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pas à plus de deux mille cinq cents âmes le chiffre total de la population acadienne.
Leur petit nombre qui les rendait peu redoutables, avait été d'abord pour eux une cause de sécurité; mais ils s'étaient accrus en peu d'années avec une prodigieuse rapidité, et cela par la seule expansion des familles; car toute immigration avait cessé depuis leur séparation de la France.
En 1%55, le nombre total des Acadiens répandus le long du littoral de la baie de Fundy jusqu'à Chipoudy, et sur quelques autres points de la Péninsule, ainsi que dans l'ile Saint-Jean (Prince-Edouard), s'élevait au moins à seize ou dix-sept mille âmes, c’est-à-dire qu’elle s'était accrue en se doublant à peu près tous les seize ans. Elle était divisée en six paroisses £rincipales : Port-Royal la plus ancienne et une des plus populeuses ; la Grand- Prée et la Rivière-aux-Canards, sur le bassin des Mines; Pigiquit, aujourd'hui Windsor ; Cobequid, aujourd’hui Truro ; et Beaubassin à la tête de la baie Chignectou ; sans compter plusieurs missions importantes, telles que celles de Chipoudy, Peticoudiac et Memramcouk, sur la rive occidentale de la baie de Fundy, et celles de l'ile Saint-Jean.
A l’époque du traité d'Aix-la-Chapelle (1748), la population acadienne pouvait s'élever à une douzaine de mille âmes !.
Jusqu'alors les querelles religieuses et les vexations dont nous avons parlé plus haut n'avaient pas eu de
1 Ce chiffre est plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité. Voir à l'appendice, n° 1V de la deuxième édition, le mémoire intitulé Sws l' Acadie (1748). Dans ce mémoire, qui renferme la description la plus précise ei la plus détaillée que l’on ait pour cette époque, il est dit « qu'il y a environ 10,000 communiants dans toute l'Acadie », en y comprenant tous les petits groupes disséminés le long des rivages de la péninsule et de la baie de Fundy ; ce qui furmerait une population totale d'une quinzaine de mille âmes.
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total conséquences graves, grâce à l'impuissance où étaient
laissés les gouverneurs de l’Acadie, qui n'avaient à
bles, leur disposition qu'une poignée de soldats cantonnés
mais derrière les faibles remparts d'Annapolis, seul point
leuse d'appui de l'Angleterre dans la province. Le pouvoir
‘ car effectif de ces gouverneurs ne s'étendait guère plus loin in de que la portée des canons de Port-Royal.
Ces commandants n'avaient réellement sous la main us le que les habitants de cette paroisse. Les plus rapprochés udy, ensuite, ceux du bassin des Mines, en étaient séparés | que par une vingtaine de lieues de montagnes et de foréts. ioins Les autres paroisses, plus inaccessibles encore, était s'échelonnaient jusqu’au fond de la baie Francaise. Elle Pas un seul colon anglais ne s'était jusqu'alors établi oyal dans la province. Les Acadiens étaient donc les vrais and- maitres de l’Acadie, et en mesure d'imposer leurs con-
des ditions pour consentir à y rester.
au- Les gouverneurs, ainsi isolés avec leur petite garni- Chi- son, et placés en face du peuple conquis — lequel forntes, mait, comme on vient de le voir, la seule population civiam- lisée de la péninsule — étaient obligés d’user de bien des y, et ménagements pour se faire obéir. Ils n'auraient pas | même réussi à faire respecter leur autorité, s'ils n'avaient po- | eu affaire à un peuple honnête et paisible. C'est à cette de | impuissance, et non à d’autres sentiments que doit être attribuée la tranquillité relative dans laquelle furent ions laissés les Acadiens ; car leurs nouveaux maitres, séparés de d’eux par les préjugés de race etdle religion, si intenses Voir à cette époque, éprouvaient pour eux plus d'éloigne- Sur ment que de sympathie. Ainsi abandonnés à eux-mêmes plus plutôt que gouvernés, les Acadiens vivaient sous la didit rection paternelle de leurs missionnaires, à qui ils s'en ba FA rapportaient la plupart du temps pour régler leurs diffétion rends. Lorsqu'ils avaient recours aux juges étrangers,
c'était la loi française, la seule qu'ils connussent que
86 UN PÈÊLERINAGE
ces juges täâchaient de leur appliquer tant bien que mal.
Telles étaient les conditions d'existence dans lesquelles vécurent les Acadiens jusqu'à l'année décisive de 1749; mais il n'en fut plus ainsi à partir de 1750, et surtout après 1751. C'est que dans l'intervalle la physionomie de la Nouvelle-Écosse avait changé. Les griffes du lion britannique s'étaient singulièrement allongées. Le temps était passé où les petits gouverneurs de Port-Royal, avec une poignée de soldats, se lamentaient, derrière ses murs éboulés, de ne pouvoir réduire les Acadiens. La ville d'Ialifax avait été fondée et fortifiée ; des forts avaient été élevés en différents endroits de la péninsule, principalement le fort Lawrence, sur l’isthme, en face de Beauséjour, et le fort
1 « ... Les juges (sont) éloignés, et quoique fort judicieux, peu instruits de la Coutume de Paris qui est ici suivie... » Archives du séminaire de Québec. Lettres de M. l'abbé de Miniac à M, Jacrau, directeur du séminaire de Québec, 26 avril 1744.
Une des tracasseries qu’eurent à souffrir les Acadiens durant toute celte période a été tournée en accusation contre eux. Des auteurs anglais leur ont, en effet, reproché de s'être trop confinés dans leurs établissements, et d’avoir fort peu défriché les forêts qui les environnaient. Or, ceite accusation retombe de tout son poids sur les gouvernants, qui ont empêché autant qu'ils ont pu les défrichements, en défendant de concéder les terres à d’autres qu’à des protestants. Heureusement que par leur seule force d'expansion, et comme à leur insu, les Acadiens ont fait éclater le cercle dans lequel on voulait les enfermer. De là de continuelles récriminations de part et d’autre. Il est curieux d’étudier, dansvles rapports des gouverneurs, le double sentiment qui les tiraillait : d’une part, ils créaient des lois prohibitives pour arrêter un développement qui les effrayait, de l’autre, ils n’osaient les appliquer avec trop de rigueur, de crainte de voir les Acadiens aller coloniser les lerres françaises. C’est ainsi que dans cette histoire le comique côtoie presque toujours l'odieux.
Voir passim les Archives de la Nouvelle-Écosse, particulièrement, p. 108 : « His Majesty’s instructions... prescribe the grant of unappropriated lands to protestant subjects only. » Governor Mascarène 10 secretary of State, nov. 15th, 1740.
Edouard à Pigiquit. Toutes ces nouvelles places étaient bien munies de soldats.
Dès ce moment, les Acadiens avait senti leurs chaines se resserrer et s'appesantir.
Malgré les promesses solennelles d'Armstrong et de Philipps, le gouverneur Cornwallis, fondateur d'Halifax, avait voulu, dès son arrivée, exiger des habitants fran çais un serment sans réserve, c'est-à-dire qui les obligeût à prendre les armes contre leurs propres compatriotes. Qu'on se rappelle les paroles d'Armstrong : « Mes amis, vous n'avez aucune raison de craindre qu’on vous force à prendre les armes, car les lois de la Grande-Bretagne interdisent à tous catholiques romains de servir dans les armées anglaises. D'ailleurs, le roi d'Angleterre a tant de sujets protestants à pourvoir de cet honneur, que tout ce qu'il demande de vous, c'est que vous soyez de fidèles sujets. »
La volte-face ne pouvait étre plus évidente; mais qu'importaient les contradictions ? On se sentait assez fort pour changer de discours.
Il faut bien se rappeler que cela se passait à la fin de 1549, c’est-à-dire moins de deux ans après la guerre durant laquelle les Acadiens s'étaient montrés si loyaux, et avaient empêché, par leur neutralité, les Français de reconquérir la Nouvelle-Ecosse.
Les Acadiens n'avaient pas d'abord pris trop d'alarme des exigences du nouveau gouverneur. Elles étaient en contradiction si formelle avec les conditions qui leur avaient été faites jusqu'alors, qu’ils ne pouvaient croire que le gouverneur se montrerait inflexible; mais à mesure qu'il s'était fortifié dans la Nouvelle-Écosse, ses ordres étaient devenus si péremptoires, accompagnés de menaces telles qu'il ne fut plus possible de se faire illusion.
Ce fut pour mettre un terme à ces vexations, et aussi