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un voyage long et coûteux ; je ne pourrai aller en ces endroits que le printemps prochair, encore il me faudra commencer dès l'hiver.
» Grâce à la Providence du Seigneur, j'ai subsisté jusqu'à présent. Les présents des sauvages et mon casuel peuvent monter à cent piastres et plus ; c'est assez pour vivre sous quatre écorces ; les voyages m’'embarrassent un peu. Pour les Acadiens, il m'a fallu les faire vivre.
» Voilà à peu près, Monseigneur, l’état de la mission de la Nouvelle-Ecosse. Santé, travaux, fatigues, inquictudes, je puis assurer Votre Grandeur que je n'ai rien épargné pour cultiver cette partie du champ du Père de famille, que vous avez confiée à mes soins. Si Votre Grandeur ne considère que la bonne volonté et l'envie de travailler, et non les talents et les vertus nécessaires à un si auguste ministère, je m'offre, je suis entre les mains de Votre Grandeur. Le moindre signe de sa volonté sera toujours pour moi la parole du Seigneur.
» J'espère que Votre Grandeur voudra bien obtenir pour moi du Père des miséricordes une petite étincelle de ce feu céleste qui embrase les cœurs ; mes travaux seront toujours inutiles sans cela, »
« Halifax, 23 mai 1769.
» Je suis à Halifax, depuis le mois de mai, où milorl William Campbell ! a mille bontés pour moi qui ne les mérite guère, mais qui fais tout mon possible pour contenter et remplir les intentions de Votre Grandeur. Maïs la mission est bien abondante et bien difficile ; les Acadiens sont épars cà et là, et la voix du pasteur n'est point assez forte pour les réunir. Les sauvages sont assez bons; je n’ai qu'un ennemi principal à combattre pour eux, c’est l'ivrognerie,
1 Successeur de Franklin.
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» Tout l'hiver j'ai été en voyage, et je me suis assez Lien trouvé de la raquette, qui n’est pas à beaucoup près aussi difficile qu'on se l'imagine ; ce qui m'a le plus fait souffrir, c'est la pluie continuelle des mois de janvier et février, Dans le bois, couché sur une neige fondante, et à l'abri de quelques méchantes écorces, jugez de ma situation ; mille fois heureux, si, tandis que je ne pouvais avoir de feu pour réchauffer mon corps tout mouillé, j'eusse ressenti que mon cœur brûülait du feu de l'amour divin. Je crains et je tremble de ne pas correspondre à toutes les grâces que le Seigneur me fait.
» Ma mission est de plus de cinq cents lieues de tour. J'ai été extrêmement malade, un mois après mon retour de Québec ; ce mal me prit le jour de la Présentation de la très sainte Vierge, après avoir chanté la messe ; et, le soir, j'étais sans connaissance ; maintenant je suis assez bien ; cependant, je ressens une respiration difticile ; quoi qu'il en soit, le Seigneur est mon soutien.
» Je me recommande aux prières de Votre Grandeur et de tout le diocèse ; seul ici, sans soutien, sans conseil, hélas ! quel terrible compte pour ma tiédeur ! »
« Halifax, 22 juillet 1769.
» Je suis dans la ville d'Halifax depuis trois mois, ayant cependant fait des excursions, de temps en temps, pour desservir les Micmacs. J'ai éprouvé ici bien des bontés de la part de milord William Campbell et de tous les messieurs du Conseil ; l'on a même obtenu pour moi une pension de cent livres, de Sa Majesté. Je partirai le 25 pour le cap de Sable ; c’est l’ancienne mission où s’étaient réfugiés MM. Desenclaves et de Vauquelin ; j'aurai là des enfants de quatorze à quinze ans à baptiser, et un reste de besogne en proportion. Les Acadiens et les sauvages sont si dispersés dans les différents coins de la
province, qu'il est mal aisé de me fixer, étant difficile que je puisse toujours étre ambulant,
» Il y a beaucoup d'Acadiens du côté de Pentagoët et des monts Déserts. Pour ce qui regarde les Micmacs, Miramichi et Caraquet sont les deux endroits où tous peuvent se réunir plus facilement pour être instruits, Il parait que le gouvernement désire que je me fixe en la ville ou au proche ; la distance qui me séparerait alors de mes deux principales missions serait bien grande pour pouvoir instruire les pauvres Indiens suffisamment ; cependant je n'ai encore pris aucun parti. Il n’y a presque point de catholiques en la ville ; il serait dangereux d'y attirer les sauvages à cause de leur penchant pour l'ivrognerie.
» La carrière que j'ai à parcourir est grande, et le champ que j'ai à défricher est vaste. Hélas! que de sueurs et de travaux! Que de larmes secrètes ne suis je pas forcé de verser souvent, sans avoir personne qui puisse les essuyer! Que d'anxiétés, de doutes, sans avoir personne à qui m'ouvrir et qui puisse me rassurer! Telle est ma situation.
» Je me porte assez bien. J'ai été fatigué un peu d'avoir, je pense, marché l'espace de deux jours dans l'eau, l'hiver dernier; mais le voyage était indispensable. Je pense que le Seigneur ne me reprochera point cette imprudence. »
« Halifax, 24 avril 1771,
» … Pour la baie des Chaleurs, je n'ai pu absolument m'y transporter, et je ne sais pas si je le pourrai cet été. De tous les endroits de la province, c'est le plus mal aisé par terre ; il y a plus de cent quatre-vingts lieues de distance, et il n’y a point de chemins ; par mer, il me faut faire le tour du cap Nord ; mais rien de cela ne m'aurait empêché, si Son Excellence milord William Campbell
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n'avait point paru désapprouver mes entreprises. Deux Acadiens sont venus ici, le mois de mars passé pour avoir licence de chercher un missionnaire ; ils ont été absolument refusés. Tout parait jusqu'à présent opposé dans le gouvernement, à la pluralité des missionnaires catholiques : et cette opposition vient toute de Rte rtériens et des gens de la Nouvelle-Angleterre. J'ai dt la messe, en cette ville, l’espace de trois mois l'hiver pa nier, et subitement il m'a fallu chercher un trou à six milles de la ville, dans les bois, pour célébrer les is ches. Je n'aurais pas eu ce trouble, si j'avais os fermer la porte du grenier, où je la disais avant, à tous les catholiques, non Acadiens et sauvages. C’est En ce que je puis faire que de me maintenir ici Même à l'égard des Acadiens, je ne suis que faiblement Lolérés
: 1e 11 ñ 1 1 les mariages m'ont été permis mais non comme con-
formes aux lois. Tant qu'il n’y aura que des catholiques dans les familles, tout ira bien. Pour des an Acadiens peuvent en avoir, mais à un si haut Grix ‘il ny a rien de pareil au Canada; point de ae les plus riches sont ceux qui ont le plus de formes Cent arpents de terre bons à cultiver reviennent bois debout, sans avance, à vingt-deux dollars quatre For lings et six sols. Il faut qu'une famille aus soit placée entre deux familles protestantes. Ainsi re voyez que les Acadiens ne peuvent être que rés rV . in € | LS la pêche, la chasse, couper du bois, : voilà : 7 —
SR ne L ] - s sueurs, souvent
mes larmes, sont suivies d’un contentement que Dieu seul connait !. Il n’y a qu'une peine qui quelquefois me
1 Il est intéressant de voir jusqu’à quel oculaire, confirme ce que dit l’abbé
it, témoi n
fait regarder derrière moi, c’est d’être seul ; et je pense, que véritablement, sans la consolation et le soutien qui me viennent des missionnaires de Philadelphie, je serais de retour au Canada. Votre Grandeur jugera elle-même, en voyant les gazettes de Boston, ce qui s'écrit contre moi. Tons les honnêtes gens m'ont dit de mépriser et laisser dire, j'ai écrit à M. de Villars! , et il me semble que je pourrais attendre du secours de lui. S'il se trouvait quelque missionnaire qui voulüt faire comme on fait à la Chine ?, il ferait à merveille au cap de Sable; et les magistrats d'ici sont disposés à prendre cause d'ignorance.
» Que ne suis-je à Québec et un autre à ma place ici ! Si je le pouvais, j'endosserais un habit de jardinier, et
ci eut à desservir dans la Nouvelle-Ecosse, Brook Watson parle d’abord en ces termes de leur conduite en exil et de leur retour :
« Their orderly conduct (in Georgia), their integrity, sobriety and frugality, secured to them the good will of the people and gained them comfortable support, Bui, still longing for their native country, all their industry was stimulated, all their hopes, supnorted by that landmark of their former felicity; many of them built boats, and, taking their families, coasted the whole American shore, from Georgia to Nova Scotia... But, alas! what did they find? all was desolated for the mure effectually to drive them out of the country ; all their houses had been burnt, all their cattle killed by order of government; hence they found no shelter ; still they persevered with never-failing fortitude, with unremitting industry, and established themseives in different remote parts of the province, where they had been sufered to remain, but without any legal property; at least, T have not heard of any land having been granted lo them. »
Puis Watson ajoute : « Their numbers, Ï am told, have increased about two thousand, and 1 am informed they still continue, what I know them to be in their prosperous state, an honest, sober, industrious and virtuous people. »
Nova Scotia Historiral Society. Hon. Brook Waston to Re. D: Brown, July 1st, 1791, p. 132,
1 Ancien supérieur du séminaire de Québec, retourné en France. ? C'est-à-dire se cacher sous un déguisement.
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je ferais fleurir un jardin spirituel au cap Ge Sable, c'est l'endroit où il y a le plus de catholiques, et les plus fervents d’ailleurs. Cela est si loin de la ville, et si à désamain, qu'un larron pourrait y vivre quarante ans Sans étre pris. Que serait-ce donc d’un honnête homme qui se comporterait en bon sujet, et qui soas main exercerait ses fonctions ? Les Acadiens ont ici des biens à eux. Je ne me risquerais dans aucun autre endroit, »
L'abbé Bailly n'explique pas ici pourquoi les habitants du cap de Sable avaient des titres de propriété. Cette exception était due à une faveur accordée à la famille d'Entremont, et voici à quelle occasion, Vers 1765, plusieurs menbres de cette famille s'étaient embarqués à Boston, dans l'intention d'aller se fixer à Québec. En passant à Halifax, où leur navire avait fait escale, ils rencontrèrent, dans la rue, un officier anglais qui les reconnut et leur fit grand accueil, parce que, dans un combat où cet officier avait été fait prisonnier, l'un des d'Entremont lui avait sauvé la vie. Il les détourna du dessein d'aller s'établir au Canada, en promettant qu'il les ferait remettre en possession de leurs terres. Il le fit en eflet, et c'est ce que remarqua l'abbé Bailly, à son passage au cap de Sable.
Les d'Entremont avaient été rejoints, peu après leur arrivée, par d’autres familles principalement de la baie d'Argyle, qui, elles aussi, avaient eu leur histoire durant les années de la proscription. Ces pauvres familles n'avaient pu se décider à quitter entièrement l'admirable coin de terre qu'elles habitaient de père en fils. Cette extrémité de la Nouvelle-Ecosse, comprise aujourd'hui dans le comté d'Yarmouth, ne renferme en eflet pas moins de quatre-vingts lacs, tous plus jolis les uns que les autres, et tous communiquant avec la rivière Tousquet, laquelle se jette dans la baie d’Argyle. Ces lacs,
de grandeurs et de formes variées, sont entourés de bois du plus beau feuillage. Vu à vol d'oiseau, le paysage doit ressembler à un vaste tapis vert, parsemé de leurs d'azur. La baie d'Argyle, avec ses îles aussi nombreuses que les lacs du rivage, rivalise avec lui d'aspect riant et pittoresque. C’est à travers ces iles que les Acadiens se livraient paisiblement à la pêche, sans négliger la culture de leurs terres.
Chassés des bords de la mer, ils s'étaient réfugiés dans le haut de la rivière Tousquet, et s'étaient établis sur ses rives ; mais cette retraite si solitaire et si sûre en apparence, ne put les soustraire aux poursuites de leurs meurtriers. Une frégate anglo-américaine jeta un jour l'ancre dans la baie d’Argyle. Un parti de soldats, guidé par un pilote expérimenté, peut-être par un traitre, remonta la rivière jusqu'à un mille du village, qu'il croyait surprendre, ayant dissimulé sa marche avec soin, en suivant en silence l’ombre du rivage. Dans cet endroit, la rivière se rétrécit en un chenal qui n’a guère que quinze à vingt toises de largeur, ombragé d'épais fourrés qui s'étendent en arcade sombre au-dessus du cours d'eau. C'est là que les Acadiens, qui les avaient aperçus de loin, s'étaient mis en embuscade. Ils avaient fait sur eux, à leur passage, un feu si meurtrier, que pas un canot ne s'était échappé. Mais ce triomphe momentané ne fit que retarder leur ruine de quelques jours: les ennemis revinrent en nombre et mirent tout à feu et à sang. Une partie des-habitants fut emmenée en captivité, les autres s’enfuirent dans les bois. où ils menérent
la vie aventureuse des sauvages, jusqu'à ce que le retour
de la paix leur permit d'apparaître au bord de la mer. Quelques-uns de ceux-ci se fixèrent au cap de Sable, les autres, au ruisseau à l’Anguille {Ze Brook), et le long de la baie Saïnte-Marie. ils formaient cette partie de la mission de l'abbé Bailly, que celui-ci regardait d'un œil
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de prédilection, et où il aurait voulu faire fleurir un jardin spirituel.
« Je suis à la veille, continue l'abbé Bailly dans la lettre citée plus haut, de quitter la soutane pour m'habiller à la bourgeoise ; je suis trop géné et ne puis même m'acquitter de mes fonctions. Le gouverneur le désire ; dès qu'ici un homme a la réputation d'être catholique, sa maison m'est interdite, ou il faut qu'il soit disposé à la laisser saisir. Dans une petite ville chacun s’examine et s’épie.
» Siun missionnaire venait à la baie des Chaleurs, il pourrait s'établir sur la partie du gouvernement ‘de Québec ; et je pense que, D udémmont. et en habit séculier, il pourrait faire un tour sur la partie de la Nouvelleere
» Pour moi, Monseigneur, je me désespère d'être si longtemps sans compagnon ; je puis aller tous les ans à
Philadelphie, n'être que trois ou quatre semaines au plus dans le voyage. Je n'ai pas voulu l’entreprendre, sans avoir eu l'honneur de consulter Votre Grandeur. Les missionnaires me promettent l'hospitalité et toute l’assistance possible. Le principal commerce de cette place est avec Philadelphie. D'ailleurs, tous les bâtiments qui font la traite sont commandés par des catholiques. Quand je suis à la rivière Saint-Jean, il m'est aussi facile d’aller à Québec qu'il est difficile d'ici de m'y rendre. La contrainte et les mesures qu’il me faut prendre me fatiguent presque plus que tout le reste de la mission.
» Le gouverneur continue de m'honorer de sa protection, ainsi que les principaux ; mais dans un gouvernement d'Amérique, les membres, et non la tête, commandent. Tous sont bien intentionnés pour la religion catholique, mais la populace est fanatique. Deux ministres geesbytériens ont prêché publiquement contre moi ;
] ai été nommé dans les gazettes ; si l’on souffre, dit-on,
que le roi mette un prêtre dans la Nouvelle- Ecosse, il faudra souffrir qu’il en mette un dans Boston. L’établissement d’un prêtre en Nova-Scotia est la honte du présent règne : voilà le précis des objections. C’est un orage, Dieu le calmera. J'espère qu'il aura pitié d'un pauvre peuple qui ne demande autre chose que d'apprendre à le servir et à l'aimer.
» Je me recommande instamment aux prières et saints sacrifices de Votre Grandeur. Qu'il me faut des gruces bien précieuses ei bien multipliées, pour conduire cette partie du troupeau confié à mes soins par Votre Grandeur ! »
En lisant ces lettres de M. Bailly, ne croirait-on pas lire les relations des premiers missionnaires du Canada ?
Le fanatisme puritain, qui s’acharnait contre l'abhé Bailly et demandait son expulsion, s’appuyait sur la constitution de la Nouvelle-Ecosse, d’après laquelle la liberté de conscience était accordée à tout le monde, excepté aux papistes. Tout prêtre catholique devait être banni ; et quiconque lui donnait asile était condamné au pilori, devait payer une amende de cinquante livres ste:iing, et donner des garanties de sa conduite à venir.
Les lettres de M. Bailly font bien voir dans quelle triste condition étaient encore les Acadiens, près de vingt ans après leur expulsion. Elles montrent aussi quel degré de liberté religieuse leur était accordé : un seul missionnaire toléré pour une population éparpillée sur une étendue de pays de quatre ou cinq cents:lieues de circonférence : les mariages devant l'Eglise non reconnus par les lois. Les Acadiens étaient-ils bien ingrats de ne pas goûter {ke lenily and the sweels (la mansuétude et les douceurs) de ce régime ?
Qu'on le remarque bien encore une fois, la faute était beaucoup moins à Londres qu'à Halifax, de même qu'en 1755.
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M. de Tocqueville a dit quelque part: « Si vous voulez bien connaitre le faible d'un gouvernement, étudiez-le dans ses colonies. Là, les défauts apparaissent erossis, comme si on les voyait à travers un microscope. » La Nouvelle-Ecosse est un exemple frappant de cette vérité. L'abbé Bailly l'exprimait en d'autres termes, lorsqu'il disait que, dans un gouvernement d'Amérique, ce sont les membres et non la tête qui commandent.
La réponse suivante de l'évêque de Québec à M. Bailly de Messein achève de faire connaitre cette situation :
« Québec, 5 juin 1771.
» Mon cher monsieur,
» Ne doutez point de mon affection, les bons prêtres l'ont tout entière.
» Je suis étonné que Son Excellence votre gouverneur puisse vous gêner, et que le parti presbytérien trouve à redire qu'il y ait un missionnaire dans l’Acadie; vous savez vous-même qu'étant aussi gêné que je le suis, en Canada, pour les prêtres, je ne vous eusse pas envoyé en ces contrées, si l’on ne m'avait pressé et sollicité. Une de mes premières vues en vous accordant, aété d'entrer dans les vues du gouvernement, à qui notre religion nous prescrit d'obéir dans toutes les choses qui ne la blessent point. Je ne vous ai donné mission qu'avec l'agrément du gouverneur du Canada, que j'ai consulté; le vôtre et celui-ci, quant au bien général, doivent avoir le même but; et ma conduite en cette occasion se. conforme à leurs intentions, On voulait retenir les Acadiens ; le moyen était de leur envoyer un | missionnaire, je l'ai fait. Vous êtes entré dans mes vues par vertu, et malgré l'opposition de votre illustre D ct chère famille et surtout de votre tendre mère.
252 UN PÈÉLERINAGE
» Dôs que vous avez l'approbation etla protection de Son Excellence le gouverneur, ne vous affligez pas de ce que disent les gazettes. Je ne trouverais p°s mauvais qu'à la volonté et à l'exigence de monsieur le gouverneur, vous preniez l'habit séculier : Æabilus non facil monachum. Je suis inquiet sur votre conscience, et si jaloux de votre salut et tranquillité, que je vous permets, de tout mon cœur, d'aller à Philadelphie, si cela vous est plus commode.
» Je vous prie d'assurer de mon profond respect Son Excellence monsieur votre gouverneur, de le remercier de ma part des bontés qu'ila pour vous, et de l'assurer que je ferai mention de lui au saint autel. Qu'il ne s'en scandalise point : saint Paul nous le prescrit, nos gouverneurs d'ici me l'ont demandé.
» J'ai été deux ans à Londres; je sais assez que votre gouverneur ne sera pas réprimandé pour favoriser aux catholiques de la langue francaise, l'exercice de leur religion. Si vous êtes gêné, revenez, au reste; Je vous recevrai dans mon sein avec toute l'effusion de mon Cœur. »
M. Bailly revint en effet ; il fut remplacé par un vétéran des missions, dont le nom est encore dans toutes les mémoires, le vénérable P. de la Brosse, de la Compagnie de Jésus. On peut juger du bien que fit ee missionnaire, par la grande réputation de sainteté qu'il a laissée après lui.
Cependant, l'accroissement de la population Jui ayant rendu bientôt impossible la desserte de cet immense territoire, l'évêque de Québec se décida à écouter les instances que ne cessaient de lui faire les bons Acadiens pour obtenir un prêtre, malgré les refus qu'ils avaient essuyés à Halifax. Leur joie fut d'autant plus vive que l'abbé Bourg, qu'il leur envoyait, était comme eux un enfant de l’Acadie, exilé comme eux, un homme
ur ter cit ( Cor l'ai que vra d'u )) sac] par tur:
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AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 253 zèle, d'action et d'un rare mérite, en un mot un véritable apôtre.
Conuaissant ses qualités et son origine, le prélat l'avait protégé dès sa jeunesse, et choisi pour aller recueillir les restes épars de sa nation. L'abbé Bourg revenait de France, où il avait été se former à la science et aux vertus ecclésiastiques.
Mgr Briand fut si satisfait des résultats de sa première année de mission (1793), qui lui conféra le titre et les pouvoirs de vicaire général, dans toute l'Acadie et ses dépendances.
Dans la lettre qu'il lui remit à cette occasion se trouve un passage relatif aux Acadiens, qui confirme si parfaitement les témoignages de M. Bailly, qu’il mérite d’être cité :
« Le compte, dit-il, que vous avez rendu de votre conduite dans les missions dont nous vous chargeïñmes l'année dernière, et de la docilité des peuples vers lesquels nous vous avions envoyé, nous a donné une joie vraiment sensible, que nous vous avons déjà témoignée d'une manière toute particulière.
» Le zèle qui vous fit abandonner l'Europe pour vous sacrifier au salut de vos frères, plus chers à votre cœur par les sentiments de la religion que par ceux de la nature, ne trouve point d'obstacles insurmontables, dès qu'il s'agit de gagner des âmes à Jésus-Christ ; la difficulté des chemins, la mauvaise humeur des peuples, que nous ne vous avons point laissé ignorer, et qui ne vous
ont pas épouvanté, l'incertitude du succès, rien de tout cela n'a ralenti votre zèle, À toutes ces représentations que notre affection autant que notre devoir nous obliseait de vous faire, vous ne nous avez donné que des réponses dignes d’un vrai ministre de Jésus-Christ : « Je ne suis venu, avez-vous dit, que pour les âmes abandonnées de secours. » De si beaux sentiments ne pou-
nm rneripntintiahntiatis
NE
vaient que nous plaire infiniment; ils ont, en effet, pénétré jusqu'au plus tendre et au plus intime de notre cœur. Et, pour contrer dans toutes vos saintes et prieuses intentions, seconder votre piété et votre esprit apostolique, nous vous avons revêtu et vous revêtons, par les présentes, de tous nos pouvoirs.
» Nous croyons qu'il est nécessaire de vous avertir que vous ne trouverez pas, dans les habitants de la rivière Saint-Jean, la même obéissance, une semblable piété, une aussi belle naïveté et candeur, autant d'attachement à la religion, un aussi profond respect pour les prêtres de Jésus-Christ, que vous en avez trouvé dans ceux des côtes maritimes de l’Acadie,
» Quant aux habitants des autres missions, dont vous nous avez fait un rapport si consolant, nous voulons que vous leur fassiez connaitre notre contentement et notre parfaite satisfaction, et que vous les engagiez, de.notre part, à persévérer et à marcher constamment dans ha voie qu'ils ont prise, se rappelant sans cesse ce gran oracle du Saint-Esprit : Qui perseveraverit usque in fine, hic salrus erit. »
Peu après le départ de M. Bourg, arriva à Québec un prêtre français du diocèse de Tours, l'abbé Le Roux, ancien supérieur de maison ecclésiastique, homme de tact et d'expérience, venu à la demande de l’évêque de Québec, pour se vouer aux missions du Canada. Mgr Brian crut l’occasion favorable pour faire une tentative ver l'isthme de la Nouvelle-Ecosse, où plusieurs groupes d'Acadiens réclamaient un missionnaire. [l espérait ‘qu'à force de prudence et de précaution, vu l'isolement des lieux, un prêtre pourrait se maintenir sans trop crée! d'ombrage.
L'abbé Le Roux y réussit, évangélisa, durant plus de vingt ans, toute cette région jusqu'aux îles de la Madeleine, et bâtit enfin une église à Memramcouk. Cette
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s avertir nts de la semblable at d'attat pour les ouvé dans
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paroisse, comme je l'ai dit ailleurs, ne compte aujourd'hui pas moins de six mille âmes, et est devenue le principal centre acadien des provinces Maritimes.
Quels furent les travaux, les fatirues et les dangers de cet apostolat ? M. Le Roux lui-même en donne une idée dans une de ses lettres :
« Depuis bientôt quinze ans, dit-il, j'ai fait les fonctions de missionnaire avec beaucoup de tribulations, de peines et de misères, surtout pendant la guerre. Le cher M. Bourg l'a éprouvé lui-même. On m'a mis le pistolet sur la gorge ; j'ai fait naufrage une fois ; je suis tombé à la mer, dont j'ai été retiré, n'ayant plus ni mouvement ni connaissance, et cela, en revenant de mes missions ; sans compter la faim, la soif, réduit à manger de la soupe de vache marine, et encore puante.
» Après tant de peines, de fatigues, de travaux, on cherche à nous persécuter mal à propos. Dieu soit béni !, »
Cependant se préparait, dans les colonies anglaises, un grand événement qui devait influer sur les destinées de toute l'Amérique, et ramener plus de liberté et de calme sous le toit des Acadiens. Dès que le premier coup de canon de la guerre de l'Indépendance eut été tiré, ils
1 Archives de l'archevéché de Québec. Lettre de M. Le Roux à JL, le grand vicuire G'ravé de la Rive, 21 acût 1788.
Au rapport de M. Le Roux, il y avait, en 1785, seulement à Memramcouk, au delà de cent soixante familles, formant six cents personnes, en âge de communier. L'abbé Le Roux avait eu outre des missions acadiennes à Peticoudiac, Shédiac, Cocagne, et dans l'île du Prince-Edouard,
D'après un recensement fait la même année, par M. Bourg, il y avait au cap de Sable et à la baie Sainte-Marie, cent cinquante famines ; au Cap-Breton, plus de cent quarante; et à l’ile du Prince- Edouard, cinquante, toutes acadiennes. Le recensement officiel, fait en 1774, indiquait, au Cap-Breton, cinq cent deux habitants d’origine française,
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