dit à sa femme; et il s'était tenu longtemps assis devant la cheminée, la tête cachée dans ses deux marins. Quand il se releva, son visage était tout baigné de larmes. Il ne dit pas un mot, mais il se mit à ramasser les objets qui pouvaient être emportés.

Augustin LeBlanc conduisit sa femme au cimetière à son arrivée au Canada ; deux de ses fils ont fait souche aux environs des Trois-Rivières ; les trois autres, Augustin, Joseph, Jean et leur sœur, ne purent résister au mal du pays et repartirent dans l'espérance de revoir leur cher Grand-Pré, Ils le revirent, en effet, mais pour le pleurer tou jours.

Revenus à Peticoudiac, 1ls y défrichèrent des terres dont ils ne purent obtenir les contrats de concession qu'en 1789. La jeune fille épousa, à la B:ie des Winds, René Thibaudeau, auprès de qui la vieille Euphrosine a vécu pendant des années,

et qui lui a souvent raconté les détails de cette triste histoire.

Tout ce pays, jusqu'à l'entrée de la Baie des Chaleurs, est une vaste piaine favorable à la culture, quoique difficile à ouvrir, comme toutes les terres où il faut commencer par attaquer la forêt. Les colons y trouvent cependant, dans le voisinage d’une mer extrêmement poissonneuse, un avantage inappréciable qui ne «e rencontre pas dans les territoires trop vantés du Nord-Ouest.

C'est à Cocagne, distant d'environ douze milies de Shédiac, que s'était retiré l'abbé Le Guerne, avec les restes de sa mission; et c’est de là qu'il écrivit l’intéressante relation qu'il a laissée de l’enlèvement des Acadiens.

Son successeur dans la paroisse actuelle de Cocagne est le généreux bisnfaiteur du collèxe de Memramcook, dont le non s'est déjà rencontré sous ma plume. Au:un Acalien n'est mieux informé que l’abbé Cormier sur l'histoire de son pays; il connaît surtout et il raconte admirablement les vicissitudes de sa famille au temps de la déportation.

Pierre Cormier passait pour le plus riche propriétaire de Chignectou (Beaubassin). Pris, les armes à la main, à la chüte de Beauséjour, il fut

Æondamné à être fusillé. Mais il s'échappa de prison, grâce au dévouement d’une de ses sœurs qui vint lui apporter des vêtements de femme. Il trompa, sous ce déguisement, la vigilance des sentinelles, et alla rejoindre sa famille et celles de ses frères cachées dans la forêt, d'où ils émigrèrent au Canada.

Au retour de la paix, quelques-uns, entre autres,

Pierre Cormier, se joignirent à une bande de leurs compatriotes qui s’en allaient recommencer la vie de défricheurs à la mission de Sainte-Anne sur la rivière Saint-Jean. En peu d'années, leurs vigoureuses mains eurent fait fleurir le désert ; leurs granges s'emplirent de gerbes, et leurs étables, de bestiaux.

Ils commençaient à oublier les orages du passé, quand de nouveaux bruits de guerre parvinrent à leurs oreilles ; c'était le commencement de la guerre de l'Indépendance.

Ils virent alors ces mêmes Anglo-Américains qui leur avaient tant reproché leur prétendue rebellion contre l'Angleterre, parce qu'ils ne voulaient pas lui sacrifier leur foi et leurs traditions, venir les exciter à la révolte, au nom de vulgaires intérêts.

Aucun motif n’eût justifié cette trahison de la part des Acadiens ; on respectait leur religion, leurs

sentiments, leurs propriétés : ils n'avaient jamais demandé autre chose. ù

A l’exemple de leurs frères du Canada, ils refusèrent. Alors, ces Américains s’en prirent comme autrefois à leurs missionnaires. L'abbé Bourg, qui les desservait, faillit être tué. On a vu comment, à Memram :00k, l'abbé LeRoux fut assailli le pistolet sur la gorge.

Bientôt le pays fut envahi par des hordes indis- . ciplinées, qui se livrèrent à tous les désordres. Ceux des Acadiens qui habitaient du côté de l’isthme, furent même forcés d'aller de nouveau se cacher dans les bois, lors de l'incursion des insurgés venus pour attaquer le fort Cumberland.

Le bon sens du peuple acadien a stigmatisé d’un mot cetteguorre fratricide d'Anglais contre Anglais: il l’appela la guerre folle ; et encre de nos jours, il ne la désigne pas sous un autre nom.

On sait comment, après cette guerre, ces syels uliles furent récompensés de leur loyauté. La province qu’ils habitaient, connue depuis sous le nom de Nouveau-Branswick, était devenue le refuge des partisans que l'Angleterre avait gardés aux Etats-Unis. Il n’est pas sans intérêt de remarquer

ici, en passant, qu'au nombre de ces fugitifs était

la famille de Winslow, dont on sait le rôle à Grrand- 29 s

rennes conne Carmen en

450 UN PÈLERINAGE Pré : il subissait, dans les siens, le châtiment de l'exil qu'il avait, infligé aux innocents Acadiens.

A la suite de ces loyalistes, était venue une partie des troupes soldées par l’Angletere et licenciées par elle à l’issue de la guerre.

Ceux des malheureux Acadiens qui ne furent pas dépossédés immédiatement, devinrent la proie de ces étrangers; ils brülaient leurs clôtures, volaient leurs animaux ; durant les plus grands froids de l'hiver, ils ouvraient la nuit leurs caves pour faire geler leurs provisions de pommes de

terre. Ils allaient jusqu'à enlever de force les femmes dans les maisons.

Un soir, quelques Acadiens revenant de veiller chez un de leurs voisins, aperçurent des loyalistes qui trainaient avec eux une jeune fille dont ils avaient bandé les yeux. Les Acadiens se précipitèrent pour la délivrer et n’y parvinrent qu'après avoir paré plusieurs coups de pistolet.

Les Sauvages qui habitaient encore la mission de Sainte-Anne, et qui, comme toujours, vivaient en paix à côté des Acadiens, ne furent pas plus exempts qu'eux de ces indignités ; ils finirent même par être dépouillés de leur réserve. !

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