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nous sclaéder ceux élité mme OTince, nos dans s, le ordé
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quelle nous sommes contents de sacrifier nos biens. »
Winslow, qui a couché cette requête dans son journal, n'a pas même soupçonné la sublimité des sentiments qu'elle exprimait. Après l'avoir transcrite, il passe à l'ordre du jour sans ajouter un mot.
Winslow était également resté sourd à toutes les supplications des femmes et des enfants. Voyant les plus hardis s'indigner ouvertement et se concerter ensemble, il craignit qu'ils ne vinssent à se porter à quelque acte de désespoir, et, sur l'avis de ses officiers, il résolut de profiter de l’arrivée de cinq vaisseaux de Boston, qui venaient d'ancrer à l'embouchure de la rivière Gaspareaux, pour faire monter sur chacun d’eux cinquante des captifs.
Dans la matinée du 10 septembre, la garnison fut appelée sous les armes, et placée derrière le presbytère en colonnes adossées à l'un des longs pans de l'église, qui faisait face aux deux portes de l'enceinte palissadée. Winslow fit alors venir celui des anciens, connu sous le nom de père Landry, qui, sachant le mieux l'anglais, servait ordinairement d'interprète, et il lui dit d’avertir les siens que deux cent cinquante d’entre eux seraient embarqués immédiatement, et qu'on commencerait par les jeunes gens, qu'ils n’avaient qu'une heure de délai pour se préparer, parce que la marée était sur le point de baisser. « Landry fut extrêmement surpris, ajoute Winslow ; mais je lui dis qu'il fallait que la chose fût faite, et que j'allais donner mes ordres ?. »
1 Journal de Winslow, p. 112.
On ne dira pas que c'étaient les prêtres qui avaient dicté cette requête aux Acadiens; il n'y en avait pas dans les environs, MM. Chauvreulx, Daudin, Le Maire et Maillard, ainsi qu’on l’a vu, avaient été faits prisonniers ; Le Guerne était fugitif, avec la plupart de ses paroissiens, vers le fond de la baïe ; et Desenclaves, avec les siens, du côté du cap de Sable, 3 Journal de Winslow, p. 109.
132 UN PÈÉLERINAGE
Les prisonniers furent amenés devant la garnison, et mis en lignes, six hommes de front. Alors les officiers firent sortir des rangs tous les jeunes gens non mariés, au nombre de cent quarante et un, et, après les avoir mis par ordre, ils les firent envelopper par quatre-vingts soldats détachés de la garnison sous le commandement du capitaine Adams.
Jusqu'à ce moment, tous ces malheureux s'étaient soumis sans résistance ; mais, quand on voulut leur ordonner de marcher vers le rivage pour y être embarqués, ils se récrièrent et refusèrent d'obéir, On eut beau les commander et les menorer, tous s’obstinèrent dans leur révolte avec des cris et une agitation extrême, disant avec raison que, par ce procédé barbare, on séparait le fils du père, le frère du frère. Ce fut là le commencement de cette dislocation des familles, qui n’a pas d’excuse, et qui a marqué d’une tache ineffaçable le nom de ses auteurs.
Quand on sait qu'une partie de ces jeunes gens n'étaient que des enfants de dix à douze ans, et par conséquent bien moins redoutables que des hommes mariés dans la force de l'âge et qui avaient de plus grands intérêts à sauvegarder, on ne peut comprendre ce raffinement de cruauté.
Il faut laisser Winslow lui-même raconter cet incident : « J’ordonnai aux prisonniers de marcher. Tous répondirent qu ils ne partiraient pas sans leurs pères. Je leur dis que c'était une parole que je ne comprenais pas, car le commandement du roi était pour moi absolu et devait être obéi absolument et que je n’aimais pas les mesures de rigueur, mais que le temps n'admettait pas de pourparlers ou de délais, alors j'ordonnai à toutes les troupes de croiser la haïonnette et de s’avancer sur les Français. Je commandai moi-même aux quatre rangées de droite des prisonniers, composées de vingt-quatre
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ban, bn st bd fous
hommes, de se séparer du reste; je saisis l’un d'entre eux qui empéchait les autres d'avancer, et je lui ordonnai de marcher. Il obéit. » Le reste des jaunes sens se résignèrent à suivre, mais non sans résistance, et avec des lamentations qui firent mal à Winslow luiméme. Üne foule de femmes et d'enfants, parmi lesquels se trouvaient les mères, les sœurs, les fiancées de ces infortunés, étaient témoins de cette scène déchirante, et en augmentaïient la confusion par leurs gémissements et leurs supplications.
De l’église au lieu de l’'embarquement la distance n’est pas moins d’un mille et demi. Elles s’attachèrent à leurs pas pendant tout ce trajet, en priant, pleurant, s'agenouillant, leur faisant des adieux, essayant de les saisir par leurs vêtements pour les embrasser une dernière fois.
Une autre escouade, composée de cent hommes mariés, fut embarquée aussitôt après la première, au milieu
des mêmes scènes. Des pères s’informaient de leurs femmes restées sur le rivage où étaient leurs fils, des frères où étaient leurs frères, qui venaient d’être conduits dans les navires : et ils suppliaient les officiers de les réunir. Pour toute réponse, les soldats pointaient
1... « Order ye prisoners to march. They all answered they would not go without their fathers. I told them that was a word 1 did not understand, for that the King’s command was to me absolute and shoulû be absolutely obeyed and that I did not love to use harsh means, but that the time did not admit of parlies or delays, and then ordered the whole troops to fix their bayonets and advance towards the French, and bid the 4 righthand files of the prisoners consisting of 24 men, which J told of myself to devied from the rest, one of whom I took hold (who opposed the marching) and bid march : he obeyed and the rest followed, though siowly, and went of praying, singing. and crying, being met by the women and children all the way (which is 14 mile) with great lamentations upon their knees, praying, etc. — Journal de Winsiorw, p. 109, On a conservé l’orthographe de l’auteur.
leurs baïonnettes et les poussaient dans les chaloupes.
Chaque famille eut ordre de nourrir les siens à bord, comme elle avait fait à l’église.
En lisant les instructions de Lawrence, on est naturellement porté à croire qu'il ait au moins recommandé de ne pas séparer les membres d’une même famille en les déportant; mais il n’en est nullement question, pas plus que dans les rapports que lui adressait Winslow t,
Lawrence avait d'autres préoccupations : une de celles qu'il avait le plus à cœur était de se faire choisir les plus beaux chevaux dans les écuries des Acadiens, I] avait fait donner, tout exprès pour cela, un sauf-conduit à un nommé Moïse de les Derniers, qui fit une levée dans les différentes paroisses ?,.
1 Dans le mémoire secret adressé par Lawrence à Murray, on lit le passage suivant qui n’a pas besoin de commentaires :
« Take an opportunity of acquainting the inhabitants that if any attempt by indians or others to Destroye or otherwise Molest his Majestys Troops, you have my orders to take an Eye for an Eye, a Tooth for a Tooth and in Shorte Life for Life from the nearest Neighbours where such Mischiefe is Performed, »
« Choisissez une occasion pour prévenir les habitants que s’il se fait aucune tentative de la part des sauvages ou autres pour détruire ou molester de quelque manière les troupes de Sa Majesté, vous avez mes ordres de prendre œil pour œil, dent pour dent, en un mot vie pour vie sur les plus proches voisins du lieu où s’accomplira tel méfait. »
3 Moïse de les Derniers est celui-là même à qui est due la description des mœurs acadiennes, citée à l’Appendice, 1° VI.
Permit the Bearer Moses les Derniers to go to Grand-Pré, to the Rivers Cannard and Habitant to look for some horses for the use of the lieutenant governor and bring the same to this Fort,
Fort Edward, 3rd September 1755. A. Murray, to all concerned.
The number of horses mentioned above are six. À. M.
Autre sauf-conduit au même par Winslow, 4 septembre. — Journal de Winslow, p. 91-93.
Cette date du 4 septembre est à remarquer : c'était la veille de l'assemblée où tous les biens des Acadiens allaient être confisqués au profit de la Couronne, Lawrence n'avait pas voulu perdre l’occa
Murray, que Lawrence avait chargé de lui rendre le même service, écrivait à Winslow : « J'ai vu plusieurs chevaux, mais je n'en ai trouvé aucun qui, je pense, puisse lui plaire; je suis informé aujourd'hui qu'il y a un cheval noir appartenant à un nommié Amand Gros, de la Grand-Prée, qui, me dit-on, sera un cheval de selle qui conviendra à son goût. Je désire donc que vous soyez assez bon que d’ordonner à René Le Blanc, fils, ou à quelques autres Français, de s'en emparer et de me l’amener!. »
Winslow espérait que les transports destinés à recevoir toute la population ne tarderaient pas à arriver ; mais il fut trompé dans son attente. Sept de ces transports, expédiés de Port-Royal, n'entrèrent dans le bassin des Mines qu'aux premiers jours d'octobre.
Quelle que fut la dureté de Winslow pour les habitants de la Grand-Prée, elle n'était rien comparée à celle que Murray montra à Pigiquit. Elle n'était rien surtout comparée à la brutalité des soldats anglo-américains qu'inspirait une haïne invétérée, suite de leurs luttes sanglantes contre les Acadiens, Winslow finit par en être indigné, et ces désordres allèrent si loin qu'il dut publier un ordre du jour défendant, sous peine de châtiment sommaire, à tous soldats et matelots de quitter leurs quartiers, afin, disait-il, de mettre fin aux détresses d’un peuple en détresse ?,
Trois des transports furent détachés du convoi et envoyés à Pigiquit, où, depuis des semaines, Murray les attendait avec impatience. Dans la lettre qu'il écrivait à Winslow pour lui annoncer leur arrivée se trouve un
sion d’être le premier à mettre la main impunément sur ce qu’il y trouvait de plus précieux, On saisit ici sur le fait l'esprit qui animait l'organisateur de l'expédition ; on connaît celui des subalternes,
1 Journal de Winslow, p. 108.
3 Idem, p. 113,
passage où d’un trait il se peint lui-même : « Aussitôt que j'aurai dépêché mes vauriens (my rascals) je descendrai pour arranger nos affaires et me reposer un peu avec vous !, »
Il écrivait quelques jours auparavant : « J'ai hâte de voir embarquer ces pauvres misérables.. Alors je me donnerai le plaisir de vous rencontrer et de boire à leur bon voyage ?, »
Dès que tout fut préparé pour le départ, le commandant fit une proclamation ordonnant aux habitants de se tenir prêts pour le 8 octobre. Winslow avait annoncé, dans l'assemblée du 5 septembre, que les familles ne seraient pas divisées et que les habitants de chaque village seraient, autant que possible, embarqués sur les mêmes navires. On a vu, par ce qui s'était passé lors du premier embarquement, ce que valaient ces promesses. Au reste, nous avons sous la nain une masse de faits, recueillis parmi les descendar ‘es Acadiens, qui prouvent que le nombre des families démembrées fut considérable.
Tel était l'attachement de ces pauvres gens pour leur pays, que, malgré les déclarations les plus formelles réitérées durant tout un mois, ils s’obstinaient encore à se faire illusion, et gardaient quelque espoir de n'être pas déportés. Ce ne fut qu’au dernier moment qu'ils ouvrirent les yeux.
Il faut renoncer à décrire les scènes de cette lamentable journée du 8 octobre. On a peine à entendre même les récits imparfaits qu'en font aujourd'hui les petitsfils des exilés. C’est cette journée du 8 octobre qui leur est restée dans l'esprit, quand ils parlent de l’année du grand dérangement.
Dès le matin de ce jour, des foules de femmes et d’en-
1 Journal de Winslow, p. 171.
2 Idem, p. 108.
CO eh —. nd
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un Dm Et de dt be,
fants, venues de toutes les directions, depui. la rivière Craspareaux jusqu’à la Grand-Prée, des vieillards décrépits, des malades, des infirmes, trainés dans des charrettes encombrées d'effets de ménage, des mères portant leurs nouveau-nés dans leurs bras, étaient poussés vers la Grand-Prée par des escouades de soldats sans pitié, Le chemin qui conduisait, à travers cette grande plaine jusqu'au bord de la digue où se faisait l'embarquement, fut bientôt tout grouillant de cette masse d'êtres faibles et désespérés qui avaient peine à se mouvoir au milieu du tumulte et de la confusion générale. Des invalides, de faibles femmes chargées de fardeaux, tombaient de fatigue le long de la route et ne se relevaient que sous les menaces ou devant les baïonnettes, Les uns s'avancaient mornes et silencieux comme frappés de stupeur, les autres en pleurant et en gémissant, quelques-uns en proférant des malédictions ; d’autres enfin, pris d’une exaltation pieuse, murmuraient des cantiques à l'exemple des martyrs !, Les cris des enfants effrayés qu'on enten-
1 Voici quelques fragments de cantiques que chantaient les Aca diens, et qu'on a retrouvés écrits sur des feuilles volantes, qu'ils emportaient parmi leurs objets les plus précieux. Une de ces feuilles se conserve au British Museum de Londres :
Faux plaisirs, vains honneurs, biens frivoles, Ecoutez aujourd’hui nos adieux.
Trop longtemps vous fûtes nos idoles;
Trop longtemps vous charmätes nos yeux.
Loin de nous la futile espérance
De trouver en vous notre bonheur!
Avec vous heureux en apparence,
Nous portons le chagrin dans le cœur.
Vive Jésus!
Vive Jésus !
Avec la croix, son cher partage.
dait de tous côtés, se mélaient aux aboiements d’une multitude de chiens qui rôdaient autour de cette foule en cherchant leurs maitres. |
Mais ce fut au bord de la grève, à l'heure de l’embarquement, que la confusion fut extrême et que se passérent les scènes les plus désolantes. Tous ces malheureux furent entassés péle-méle dans les chaloupes, malgré leurs plaintes, que la plupart des équipages ne comprenaient même pas, ne sachant pas leur langue ; et l'on ne prit pas plus de soin pour faire monter les membres de chaque famille dans les mêmes transports qu'on en avait mis lors de l'embarquement des jeunes gens. Aussi est-ce en ce moment, d'après la tradition, qu’eut lieu le plus grand nombre de séparations !.
Pour comble de malheur, Winslow se trouva ce jourlà dans une disposition d'esprit qui fit taire en lui le peu de sentiment humain qu’il avait pu montrer jusque-là. La veille de l’embarquement, vingt-quatre des prisonniers, profitant de l'obscurité de la nuit augmentée par la pluie, s'étaient échappés d’un des transports, sans que
Vive Jésus!
Dans les cœurs de tous les élus !
Portons la croix, Sans choix, sans ennui, sans murmure, Portons la croix !
Quoique très amère et très dure, Mäilgré les sens et la nature, Portons la croix |
1 De l’autre côté de la baie, dans les seules missions de Memramcouk, de Peticoudiac et de Chipoudy, soixante femmes avaient élé séparées de leurs maris, jetées de force dans les navires. — Lettre de l'abbé Le Guerne à M. Prevost, 10 tuars 1756. Plusieurs de ces mères avaient des garçons qui leur avaient aussi été enlevés.
Il était souvent arrivé que des prisonniers avaient fait dire à leur famille de ne pas venir se rendre, dans l'espérance où ils étaient d'être rapatries après la guerre.
les huit sentinelles de garde ni les hommes de l'équipage eussent pu lui en rendre compte.
En apprenant cette nouvelle, le matin même de l’embarquement, Winslow tomba dans un état d’exaspération dont lui-même donne la mesure dans le passage suivant de son journal : « Je fis faire l'enquête la plus stricte qu'il me fût possible pour savoir comment ces jeunes gens s'étaient échappés hier, et, d’après toutes les circonstances, je reconnus que c'était un nommé François Hébert, qui se trouvait à bord du navire et y embarquait ce jour-là ses effets, qui en avait été l'auteur ou l'instigateur. Je le fis venir à terre, le conduisis devant sa propre maison, et alors, en sa présence, je fis brüler sa maison et sa grange, et je donnai avis à tous les Français que, dans le cas où ces hommes ne se rendraient pas d'ici à deux jours, je servirais tous leurs amis de la même manière ; et non seulement cela, mais que je confisquerais tous leurs biens de ménage, et que si jamais ces
hommes tombaient entre les mains des Anglais, il ne leur serait accordé aucun quartier !. »
Quand le soleil jeta ses derniers rayons sur le bassin des Mines, une partie de la population était rendue à bord des navires. Cinq autres transports, arrivés les jours suivants, enlevèrent le reste. Cette chasse à l'homme s'était poursuivie avec une atroce activité sur
1... Made the strictest enquiry 1 could how these young men made their escape yesterday, and by every circumstance found one Francis Hebert was either the contriver or abetter who was on Board Church and this day his effects shipt, who I ordered a shore, carryd to his own house and then in his presence burnt both his house and barne, and gave notice to all the French that in case these men @id not surrender themseives in two days, I should serve all their friends in the same manner and not only so would confiscate their household goods and when ever those men should fall into the english hands, they would not be admitted to quarter. Journal de Winslow, p. 166.
tout le littoral de la baie de Fundy. Dans les environs de Beauséjour, Monckton en avait capturé et expédié au delà d'un mille; Murray, onze cents à Pigiquit ; Winslow, deux mille cinq cent dix, dans des vaisseaux effroyablement chargés! ; enfin, Handfield, seize cent soixante-quatre dans la baie de Port-Royal.
Les débris de la populatio:, qui avaient échappé aux recherches, avaient pris la fuite dans les bois. Le nombre total des déportés acadiens dépassait le chiffre de six mille. Haliburton porte ce chiffre à sept ou huit mille ?.
Dans le bassin des Mines, les transports, chargés de leur cargaison humaine, n’attendirent qu'un bon vent pour lever leurs ancres et cingler hors de la rade. Winslow eut un mouvement d’orgueilleuse satisfaction quand il les vit déployer leurs voiles et doubler, l'un après l’autre, le cap Blomedon. Il avait réussi au-delà de ses espérances. Toute cette vaste baïe, où travaillait comme un essaim d’abeilles, un peuple industrieux, était maintenant déserte. Dans les villages silencieux, où les portes et les fenêtres des maisons battaient au vent, on n'entendait plus que les pas de ses soldats et les mugissements des troupeaux qui erraient inquiets autour des étables, comme pour chercher leurs maitres.
1 I put in more than two to a tun, and the people greally crowded. — Journal de Winslow, p. 179.
2 Longtemps avant Haliburton, l'abbé Desenclaves, qui n'avait été enlevé de la Nouvelle-Ecosse qu’au commencement de 1759, écrivait qu'on avait déporté environ seize cents familles, c'est-à-dire à peu près 8,000 âmes ; car d’après les contemporains les plus autorisés, la moyenne des familles était de cinq. C’était, en particulier, l'opinion du gouverneur Philipps. (Archives de la Nouvelle-Écosse, p. 86.) L’ingénieur Franquet porte même cette moyenne de cinq à six. Les Acadiens eux-mêmes estimaient à 10,000 le nombre des leurs qui avaient été déportés dans les colonies anglaises, Archives des Affaires étrangères, Mémoire de M. de la Itochette au duc de Nivernais, ambassadeur à Londres, 1762.
ns | D'après les ordres qu'il avait reçus du gouverneur 16 Lawrence, toutes les constructions devaient être dét; truites, afin que les habitants échappés aux poursuites, ux privés d’asiles, fussent forcés de se rendre. nt Les derniers navires qui emportaient les exilés n'avaient pas encore franchi l'entrée du bassin des Mines, quand X ces infortunés, qui jetaient un regard d’adieu sur leur re cher pays, aperçurent des nuages de fumée qui montaient IX | du toit, des maisons. En quelques instants, toute la côte, É depuis Gaspareaux jusqu'à la Grand-Prée, fut en flamme, de | car les granges et les étables, toutes pleines de foin et de nt | gerbes ‘, prirent feu comme des trainées de poudre, Un €. cri de douleur s’échappa de toutes les poitrines. pn | Mais ce fut surtout lorsque les Acadiens virent brûler n la jolie église de la rivière aux Canards, dont l'incendie là leur faisait voir clairement le sort qui attendait celle de Il la Grand-Prée, que leur désespoir fut inexprimable ?. it Né 1 Il n’y eut güère d’épargné que les blés mis en farine pour la . ‘ nourriture des troupes et des déportés.
)n 2 Constructions brûlées par Winslow dans le district des Mines : S- Nov. Maisons. Granges. nan ES 2 A la rivière Gaspareaux...... 49 39 19 5 A la rivière aux Canards, des Habitants, Perreault....... 76 81 33 6 A la rivière aux Canards et des d. Habhitants................. 85 100 75 A la rivière aux Canards et des té È Habitants............ PERTE 56 28 ue | 255 276 155 u 276 a 200 da | Moulins en différents endroils...................., 11 .) EL RONA ARE SEE 1 es | mmnermtnnt ui Total..... sos EI TION EEte 698 os Le capitaine Oszood, resté quelques jours après le départ de Wina slow, brûla l'église de la Grand-Prée, qui avait servi. pro et ce qui restait de maisons. 1
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Ces deux temples surmontés de leurs gracieux clochers, et dont les boiseries intérieures, sculptées avec goût, étaient toutes en bois de chêne, leur avaient coûté tant de sacrifices ! Qu'étaient devenus les vases sacrés, les ornements d'église, dont plusieurs, fort riches, leur avaient été envoyés en présent par le roi Louis XIV ! ? C'était à la garde de leurs églises qu'ils avaient confié leurs morts abandonnés dans les cimetières. Ils avaient encore dans l'oreille les sons joyeux des cloches qui les appelaient aux offices des dimanches, et qui leur annonçaient l’angelus de l'aurore et du soir. Hélas ! ils savaient qu'ils allaient être jetés dans des contrées où ils ne verraient plus ces beaux offices ni la robe noïre de leurs prêtres !
Quand les habitants de Port-Royal réfugiés dans les bois avaient vu, comme eux, leurs maisons incendiées, ils n'avaient pas osé sortir de leur retraite ; mais quand ils avaient vu mettre le feu à leur église, ils s'étaient élancés furieux sur les incendiaires, en avaient tué ou blessé vingt-neuf et mis les autres en fuite; puis ils s'étaient rejetés dans les bois.
Décembre était avancé quand Winslow eut fini son œuvre de destruction. Il ne s'était pas hâté de prendre la mer, afin d'amener ceux des fugitifs que la faim et la misère forcaient de sortir des bois. Les derniers embarqués mirent à la voile, dans l'après-midi du 20 décembre, au nombre de deux cent trente-deux sur deux goélettes : l’une à destination de Boston, l’autre de la Virginie.
Il semble que Longfellow, qui a si bien chanté les mal-
1 Le roi avait donné, en 1705, un calice, un ciboire, un cstensoir en argent massif, et un ornement complet.
Les familles enlevées de la Grand-Prée possédaient 1,269 bœufs, 1,557 vaches, 5,007 jeunes bestiaux, 493 chevaux, 8,690 moutons et 4,197 porcs,
heurs des Acadiens, et qui, paraît-il, n’a jamais vu la Grand-Prée, ait été assis en face du cap Blomedon, lorsqu'il écrivit ce beau passage par où s'ouvre son poème d'Evangéline :
This is the forest primeval. The murmuring pines and the hemlocks, Bearded with moss, and in garments green, indistinct in the twilight, Stand like — :uids of eld, with voices sad and prophetic,
Stand like harpers hoar, with beards that rest on their bosoms.
Loud from its rocky caverns, the deep-voiced neighbouring ocean, Speaks, and in accents disconsolate answers the wail of the forest.
This is the forest primeval ; but where are the hearts that beneath it
Leaped like the roe, when he hears in the woodland the voice of the [huntsman ?
Where is the thatch-roofed village, the home of Acadian farmers, —
Men whose lives glided on like rivers that water the woodlands,
Darkened by shadows of earth, but reflecting an image of heaven !
Waste are those pleasant farms, and the farmers for ever departed!
Scattered like dust and leaves, when the mighty blasts of October
Seize them, and whirl them aloft, and sprinkle them far over the ocean.
.Naught but tradition remains of the beautiful village of Grand-Pré.
« C’est la forêt primitive. Les pins murmurants et les mélèzes vêtus de leur barbe de mousse et de leur robe de feuillage, se dressent, vagur” et confus, dans le crépuscule, comme les druides d'autrefois, et font entendre des voix tristes et prophétiques. L'océan voisin jette sa grande voix dans les cavernes sonores des rochers, et ses accents inconsolables répondent aux soupirs de la forêt.
v C'est la forêt primitive ; mais où sont les cœurs qui battaient comme celui du chevreuil, quand il entend dans la bruyère la voix du chasseur ? Où sont les toits de chaume du village, la demeure du laboureur acadien, dont la vie, voilée par les ombres de la terre, mais reflétant l’image des cieux, s'écoulait comme les ruisseaux qui arrosent les terres vierges ? Les chaumières dévastées ont disparu, et leurs habitants sont partis pour toujours, dispersés comme la poussière et les feuilles, quand
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144 UN PÈËLERINAGE
les viclentes rafales d'octobre les saisissent et les font tourbillonner dans l'air et pleuvoir au loin sur l'océan ! Du joli village de la Grand-Prée, il ne reste plus rien que la tradition. »
L'abbé Le Guerne a raconté quelques-unes des scènes navrantes dont il avait été témoin ! :
« La plupart des malheureuses femmes (des environs de Beauséjour), séduites par de fausses nouvelles..…, emportées par l'attachement excessif pour des maris qu’elles avaient eu permission de voir trop souvent, fermant l'oreille à la voix de la religion, de leur missionnaire, et à toute considération raisonnable, se jetèrent aveuglément et comme par désespoir dans les vaisseaux anglais. On a vu dans cette occasion le plus triste des spectacles ; plusieurs de ces femmes n’ont pas voulu embarquer avec leurs grandes filles et leurs grands garçons par le seul motif de la religion ?. »
L'expédition dirigée contre Cobequid trouva le village abandonné, et ne put qu'incendier les maisons. Les Cobequites (c'était ainsi qu’on les appelait) traversèrent dans l'ile Saint-Jean (ile du Prince-Edouard), où ils espéraient se mettre à l'abri de nouvelles attaques ; maisils n'étaient qu'au commencement de leurs malheurs.
Ils furent rejoints par cinq cents autres fugitifs, des environs de Beauséjour et de Tintamarre, qu'y fit passer l'abbé Le Guerne.
La destination des déportés avait été prévue d’avance par le gouverneur Lawrence, qui, d'Halifax, avait dirigé
1 L'abbé Le Guerne, qui a laissé une relation des événements de 1755, était natif de la Bretagne. Homme de science, poète même à ses heures, il devint, après son retour des missions, professeur de philosophie au séminaire de Québec, à qui il légua sa bibliothèque et ses manuscrits, Il mourut en 1789, curé de Saint-François de l’île d'Orléans.
3 Archives de la Marine, lettre de M. l'abbé Le Guerne, 10 mars
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toutes les opérations. Ils devaient être débarqués dans les principaux ports de mer du littoral américain, depuis la Nouvelle-Angleterre jusqu'à la Géorgie, c'est-à-dire sur une étendue de plusieurs centaines de milles. Cet ordre, dont peut-être Lawrence n'aperçut pas toutes les conséquences, fut le plus barbare et le plus fatal aux Acadiens, car il mettait un grand nombre de familles séparées dans l'impossibilité de se retrouver.
Aucune raison ne peut justifier un pareil acte ; il eut été au contraire de bonne politique d'établir les Acadiens ensemble dans quelqu'une des provinces éloignées, où leur présence n'aurait offert aucun danger, où ils se seraient multipliés avec la rapidité qu'on leur connaissait, où ils auraient fini par devenir les citoyens fidèles de la future République.
Pendant que les transports cinglaient sur la baïe de Fundy, un Acadien de Port-Royal, du nom de Beaulieu, ancien navigateur au long cours, ayant demandé au capitaine du navire oùil était détenu, avec deux cent vingt-quatre autres exilés, en quel lieu du monde il allait les conduire : |
— Dans la première île déserte que je rencontrerai, répondit-il insolemment. C’est tout ce que méritent des papistes français comme vous autres.
Hors de lui-même, Beaulieu, qui était d'une force peu ordinaire, lui asséna un coup de poing qui l’étendit sur le pont. Ce fut le signal pour les autres captifs, qui probablement s'étaient concertés d'avance. Quoique sans armes, ils se précipitèrent sur leurs gardes, en blessèrent quelques-uns et mirent les autres hors de combat.
Beaulieu prit ensuite le commandement du transport, et alla l’échouer dans la rivière Saint-Jean, près de la mission que dirigeaient alors les PP. Germain et De la Brosse,
Durand les cinq années de guerre qui suivirent l’au-
tomne de 1755, toute la Nouvelle-Ecosse fut sillonnée de partis d’éclaireurs qui firent une chasse implacable aux fugitifs acadiens. Ceux-ci s'étaient divisés en deux courants : l’un qui remoniait par étapes vers les frontières du Canada : l'autre qui inclinait vers l'extrémité de la presqu'ile, espérant trouver quelque asile inaccessible et des moyens de vivre au bord de la mer. L'abbé Desenclaves, qui s'était retiré depuis deux ans au cap de Sable, et qui avait accueilli une partie de ces derniers après leur fuite de Port-Royal, se trouvait encore au milieu d'eux en 1756. On voit quel était leur sort par l'extrait suivant d’une lettre qu'il écrivait à Québec, en date du 22 juin : « Nous sommes en prières, disait-il, pour obtenir sur nous les miséricordes du Seigneur, mais il est à craindre que nos paroles ne manquent de la force d'une foi vive. Tout le cap de Sable avait été à couvert de toute insulte jusqu'au 23 avril, qu’un village fut investi et enlevé ; tout fut brûlé, et les animaux tués ou pris, et une maison à quatre lieues de là eui le même sort, le même jour. Le dimanche après la Passion, on pillait une maison et on prit les bestiaux appartenant à M. Joseph d'Entremont qui avait été pris à la pêche avec un fils à lui, un à sa femme et un garçon du Port-Royal. Il y avait à une petite lieue de la maison, mon presbytère et une modeste chapelle ; 1ls n’y ont pas encore été, ils n'ont pas même brülé un petit oratoire que j'avais où ils ont été, le lundi de la Pentecôte. Ils forcèrent sans doute M. Joseph d’Entremont de les conduire chez ses enfants, dont ils tuèrent l’un d'eux, lui enlevérent la chevelure, pillèrent leur cabane, qu'ils brülérent ; ils emmenèrent quelques animaux. Les autres enfants cnt pris la fuite, tout le reste s’est retiré dans les bois faisant garde en cas de surprise. Je compte qu'ils auront de la peine à me trouver avec une vingtaine d'âmes qui sont avec moi ; nous n'avons rien laissé dans nos maisons,
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pas plus que dans l'église; nous attendons ici la miséricorde du Seigneur, Si les choses ne s’accommodent pas, nous ferons notre possible pour gagner la rivière Saint- Jean au printemps ; si elles s’accommodent et que Monseigneur le veuille, j'irai finir mes jours dans quelque coin de communauté en Canada. Sinon, il faudra que je passe en France d’où j'ai reçu des lettres d’instances tout fraichement, Plaise à la miséricorde de Dieu de me faire connaître sa sainte volonté. Souvenez-vous de nous dans vos saints sacrifices !. »
Cette lettre laissait assez prévoir ce qui devait arriver: l'abbé Desenclaves et son petit troupeau furent cernés, embarqués sur un navire et envoyés à Boston.
Malgré ces dragonnades, un certain nombre de familles, entre autres celles du bassin des Mines et de Port-Royal, qui passèrent l'hiver de 1756 dans le voisinage de la baie de Fundy, parvinrent à se tenir cachées jusqu’à la conclusion de la paix, grâce surtout à l'amitié des sauvages. Ralliées ensuite par les missionnaires, leurs seuls et inséparables amis, et rejointes par d'autres familles acadiennes revenues de l'exil, elles ont été l'origine des florissantes paroisses qu'on voit aujouru’hui autour de la baie Sainte-Marie.
Du site aujourd'hui désert qu'occupait la Grand-Prée, on aperçoit un bon nombre d'habitations disséminées sur les hauteurs qui s’arrondissent autour du bassin des Mines; mais, hélas! pas une de ses maisons n'est habitée par des Acadiens. Elles ont été bâties sur les cend'es de leurs foyers, par des hommes étrangers à leur race, qui vivent en paix et richement sur ces domaines, que d'autres mains avaient ouverts à la culture, Cette pensée me donnait un serrement de cœur, chaque
4 Archives de l’archevéché de Québec,
fois qu'en traversant la Grand-Prée, je jetais un coup d'œil sur le paysage environnart,
Avant de m'éloigner, je voulus suivre le chemin qu'avaient parcouru les exilés jusqu’au lieu de l'embarquement. Là, assis sur le talus de la grande digue, au pied de laquelle venait battre l'océan, je restai longtemps à écouter le bruit mélancolique de ces mêmes flots qui avaient mêlé leurs gémissements à ceux des infortunés bannis. J'ouvris Ævangéline et j'en lus les principaux passages. On conçoit ce que peut avoir de charmes une telle lecture faite sur le théâtre même des événements. J'invite ceux qui ont pris quelque intérêt à ce qui précède à relire le poème d’Ævangéline ; ils se convaincront, malgré ce qu'ils ont pu voir de contraire dans des publications récentes, que la touchante élégie de Longfellow est en tout point l'écho fidèle et poétique de la tradition.
9 octobre. — Au lever du soleil, promenade à pied sur les montagnes qui dominent Kentville. On y jouit d’une vue à vol d'oiseau de la vallée par où coule la rivière Gaspareaux, et du bassin des Mines, dont on est éloigné d'environ sept milles ; c'est un des plus gracieux panoramas de l'Amérique du Nord.
Départ de Kentville par le train du matin. Le long de la route, comme en plusieurs endroits de la Nouvelle. Ecosse, je suis choqué des cris que poussent des attroupements d'enfants à l'arrivée du train aux gares; on dirait des hurlements de loups furieux. Quelle différence avec l’excellente tenue de la foule qu’on rencontre dans les gares de chemin de fer de la province de Québec ! Si de pareilles inconvenances se commettaient dans nos campagnes, les réprimandes sévères des curés y auraient bien vite mis un terme. On qualifie nos habitants de priest ridden. Je ne sais jusqu’à quel point les Néo-Ecossais écoutent leurs ministres ; mais je puis assurer qu’ils
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Le chemin de fer côtoie la rivière Annapolis (autrefois rivière Dauphin) depuis sa source jusqu'à son embouchure. Voici la Prée-Ronde, où florissait jadis une mission acadienne !. Il n’en reste aucune trace, pas plus que de celle de Port-Royal, petite ville tout anglaise qui ne répond plus qu'au nom d’Annapolis. Elle n’a d'autre intérêt que les ruines de son fort, aujourd’hui abandonné comme celui de Beauséjour. C'est le même système de fortification en terre, sur une plus grande échelle. La poudrière placée à l'abri d’une des courtines est très bien conservée et remarquable par la force de ses voûtes en plein cintre, dont les Jarges et épaisses briques ont la blancheur et la dureté du marbre.
J'ai pour cicerone M. le juge Cowling, antiquaire du lieu, à qui m'a présenté en arrivant un avocat distingué d'Annapolis, M. Chesley, dont j'ai fait l'heureuse rencontre dans le train.
Le juge, dont la conversation est très intéressante me dit avec regret que le même esprit de mercantilisme ignare, qui à failli faire perdre à Québec son cachet d’antiquité en lui enlevant ses fortifications, règne à Annapolis. Des spéculateurs ont fait des tentatives auprès du gouvernement fédéral pour faire mettre en vente les terrains qu'occupe le fort.
— Ne «serait-ce pas un crime de lèse-antiquité! ajoute le juge Cowling. Si l'attention du ministre était attirée sur ce sujet, nul doute qu'il ne prendrait des mesures pour faire veiller à la conservation de ces monuments du passé, auxquels se rattachent tant de souvenirs et qui sont si rares sur notre continent.
Dans l'après-midi, excursion en voiture vers le haut
1 Elle était connue sous le vocable de Saint-Laurent.
de la rivière, au petit village d’Equille, situé à deux milles de Port-Royal. Sur la falaise très escarpée au pied de laquelle coule la rivière, se voient encore des restes de fortification d'une assez grande étendue. Au milieu d'un verger voisin une excavation indique l'endroit où existait, parait-il, une chapelle bâtie par les Français: on y a découvert quelques petits ustensiles en or, qui ont dû servir à la mission. J'ai vu dans le salon du propriétaire de ce verger, M. Hoyt, deux de ces objets et plusieurs pointes de flèches et de lances en pierre taillées par les sauvages, et qui ont été trouvés dans les alentours.
10 octobre. — Départ d'Annapolis pour Digby. L'itinéraire que je m'étais tracé en partant de Québec était de débarquer à Digby et de longer la côte par terre, afin de visiter les établissements acadiens, depuis la baie Sainte-Marie jusqu’au cap de Sable. De là, je devais revenir par mer, en visitant les principaux groupes de même origine qui se trouvent dans les iles du Cap-Breton, du Prince-Edouard et le long des rivages du golfe, puis rentrer au Canada par la baie des Chaleurs, Mais la saison, me disait-on ici, était trop avancée pour entrepreudre ce long trajet ; je dus donc remettre à une autre saison la continuation de mon pèlerinage.
A deux heures de relevée, départ de Digby pour Saint- Jean, Nouveau-Brunswick. On comprend pourquoi les Français ont donné au bassin que nous traversons le nom de Port-Royal, quand on le parcourt par une journée resplendissante comme celle dont nous jouissons. Cette vaste nappe d'eau qui ressemble à un lac, et qui ne communique avec la mer que par un étroit passage, est encaissée entre des hauteurs cultivées, couronnées d'une guirlande de forêts toujours vertes. Toutes les flottes du monde POUREAIenS y ancrer à la fois et y manœuvrer à l'aise.
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Du gul de Digby à Saint-Jean, traversée très agréable par un beau clair de lune et un calme parfait.
Deux jours après, je rentrais à Québec par l'Zntercolonial, emportant avec moi des impressions et des souvenirs dont ces notes de voyage ne sont qu'un pâle reflet.