CHAPITRE CINQUIÈME
La chasse aux Acadiens. — Les premiers embarquements. — Remords de Wiuslow. — La journée du 8 octobre. — Incendie des villages. — De la Grand-Prée à Annapolis.
Quand, après la fameuse assemblée du 5 septembre, les prisonniers °cadiens virent Winslow sortir de l'église, quelques-uns des plus âgés le suivirent au presbytère et le conjurèrent de leur permettre d’aller avertir leurs familles de ce qui venait de se passer, de crainte qu’elles ne prissent trop d’inquiétudes. À près s'être con : sulté avec ses officiers, il consentit à laisser sortir chaque jour vingt des prisonniers, mais à la condition que les autres répondraient de leur retour. Chaque famille devrait être avertie d'avoir à apporter des vivres pour ceux des siens qui étaient détenus.
Murray écrivit le même jour à Winslow qu'il avait réussi à s'emparer de cent quatre vingt-trois hommes ; et tous deux se félicitèrent de leur succès. Mais leur joie fut tempérée par les nouvelles qu'ils reçurent äe Port-Royal et de Chipoudy.
Les habitants de Port-Royal avaient eu vent de la conspiration, et s'étaient enfuis dans les bois; un petit nombre seulement avaient été saisis !.
1 Le passage suivant d’une lettre de M. l’abbé Le Guerne, qui.
his.
On a vu ce qui s'était passé à Chipoudy. Le major Frye en était encore tout consterné, le jouk.où il fit son rapport à Winslow. Et l'un de ses officiers djoutait enlé confirmant: «Tout notre mondeici est dans la crainte que vous, qui êtes au cœur de cette nombreuse engeance dé-. moniaque, n’éprouviez le même sort, ce dont je prie Dieu qu'il vous préserve t. »
Ces fâcheuses nouvelles firent craindre un soulève ment parmi les prisonniers . Il est probable qu'ils en cherchèrent l'occasion, et qu'ils s'y seraient déterminés, » s'ils n'avaient pas conservé quelque illusion sur le sort qu'on leur réservait. C'est ce que firent plus tard une bande d'entre eux à bord d'un des vaisseaux dont ils s'emparèrent.
Les jours qui suivirent l'assemblée, des patrouilles furent envoyées dans les différentes directions pour saisir ceux qui avaient échappé à la première arrestation. Les soldats tiraient sans pitié sur tous ceux qui cherchaient à fuir. Un habitant du nom de Melancçon, paraît-il, ayant aperçu une des patrouilles dans le voisi-
comme on le sait, était missionnaire de Memramcouk, Pelicoudiac et Chipoudy, révèle quelque chose des moyens perfides qu'on avait em-— ployés pour attirer les Acadiens.
. « Il n’est point de trahison dont l'Anglais ne se soit servi contre l'habitant, soit pour l'emmener, soit pour sonder ses intentions... C'étaient des espérances des plus flatteuses... la paix ramèneruit un chacun sur son ancienne habitation...
. » Le commandant anglais, par ses promesses séduisantes, des offres captieuses, et par des présents même... avait cru me mettre dans ses intérêts. Se croyant donc assuré de moi, il me manda qu'il souhaitait de me voir incessamment. Je me gardai bienÿdes embûches qu'il me tendait. A une lettre où il me pressait encore de bannir toute défiance et de me rendre au fort (Beauséjonr), je répondis que je me souvenais que M. Maillard avait été embarqué malgré une assuran ce positive d’un gouverneur anglais, et que j’estimais mieux me retirer que de m’exposer en aucune “manière. » — 10 mars 1756.
1 Journal de Winslow, p. 102.
nage À aa ( maison, s'était élancé sur un de ses chevaux” gagner le bois; mais une balle était venue l'attéïndre et le jeter mort sur la route. Plu- £ « sieurs autres eurent le même sort. Bientôt l'église de Ja Gränd-Prée, qui avait été convertie en prison, fut entombrée de près de cinq cents des malheureux Acaens.
©” L'enceinte palissadée servait de préau, où, durant le | ‘jour, un certain nombre avaient la permission d’errer à | | tour de rôle, sous l'œil des sentinelles, qui avaient | ordre de tirer sur quiconque ferait mine de vouloir s'é- | vader.
On ne peut lire sans attendrissement la requête que | les Acadiens présentèrent à Winslow, peu de jours après | | leur détention.
Il est de mode parmi leurs adversaires de les qualifier | d’ignorants, d'hommes inférieurs, dénués de sentiments élevés. On va voir par cette requête admirable dans sa simplicité, quelle distance il y avait entre eux et leur: bourreaux.
« À la vue, disaient-ils, des maux qui semblent nous menacer de tous côtés, nous sommes obligés de réclamer votre protection et de vous prier d'intercéder auprès de Sa Majesté, afin qu'elle ait égard à ceux d'entre nous qui ont inviolablement gardé la fidélité et la soumission promises à Sa Majesté ; et, comme
vous nous avez donné à entendre que le roi a ordonné de nous transporter hors de cette province, pi nous supplions que, s’il nous faut abandonner nos 4 propriétés, il nous soit au moins permis d'aller dans les endroits où nous trouverons des compatriotes, le tout à nos propres frais; et qu’il nous soit accordé lé un temps convenable pour cela, d'autant plus que ! par ce moyen nous pourrons conserver notre. religion, que nous avons profondément à cœur, et pour la-
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