‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 39 sur 58 · RS · texte numérisé non relu

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avec le ciseau {ce que je puis bien faire), la date de l’année et du jour de l’arrivée de Votre Grandeur. Je me persuade qu'elle ne désapprouvera pas ce petit tribut de mon admiration pour cette visite, ainsi que de ma reconnaissance, »

Dans la même lettre, l'abbé Sigogne ajoutait : « Le jour de l'érection de la charpente de l’église d'Argyle, dont vous avez ordonné la construction, ainsi que le lendemain, ont été comme des jours de fête et de joie, Français, Anglais, catholiques, protestants de toutes sortes, semblaient tous ne faire qu’un, n'avoir qu’un dessein ; tous s'empressaient unanimement et se réjouissaient également en s'entr’assistant. Vingt moutons ont été tués pour faire le régal et donner à manger aux étrangers, qui y étaient en assez grand nombre pour l'endroit; plusieurs étaient venus de fort loin, Pour finir, j'ai fait placer une croix couronnée de fleurs et de feuillage, au-dessus de la charpente ; et les Anglais avec moi, ainsi que les Français, en mettant ce bouquet, ont souhaité succès à l’église de Sainte-Anne, en buvant un coup, et, à leur ordinaire, faisant tourner leurs chapeaux au-dessus de leurs têtes, en donnant trois fois le cri de joie; etles Francais sy joignirent. La part que j'ai prise en cette affaire assurera, sans doute, Votre Grandeur de toute ma satisfaction en ce moment !. »

Le successeur de M. Denaut, Mer Plessis, qui, lui non plus, ne connaissait pas personnellement l'abbé Kigosne, le seul de ses prêtres qu’il n'eût pas vu avant sa visit: de 1815, et qu'il avait hâte de connaitre depuis qu'on lui avait parlé de ses œuvres, fut ravi d'étonnement en apercevant tout le bien que le saint homme avait opéré dans cette partie du diocèse.

1 Archives de l'archevéché de Québec. Lettre de l'abbé Sigogac à Myr Denaut, 6 février 1804.

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« L'abbé Sigogne, écrivait-il, est un homme d'une activité rare. C'est te travailleur le plus infatigable de sa paroisse. Outre les deux églises et les deux presbytères construits par ses soins, il a fait, de ses propres mains, des murs de pierres sèches assez considérables, l'un pour clore son jardin de Sainte-Marie, l'autre pour dessécher, tout auprès de la mer, un marais dont il voulait tirer du foin. On dira peut-être qu'il serait plus digne d'un prêtre de vaquer à l'étude et à la prière qu'à des travaux corporels. Oui, sans doute ; mais il n'est pas dans la nature humaine de toujours prier ou étudier. I faut des délassements ; heureux le missionnaire que son goût porte à délasser l'esprit par les travaux du corps. [1 y puise non seulement un remède contre les tentations auxquelles l'expose sa solitude, mais encore un moyen de santé et un exercice de néuitence...

» M. Sigogne est parvenu à faire, dans son église, ce que l'on tenterait inutilement dans un grand nombre de celles de ce diocèse. Il a placé tous les hommes d’un côté, et toutes les femmes de l’autre, selon l'avis de saint Charles Borromée. Pour y parvenir, il n’a pas souffert qu'on mit les bancs à la criée ; mais il a accoutumé les paroissiens à louer seulement les places. Aïnsi chaque paroissien, au moyen de quelques sous de rente annuelle,

aune place attitrée dans un des bancs de la droite, si

c'est un homme, et dans un de ceux de Ia gauche, si c'est une femme, Il serait à souhaiter que la jurisprudence suivie en Canada, permit d'adopter ce système. I] préviendrait une infinité d'irrévérences dans le lieu saint 1, »

L'abbé Sigogne poussa la hardiesse plus loin ; il imposa, en certains cas, des pénitences publiques, comme dans la primitive Eglise.

1 Archives de l'archevéché de Québec. Journal de voyage de Mir Plessis, en 1815.

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On s'étonne aujourd'hui de l'extraordinaire vitalité de la race acadienne ; on refuserait de croire à la rapidité de son accroissement, si l'on n'en avait la preuve officielle, Qu'on remonte à l'origine de sa formation; le secret de son prodigieux développement n'est pas ailleurs.

Parmi tant de réformes et de travaux que l'abhé Sigogne avait menés à bonne fin, il trouva encore le temps d'apprendre la langue miemaque, pour iustruire les sauvages des environs, que son zèle ne pouvait voir sans secours religieux. Il établit également des écoles dans ses deux missions, et eut pour auxiliaire, dans cette œuvre, la législature de la Nouvelle-Ecosse, dont les préjugés avaient grandement diminué, surtout depuis les événements de 1812.

L'excellent missionnaire était à la veille de jouir de quelque repos, fruit de vingt-deux ans de labeurs, lorsqu'un accident imprévu vint plonger toute sa paroisse et lui-même dans la désolation et la ruine. À la suite de plusieurs semaines d’une extrême sécheresse qui avait évaporé toute l'humidité du sol et rendu très inflammables les broussailles et les forêts, composées en grande partie de bois résineux, le feu prit dans le canton voisin, et, poussé par un ouragan furieux, se propagea avec une incroyable rapidité. En un instant, l’église, le presbytère et le village de Sainte-Marie furent la proie des flammes (septembre 1820). C'était un désastre qui semblait irréparable dans l'état precaire où se trouvaient la plupart des habitants ; mais avec un homme de l’activité et des ressources de l’abhé Sigogne, l'impossible se faisait réalisable. Il fit un appel à tout ce qu'il comptait d'amis depuis la Nouvelle-Ecosse jusqu’au Canada, et ils étaient nombreux.

Voici en quels termes il annonçait le désastre à M:r Plessis, et en appelait à sa charité :

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« Les gazettes viennent de m'apprendre votre joyeuse arrivée (de Rome), et votre bienvenue à Québec. Mais, hélas! dans quel état de détresse et de misère ces belles nouvelles m'ont-elles trouvé! Mon église, mon presbytère, ma bibliothèque, mes granges et autres dépendances, avec toutes mes provisions, les trois quarts de mes meubles ; et vingt ou vingt-deux de mes voisins, lours maisons, granges, bestiaux, clôtures, tout a été victime d'un torrent de feu poussé par un vent irrésistible, Je me suis trouvé enveloppé dans le feu qui avancait plus vite qu'un cheval au grand galop. Je me suis sauvé avec la vie, mais avec bien du mal, et voilà déjà trente-deux jours que je garde la chambre entre les mains des chirurgiefs ; il n’y a encore que deux ou trois jours que je puis me servir librement de la main droite. Dieu soit béni ! Dans notre désastre, cependant, il n’est péri qu'un enfant au berceau et un vieillard octogénaire. Mais, hélas ! Monseigneur, quelles ruines, quel état que celui de tous mes voisins ! Deux milles de terrain audessous et autant au-dessus de l’église ont été incendiés, et tous les habitants réduits à la dernière nécessité, sans lo:ement, sans provisions, avec peu d'assistance. La détresse n’est pas moins grande dans la partie basse de ma paroisse, du côté du cap Fourchu, où un autre feu a tout détruit devant lui, comme parmi nous. Mes paroissiens, ainsi destitués et ruinés, se jettent aux pieds de Votre Grandeur pour implorer votre secours, afin que par votre bonne intercession nous puissions obtenir, des bons et riches Canadiens, quelque assistance pécuniaire pour nous aider à bâtir notre église et notre presbytère !, »

Mgr Plessis ne resta pas sourd à cet appel, et les Canadiens souscrivirent généreusement.

l Archives de l'archevéché de Quebec. Lettre de l'abbé Sigogne, li octobre 1820,

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« La poste de Digby, répondait l'abbé Kigogne à Mgr Plessis, vient de m'apporter votre estimable réponse à ma lettre du mois d'octobre. Elle m'est arrivée dans un moment où mes paroissiens assemblés chez moi, prenaient des arrangements pour relever leur église, et n’ont pas été peu encouragés, lorsqu'ils ont connu la bonté avec laquelle Votre Grandeur a accueilli leur demande, et la peine que vous avez prise pour faire connaitre leur détresse ct leurs besoins. Nous vous en rendons grâces. Daignez accepter les témoignages de notre sincère reconnaissance.

» Quant à moi, j'ai beaucoup souffert pendant deux mois et demi. Maintenant je suis presque entièrement guéri de mes brülures. J'en serai quitte à bien meilleur marché qu'on ne voulait me le faire aécroire; et je me trouve maintenant assez bien pour croire, et croire fermement, s'il ne m'arrive rien de pis que je ferai mes jardins à mon ordinaire au retour du printemps, même mes murailles, s’il en est besoin !, »

Grèce à l'énergie de l'abbé Sigogne et aux secours qu'il sut obtenir, le désastre fut réparé en quelques années.

1 Archives de l’archeviché de Québec, Lettre de M. l'abbé Sigeure, 21 janvier 1821.

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