‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 37 sur 58 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

L'abhé de Calonne. — Les Acadiens à l'ile du Prince- Edouard. — Aux iles de la Madeleine. — Au Cap-Breton.

Un autre homme de Dieu, nor moins ardent que l'abbé Ciquard, opérait, dans l'ile Saint-Jean, ce que celui-ci avait fait sur l’isthme de la Nouvelle-Ecosse : c'était l'abbé de Calonne, qui, depuis, a laissé au Canada la réputation d'un homme aussi éloquent que le P. Bridaine, et aussi austère que l'abbé de Rancé. L'abbé de Calonne,, fils du premier président du parlement de Douai, avait été élevé parmi la haute noblesse de France, et avait joué, pendant sa jeunesse, un rôle brillant à la cour de Versailles, surtout à l'époque où son frère était ministre de Louis XVI. L'abbé de Calonne ne le cédait à celui-ci ni en esprit ni en grandes manières. On connait cette réponse du ministre à la reine Marie-Antoinette :

« Madame, si ce que vous demandez n’est que difficile, c’est fait ; si cela est impossible, nous verrons !, »

1 M. Tiers, dans son Histoire du Consulat et de l'Empire, vol. IL, p. 314, dit en parlant de l’ancien ministre de Louis XVI : « Le personnage qui, après M. Fox, occupait le plus l'attention publique

1 Prince- -Breton.

‘dent que n, Ce que e-Ecosse ; u Canada le P. Bri- L'abbé de lement de le France, rillant à la frère était le céidait s. On conrie-Antoi-

ue difficile, s 1,

‘Empire, vol, s XVI: Le ion publique

L'abbé de Calonne, préchant un jour dans la cathédrale de Québec, tira de dessous son surplis un bout de galon doré.

— Voici, dit-il, en le montrant à ses auditeurs, une partie des guides dont je me servais pour conduire mon équipage dans les parties de plaisir de la Cour. Je m'en allais en enfer en carrosse, ajoutait-il, si Dieu n'avait fait éclater le coup de foudre de la Révolution.

Après cet éclat de foudre, l'abbé courtisan s'était relevé apôtre ; et après sept ans d'une vie de prière et de mortification à Londres, il inaugurait son apostolat en Amérique, en parcourant, l’une après l'autre, les petites bourgades acadiennes pauvres et dispersées le long des rivages de l'ile Saint-Jean.

Ces établissements avaient été formés à peu près comme celui de l'ile Madame, c'est-à-dire sans titres de propriété. Quelques-uns des colons en avaient demandé, mais ils avaient été refusés ou laissés sans réponse. La plupart n'avaient pas même pris ces précautions. C'était une imprudence, sans doute blämable, et qui les exposait à perdre le fruit de leurs labeurs ; mais on est porté à l'excuser, quand on sait qu’un grand nombre de leurs compatriotes, particulièrement de la baie des Chaleurs, n'avaient cessé de solliciter des titres, et n’en avaient pas encore recu à la date de 1811. Quoi qu’il en soit, le gouvernement anglais, à l’instigation de certains spéculateurs, avait fait diviser, en soixante-sept can-

était M. de Calorne, C'était le prince de Galles qui avait sollicité et obtenu pour lui la permission de reparaître à Paris... son arrivée y avait fait une grande sensation. On disait même qu'il allait redevenir, pour les finances, ce que M. de Talleyrand était pour ia diplomatie, le grand seigneur rallié, prêtant son expérience, l’inluence de son nom au génie du premier consul. »

C'était à cette même date que l’abbé de Calonne menait la vie

d’un pauvre missionnaire dans les parages presque inhabités de l’île Saint-Jean.

hour rrenttiareeresagnereqe ane ameterstennes

tons ou townships de vingt mille acres chacun, l'ile Saint-Jean, qui recut peu après le nom de New-Ireland, changé depuis en celui de Prince-Edouard t, Les acquéreurs de ces townships laissèrent les naïfs Acadiens défricher le sol, sans les prévenir; et quand leurs terres eurent acquis de la valeur, ils envoyèrent des agents ou vinrent eux-mêmes les sommer de payer une rente d'un ou deux schellings, et même d’une demi-piastre, par acre de terre en superficie. Les tenanciers qui se soumirent à ces deux dernières impositions ne tardèrent pas à être obérés, et par suite évincés. Plusieurs aimèrent mieux abandonne:i imnédiatement tous leurs travaux, et aller coloniser ailleurs surtout au Nouveau-Brunswick, quoique les Acadiens de Memramcouk et de Ménoudie eussent à souffrir les mêmes vexations. Les plus aisés se libérèrent en payant des sommes plus ou moins considérables. Le reste, obligé de livrer chaque année le plus net de ses bénéfices, se trouva réduit à végéter dans une espèce de servage.

Une colonie écossaise, composée de catholiques persécutés comme eux pour leur religion, s'était formée à peu près dans les mêmes conditions, privés eux aussi de leurs droits politiques, à cause de leur croyance.

Quoique vivant dans la plus parfaite harmonie, on peut dire que ces deux populations étaient plutôt juxtaposées qu'unies, car jamais aucune alliance de famille ne se faisait entre elles. Leur prêtre, le P. McEachern, homme plein de zèle, qui devint plus tard le premier suffragant de l'évêque de Québec dans les provinces Maritimes, était venu d’Ecosse, à l’origine de leur colonie.

La langue, les traditions, les mœurs de ces deux races étaient toutes différentes ; leur religion seule était la

1 En l'honneur du duc de Kent, père de la reine Victoria, qui commandait en 1800 les armées anglaises dans l'Amérique britannique.

, l'ile eland, acquéns déterres onts ou te d'un ar acre amirent s à être t mieux et aller k, quoieussent se libéconsidée le plus dans une

es persénée à peu i de leurs

onie, Où ôt juxtae famille Eachern, premier nces Macolonie.

eux races était la

ictoria, qui ue britan-

AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 274 mème ; mais on n'aurait pu dire de quel côté la foi était plus vive,

Un demi-siècle d'épreuves et de pauvreté avait conservé chez les Acadiens cette pureté de mœurs à laquelle leurs ennemis mêmes ont rendu témoignage. Tels étaient les habitants chez qui l'abbé de Calonne était venu annoncer la parole évangélique. Leur ignorance des sciences humaines était grande ; mais 1ls étaient de ces petits pour qui le royaume des cieux est proche,

L'impression que fit l'abbé de Calonne sur ces cœurs simples et droits fut immense. L'esprit de pauvreté de ce grand seigneur d'autrefois, son humilité, sa vie de pénitence et de mortification, joints à ses talents et à son éloquence, tout en lui les étonnait, les édifiait, les entrainait vers le bien. De son côté, l'abbé de Calonne n'oublia jamais les vertus qu'il avait trouvées sous les pauvres toits de l'ile Saint-Jean. Sur ses vieux jours, il parlait encore avec admiration de ceux qu'il n appelait

jamais autrement que ses bons Acadiens.

En 1812, Mgr Plessis rapportait de son voyage dans le golfe Saint-Laurent la même impression sur ces braves gens. En parlant de sa visite dans un de leurs villages, celui de Chéticamp, peuplé de réfugiés de l'île Saint-Jean établis sur la côte occidentale du Cap-Breton, il disait :

« On est abondamment dédommagé des fatigues de la mission par la bonté des habitants, par leur respect et leur affection pour les prêtres. Ces sentiments se manifestèrent d’une manière bien consolante à l’arrivée de leur premier pasteur à Chéticamp. Ils n'avaient encore jamais vu d'évêque chez eux. Leur joie était inconcevable, Chaque famille venait à deux et trois arpents au devant de lui, dans l’empressement où ils étaient de recevoir sa bénédiction ; puis ils se rangeaient à sa suite, faisant milie offres de leurs services à luiet à ses compagnons,

Re

te. mon PRÉ PE re CE

nt TR

RE

que tous étaient jaloux d'accueillir et de loger dans leurs maisons.

» La voix d'un prétre parmi eux est aussi puissante que le serait celle d'un ange, parce qu'ils sont incapables de soupconner qu'un prêtre puisse leur annoncer autre chose que la vérité, ou exiger d'eux autre chose que ce que Dieu lui commande. Ils ne parlent à un ecclésiastique que chapeaux bas, lors même que la pluie leur lave les cheveux, ou que le soleil leur brûle la tête, ils soutiendraient avec lui une heure de conversation sans oser se couvrir.

» La simplicité de ce peuple est si grande et si sévère, qu'une fille qui s’aviserait de porter wne pince à son mantelet, — car ici on ignore entièrement l'usage des robes, — serait considérée comme une mondaine et ne trouverait point à se marier. Il en serait de même d'un garcon qui oserait porter un habit bourgeois.

» A la fin de la mission, la plupart des habitants voulurent escorter l'évêque jusqu’à sa chaloupe, qui devait le recevoir à l'entrée du havre. l'our s’y rendre, il fallait faire une demi-lieue à pied. Cette distance ne fit relâcher niles hommes ni les femmes. L'évêque ne put résister au sentiment de tendresse qu’excita dans son cœur cette foule de braves gens à genoux sur la grève, lui demandant sa dernière bénédiction et se recommanuant, les larmes aux yeux, à ses prières. Ce spectacle renouvelé dans plusieurs autres endroits rappelle celui que donnèrent à saint Paul les fidèles de l'église de Milet!, »

Les Acadiens des iles de la Madeleine n'étaient pas moins fidèles à eux-mêmes, que leurs frères de Chét-camp. L'origine de cette population remonte à 17361, Quelques-unes des familles chassées de leur pays vinrent

1 Voyage de Mgr Plessis en 1812, p. 223.

s leurs

issante apables r autre que ce clésiasur lave ils sou— ins oser

sévère, p à Son age des ne et ne me d'un

nts vouii devait ndre, il ce ne fit e ne put lans son la grève,

recone ères. Ce its r'apidèles de

jent pas e Chét.à 1761,

s vinrent

alors s’y établir, après avoir erré un certain temps de la baie des Chaleurs à l'ile Saint-Jean, et de l'ile Saint- Jean à la baie des Chaleurs,

« Après qu2lques années passées aux iles de la Madeleine, raconte Mgr Plessis, elles les abandonnèrent en partie pour se rapprocher des lieux où il y avait des prêtres; puis elies y revinrent attirées par le séjour d'un missionnaire venu de France; et, quoique ce missionnaire les eût abandonnées après quelques années, elles y demeurèrent néanmoins, pour ne pas perdre le fruit de leurs travaux, et dans l'espérance qu'il viendrait d'autres prêtres à leur secours.

» Il n’y a que des catholiques qui puissent concevoir combien la présence d'un ministre de l'Evangile est propre à donner de la consolation, et combien il est fàcheux pour un fidèle d'être privé, dans ses derniers moments, des secours de la religion,

» Les habitants des iles de la Madeleine, élevés dans l'Acadie, dans toute la ferveur et la simplicité de leur foi, constamment édifiés par les vertueux prètres des Missions étrangères qui leur avaient été donnés pour pasteur, n'auraient pas hésité d'abandonner de nouveau leurs étabiissements s'ils ne se fussent consolés dans l'espoir d’être bientôt pourvus de missionnaires.

» Leur attente ne fut pas vaine. Peu d'années après le départ de M. Le Roux, ils furent visités par un missionnaire irlandais du nom de William Phelan; puis par un intrus, dont ils se servirent sans le connaitre ; et enfin, ils eurent pour pasteur à poste fixe, en 1812, M. J.-B'° Allain, prêtre vénérable, auparavant vicepréfet apostolique à l'ile de Miquelon, qu'il aima mieux quitter à l'époque de la révolution française que de se souiller par un serment auquel sa conscience répugnait. Une partie des habitants de Miquelon l'y suivirent, la

es me + 7

plupart aussi Acadiens d'origine, entremélés de quelques familles francaises.

» Nul n'était plus propre que lui à les maintenir dans cette estimable simplicité digne du plus bel âge du christianisme, dans cette innocence de mœurs, dans cette union, cette harmonie et cette probité à toute épreuve que l'on admire encore parmi eux.

» Ces heureux colons, qui savent mourir sans médecins, savent aussi vivre sans avocats, Ils n'ont nulle idée de la chicane non plus que de l'injustice; si quelquefois il s'élève des contestations entre eux, elles sont aussitôt soumises à un arbitrage et terminées sans retour. Ils ignorent l'usage des clefs et des serrures, et riraient de celui qui fermeruit sa maison autrement qu'au loquet, pour s'en éloigner de deux à trois lieues; si quelques hardes les incommodent en route, ils les laissent tout simplement le long du chemin, assurés de les y trouver à leur retour, n’eût-il lieu que le jour suivant,

» On conçoit combien la religion a dù se fortifier chez un peuple ainsi disposé. La foi y est vive, la piété sincère, la docilité parfaite. Il arriva une année que des jeunes gens s'avisèrent de donner quelques repas qu'ils nommaient frolies… et qui auraient pu conduire à des rassemblements dangereux; d'un autre côté, quelques particuliers montrant du goût pour les boissons enivrantes, il était à craindre qu'ils ne s’y accoutumassent à leur préjudice ; la voix du missionnaire s’éleva contre ces commencements de désordres, et ils cessèrent.

» ...1l semble que ce soit le sort des pauvres Acadiens de travailler pour autrui. En 18056, le vice-amiral sir T. Coffin, baronet, a obtenu de la Couronne les iles de la Madeleine en seigneurie; et dès lors il a signifié aux

1 On ne dira pas que ceci est un tableau de fantaisie ; et cependant jamais, en aucun temps, on n’a fait un plus bel éloge des Acadiens.

> quel-

r dans

chriss cette preuve

médet nulle uelquees sont retour.

riraient Jloquet, quelques nt tout ‘Juver à

fier chez jété sinque des as qu'ils e à des quelques )ns elhlmassent a contre | Acadiens hiral sir iles de ifié aux

et cepenéloge des

AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 288 habitants qu'il était seul propriétaire de tous les fonds qu'ils occupaient; et qu'il fallait ou déguerpir ou lui payer telles rentes ou tels droits qu'il trouverait bon de leur imposer. On s'est récrié d'abord sur l'inhumanité de cette déclaration, puis on a fini par consentir à payer chaque année deux quintaux de morue par terre, petite ou grande indistinctement; ce qui peut être évalué à six piastres de rente annuelle,

» Le bon amiral n’en a pas plus consenti à leur accorder des concessions de leurs terres ; et ils courent risque d'en être évincés, même après avoir payé, pendant quinze et vingt ans, cette rente qui leur semble beaucoup trop forte, et qui, cependant, au total ne produit qu'environ cent louis, somme à peine suffisante pour l'entretien d'un agent sur les lieux, dont le seigneur ne peut se passer, à moins d'y demeurer lui-même. Aussi a-t-il annoncé aux colons qu'il ne s'en tiendrait pas là, et qu'il les assujettirait à d'autres redevances ; ceux-ci répondirent qu'ils consentiraient à payer douze piastres par an, au lieu de six, s’il voulait leur donner des titres de leurs possessions ; qu'à moins de cela. ils aiment mieux émirer ailleurs ; et il est à craindre qu'ils ne prennent ce parti. »

Les braves insulaires n'auraient pas manqué, en effet, de prendre ce parti, s'ils avaient pu voir dans l'avenir, sils avaient su qu'après trois quarts de siècle, ils ne seraient pas encore délivrés de cette servitude,

Moins molestés que les habitants des îles de la Madeleine, ceux du Cap-Breton, dont le centre principal était Arichat, purent donner libre cours à leur industrie. Aussi ne tardèrent-ils pas à prospérer, grâce surtout à l'abondance de la pêche, à laquelle ils se livrèrent presque exclusivement, et à leur position dans un des plus magnifiques ports du golfe.

L'abbé Lejamtel y fut le digne émule de ses confrères.

+ NE bn 2 A og Se Du D nee te “ Se Digne mnt mm om en mn —- - =. __ a Ro he SAPRUSE 7522 LS = me 4 Re RS 4 2 SR ar 5 EE EE PR ES - 4: = pod En 2 2 SE Fu = De

1 } % ni | &3 | TE EE ÿ | Î 4, 1 il 7 BI (l h ‘#1 | Î œ } d { 4 | LA A 4 !

} ; b l (CI À Î 1 | HÜ L | ;

De

« C'est un vrai missionnaire pieux et très actif », écrivait de lui le P. Jones.

« Les protestants de ‘endroit, ajoutait plus tard Mer Plessis, sont en bonne intelligence avec M. Lejamtel, dont ils honorent les vertus et la conduite irrépréhensible,

» Ces protestants, continue l'évêque de Québec, assistent volontiers, les dimanches, à l'office paroissial. I] y en a même un,et un ües plus marquants, qui donne les espérances d’une conversion prochaine. Dieu, qui se sert de tout pour opérer le salut des hommes, a permis que celui-ci ait recherché en mariage une jeune Acadienne, du consentement de laquelle il ne doutait nullement, parce qu'il croyait que sa pauvreté ne tiendrait pas contre l'assurance de se trouver tout à coup très riche en l’épousant. Mais il fut extrêmement surpris de recevoir d'elle cette réponse :

« Moi vous épouser, vous, un protestant! Vous me donneriez votre maison pleine d’or que je ne cousentirais pas à déshonorer ainsi ma religion. Faites-vous catholique, après quoi vous me parlerez de mariage, si vous voulez, et je verrai comment vous répondre. »

» On imaginerait à peine l'impression singulière qu'a faite sur le gentilhomme cette réponse ferme et édifiante. Il lui en a résulté la plus grande estime pour la jeune fille et pour sa religion, de manière qu’il parait décidé à adopter prochainement l'une pour parvenir à l’autre. Ki son motif est humain, du moins il n’est pas criminel, et l’on peut espérer que Dieu le rectifiera !. »

A la date de la visite de Mgr Plessis (16 juin 1815), la paroisse de Notre-Dame d’Arichat ne comptait pas moins de onze à douze cents communiants, ce qui répond à environ deux mille âmes.

1 Voyage de Myr Plessis en 1815,

), écri-

1s tard Lejamirrépré-

Jec, ASissial. I] 1 donne a, qui se | permis ne Acait nulledrait pas rès riche de rece-

Vous me isentirais is catho- , Si VOUS

ière qu'à difiante.

la jeune décidé à autre. NI criminel,

in 1819), ptait pas ui répont

« Tant que les nouveaux colons surent se borner à la pêche et à la construction de petits vaisseaux, à laquelle se prétait très bien la qualité du bois de leurs forêts, rien ne fut plus innocent, plus religieux, que cette chrétienté. Encore même aujourd'hui, vou: voyez avec édification, tous les samedis soirs, rentrer dans le havre, les goélettes et chaloupes qui ont été toute la semaine en pêche, souvent à une grande distance, Ils craindraient d'attirer la malédiction de Dieu sur leurs travaux, s'ils n'étaient fidèles à sanctifier le dimanche. Aussi le jour du Seigneur est-il, dans la saison de la pêche, le seul où l'on voit des hommes dans la paroisse, Toute la semaine vous n’y voyez que des femmes. :

» Mais autant les mœurs et la piété se soutiennent parmi les pêcheurs, autant perdent-elles de leur empire chez ceux des Arichaliens qui, portant leur ambition plus loin, se sont attachés au cabotage. Cette allée et venue dans les ports étrangers les expose inévitablement à faire des rencontres et à lier des rapports funestes, soit à leur probité, soit à leur sobriété, soit à d’autres vertus qui se dissipent dans le tumulte du monde et dans l'embarras des affaires. C'est au milieu et comme en conséquence de ces dangers spirituels, que l’état temporel d’Arichat a pris une attitude toute différente de ce qu'il était d’abord. Il y a même une différence sensible et une amélioration considérable depuis trois ans. Les maisons se construisent plus élégamment ; les habitants shabillent avec plus de choix, se nourrissent mieux, mangent tous du pain (chose dont les Acadiens savent si bien se passer), non que leurs terres rapportent plus de blé, car ils ne les cultivent pas, mais parce qu’ils ont assez d'argent pour se procurer des farines étrangères. Il y a aussi beaucoup plus d'activité dans le port, beaucoup plus de vai.seaux et de chaloupes qui entrent et sortent

à tout instant, beaucoup plus de hardiesse dans les spéculations. Les uns transportent du charbon de terre de Sydney ; les autres du plâtre d’Antigonish ; d’autres vont, jusque dans le détroit de Belle-Isle, amasser sur des rochers, les œufs de goélans, sterlets, margots,cormorans, moniaques et autres oiseaux aquatiques, les mettent dans leurs goélettes à pleine cale, comme on mettrait du blé, les transportent à Halifax, et les vendent jusqu'à quinze sous anglais la douzaine aux soldats de la garnison et aux matelots de la flotte !. »

« Non seulement les gens d’Arichat naviguent, mais ils construisent des goélettes pour les autres navigateur: du golfe; on en voit en chantier sur presque tous les points de la côte; dans le cours de l’année 1811, ils en constrüisirent plus de soixante.

» L'église d'Arichat, située au fond du havre, e:t avoisinée par un élégant presbytère et par un vaste cimetivre bien clos. Cette église, quoique allongée déjà une fois, est encore trop petite pour le nombre des paroissiens. Elle est du reste pourvue d’ornements, d’un ciocher, de deux cloches, choses rares dans ces quartiers ?. »

1 Voyage de Myr Plessis en 1815.

* Le L'oyer canadien, t. IIT. Voyage de Mgr Plessis en 1812, p. 238.

es spée terre : d'auamasterlets, X aquane cale, lifax, et ine aux el, »

it, mais igateur< tous Îles 1, ils en

vre, et ste cimedéjà une s paroisl'un cio- S quar'-

en 1512,

Page 1