‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 24 sur 58 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Appel à l’Assemblée de la Pensylvanie. — Au roi d'Angleterre. — Lord Loudun. — Dernières indignités. — Comment les exilés s’éteignent en Pennsylvanie.

A une convention spéciale de l’Assemblée, qui eut lieu au commencement de février 1756, Jean-Baptiste Galerne présenta, au nom de ses compatriotes, la requête suivante qui mérite d’être citée en entier, parce qu'elle est un des rares documents parvenus jusqu'à nous, qui présente la défense des Acadiens telle qu'ils la firent euxmêmes :

« Vers l’année 1713, lorsque Annapoïis-Royal fut enlevé aux Francais, et que cette. contrée fut cédée à l'Angleterre, nos pères qui étaient alors établis sur la baie de Fundy, obtinrent, en vertu du traité d'Utrecht, une année de délai pour se retirer avec leurs effets ; mais ne voulant pas perdre les fruits de tant d'années de labeurs, ils préfèrent rester dans le pays et devenir sujets de la Grande-Bretagne, à la condition d’être exempts de porter les armes contre la France, la plupart d’entre eux ayant parmi les Français de nroches parents et des amis qu'ils auraient été exposés à immoler de leurs

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propres mains. s'ils avaient consenti à porter les armes contre eux. Is ont toujours compris que cette demande avait été accordée, lorsqu'ils prêtèrent le serment de fidélité à Sa Majesté, la reine Anne. Ce serment de fidélité a été renouvelé par nous, il y a environ sept ans, à Sa Majesté, le roi George, entre les mains du général Philipps, qui alors nous accorda l’exemption de porter les armes contre la France !. Nous avons toujours pensé que cette exemption avait été approuvée par le roi, jusqu'à ces derniers temps qu'on nous a dit le contraire. Nous qui sommes dans cette province, aussi bien que ceux des nôtres qui ont été transportés dans les provinecs voisines, nous avons toujours observé inviolablement notre serment de fidélité, et nous avons toujours été disposés à offrir toute l'assistance en notre pouvoir aux gouverneurs de Sa Majesté, en érigeant des forts, eu faisant des chemins, des ponts, etc., etc., et en füurnissant des provisions pour le service de Sa Majesté, comme peuvent le témoigner plusieurs gouverneurs et officiers qui ont commandé dans la province de la Nouvelle- Ecosse ; et cela malgré les sollicitations réitérées, les menaces et les mauvais traitements, dont nous avons souffert continuellement, plus ou moins, de la part des Francais et des sauvages du Canada, particulièrement il y a dix ans, lorsque cinq cents Français et sauvages vinrent sur nos établissements dans l'intention d’attaquer Annapolis-Royal. entreprise qui, si elle avait réussi, les aurait rendus maitres de toute la Nouvelle-Ecosse ; ce lieu étant la seule place forte de cette province. Ils nous sollicitèrent instamment de nous joindre à eux et de les aider ; mais comme nous persistions dans notre résolution de garder notre serment de fidélité, et que nous refusions absolument de leur prêter notre assistance, ik

1 Il y a ici erreur de copiste probablement ; car le serment prêté j

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abandonnèrent leur projet et retournèrent au Canada. [Il y à environ sept ans, lors de l'établissement d'Halifax, une bande de cent cinquante sauvages étant venus dans nos endroits, arrachèrent plusieurs d’entre nous de nos habitations et voulurent nous contraindre, à force de menaces et de coups, à nous joindre à eux pour surprendre et tuer les Anglais, occupés à ériger des forts dans les différentes parties du pays ; mais sur notre refrs formel, ils nous abandonnèrent après nous avoir maltraités et avoir fait un grand carnage de nos bestiaux, etc. J'ai été moi-même six semaines &ævant de me rétablir entidvement des coups que j'ai recus alors.

v Nous pourrions citer des exemples presque sans nombre des mauvais traitemcnts et des pertes que nous Avons subis de la part des sauvages francais, à cause de notre inébranlable attachement à rotre serment de fidélité. Et cependant, malgré cette stricte olserwation, nous n'avons pu prévenir la terrible calamité que a fondu sur nous, et qui est due, pensons-nous, en grande partie, à la malheureuse situation et à la conduite de quelques-uns des nôtres, établis à Chignectou, au fond de la baie de Fundy, où les Francais ont érigé un fort, il y a environ quatre ans, Ceux de notre nation qui étaient établis aux environs, après avoir vu plusieurs de leurs établissements brülés par les Francais, se trouvant trop éloignés d'Halifax et de Port-Royal pour espérer un secours suffisant des Anglais, furent obligés. croyons-nous, plutôt par force et par crainte que par inclination, de se joindre aux Français et de les assister; ce qui est également démontré par les articles de capitulation, convenus entre le colonel Monckton et le commandant français, lors de la remise de ce fort aux Anglais, lesquels sont exactement dans les termes suivants :

« En ce qui regarde les Acadiens, comme ils ont été » forcés de prendre les armes sous peine de mort, il

176 UN PÉLERINAGE » leur sera accordé pardon pour la part qu'ils y ont » prise. »

» Nonobstant cela, comme la conauite de ce peuple avait donné de justes ombrages au gouvernement, et créé des soupcons au préjudice de toute notre population, nous fûmes sommés de comparaitre devant le gouverneur et le conseil d'Halifax, où nous avons été requis de préter serment d’allégeance, sans aucune condition; ce à quoi nous ne pouvions consentir, parce que, vu la situation actuelle de ce gouvernement, nous craignions d'être obligés de prendre les armes ; mais nous étions encore consentants à prêter serment de fidélité et à donner les plus fortes assurances que nous continuerions à rester paisibles et fidèles à Sa Majesté britannique, à cette exception près. Mais dans le présent état des affaires, cela n'ayant pas été regardé comme satisfaisant, nous avons été faits prisonniers, et nos biens, meubles et immeubles, confisqués au profit du roi; et peu de temps après, nous avons été embarqués sur des navires avec presque toutes nos familles et déposés dans les colonies anglaises. La précipitation et la confusion au milieu desquelles nous avons été embarqués, ont contribué à aggraver notre malheur; car par là, un grand nombre d'entre nous, qui avaient vécu dans l'abondance, se virent dépouillés du nécessaire, et plusieurs familles furent séparées, les parents de leurs enfants, et les enfants de leurs parents. Cependant nous devons bénir Dieu que le sort ait permis que nous fussions envoyés en Pensylvanie, où nous avons été secourus dans nos besoins, et où nous avons été recus, de toute manière, avec une charité chrétienne. Laissez-moi ajouter que, nonobstant les soupcons et les craintes que plusieurs ont conçus à notre égard, dans la croyance que nous étions un peuple dangereux ct prêt à rompre, sans scrupule, nos serments, le temps fera voir que tel n’est pas notre caractère. Non,

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la situation déplorable où nous sommes, est une preuve évidente que c'est une fausse accusation, propre à agsraver les infortunes d'un peuple déjà trop malheureux ; car, si nous avions entretenu d'aussi pernicieux sentiments, nous aurions pu facilement éviter de tomber dans le triste état où nous sommes réduits, c'est-à-dire, privés de nos biens, bannis de notre pays natal et réduits à vivre de charité sur une terre étrangère ; at cela, pour avoir refusé de prêter un serment que le christianisme défend absolument de violer, si une fois on l'a prété ; serment que nous ne pouvions tenir sans nous exposer à plonger le poignard dans le sein de nos amis et de nos proches, Nous nous soumettrons cependant, comme nous l'avons déjà fait, à ce qui, dans l'état présent des choses, paraitra nécessaire, et nous supporterons avec patience et résignation tout ce que Dieu, dansles desseins de sa Providence, permettra qu’il nous arrive. Novs regardons aussi comme notre devoir de conserver et d'affermir la paix du pays où nous avons été transportés, et de garder inviolablement le serment de fidélité que nous avons prêté a sa Gracieuse Majesté, le roi George, qui, nous le croyons fermement, aura pitié de notre malheureux sort, lorsqu'il sera pleinement informé de notre fidélité et de nos souffrances, et ordonnera qu’on nous accorde quelques compensations pour nos pertes. Que le Dieu tout-puissant répande ses bénédictions abondantes sur Son Honneur le gouverneur, sur l'honorable assemblée de cette province et sur le bon peuple de Philadel-

phie, dont la sympathie, la bienveillance, et la charité

chrétienne se sont hautement manifestées et se montrent

encore à l'égard d'un pauvre peuple afiligé et dans la

détresse ; c’est la sincère et ardente prière de

J.-B'e GALERNE. »

Le caractère des Acadiens est tout entier dans cette

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