CHAPITRE TROISIÈME
Les Acadiens après le traité d'Utrecht.—Lord Cornwallis, — Convoitise des Anglo-Américains.—Les Missionnaires des Acadiens. —Prise de Beauséjour.—Winslow à Grand Pré.— Caractère des Acadiens. — Proclamation de Winslow. — Dépêche de Sir Thomas Robinson.
Four bien connaître quelle était la position des Acadiens dans la Nouvelle-Ecosse, à la date de leur expulsion, il est nécessaire de remonter jusqu'au traité d’Utrecht (1713). D’après ce traité, l’Acadie était cédée par la France à l'Angleterre, et les colons français de cette province, qui reçut alors le nom de Nouvelle-Evosse, passaient sous la couronne d'Angleterre. Mais par une clause spéciale du traité, le libre exercice de la religion catholique était garanti aux Acadiens et une année
de délai était accordée à ceux d’entre eux qui préfèreraient se retirer de la province.! Peu de jours après la signature du traité (11 avril 1713), la reine Anne enleva cette restriction et prolongea le délai indéfiniment. ?
Le serment d’allégeance que leur fit prêter l’un des premiers gouverneurs d'Annapolis, le général Richard Philipns, contenait la condition expresse qu'ils ne porteraient pas les armes contre les Français ni contre les sauvages. Cette condition lui parut nécessaire pour engager les Acadiens à rester attachés à la province, dont ils étaient les seuls habitants. De là, le nom de neutres (French neutrals) qui leur fut donné depuis.
Il était facile de prévoir qu'un pareil régime ne pouvait aboutir qu’à des résultats funestes pour le petit peuple naissant qui se trouvait ainsi placé entre deux puissances rivales, toujours prêtes à en venir aux mains, et qui ne manqueraient pas de se disputer sa neutralité. Il était fatalement destiné à être victime ; mais soninfortune a dépassé toute prévision. ÿ