‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 46 sur 58 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

pe la Ville-Francaise au Cap-Breton. — Sissibou. — Le déroit de Canseau. — Le Bras-d'Or. — Chéticamp. — Arichat. — Shédiac, — Une arrière-pelite-fiile du notaire Le Blanc. — Louis Bastarache. — Conclusion.

2 juillet. -— De ia Ville-Francaise à Digby, le chenn royal côtoie presque toujours la baie, dont la rive ‘lève graduellement en falaise et s’arrondit pour former

col de Digby. À mi-chemin, cette falaise est coupée rune profonde erevasse qui donne issue à la gracieuse ä pittoresque rivière Sissibou. Rien n'est plus ravissant je le paysage qu'on découvre, lorsque, en traversant utte rivière, on suit de l'œil, jusqu'à son embouchure, le hrin sinueux et verdoyant qu'elle s’est creusé. Au sommet de l'angle que forme la rive gauche avec Bibord de la baie, est assis le petit village francais de iibou, auquel on a eu l’idée, dans ces derniers temps,

Auger le nom baroque de Wer-Ædinburgh. H était Diicile de faire un changement à la fois plus absurde et

k plus mauvais goût. D'abord, il n’y a pas le moindre hpport entre cette appellation mi-anglaise, mi-écossaise, le village français qu’elle désigne ; ensuite le nom pri-

mitif avait l'avantage de l’ancienneté et de la couleur locale ; enfin, quel contraste entre la douceur de ces «yllabes indiennes Sissibou, et la rudesse du mot hybride New-Edinburgh ! Le sauvage n’est pas toujours celui qu'on croit,

Pour aller d'ici visiter les centres acadiens du Cap- Breton, il faut traverser toute la presqu’ile de la Nouvelle-Ecosse. On ne peut s’y rendre par voie ferrée, qu'en suivant les nombreux zigzags que fait cette route entre Annapolis, Halifax, Truro et Mulgrave : deux jours de voyage.

A Truro, pendant que je prends mon diner au Flo rit Hotel, un étranger me frappe sur l'épaule :

— Vous ne me reconnaissez pas ? me dit-il; nous avons fait connaissance ensemble, il y a deux ans, à Memramcouk.

L'abbé Bourque, prêtre acadien, est en effet professeur au coliège de Saint-Joseph.

— De quel côté allez-vous? lui dis-je.

— Au Cap-Breton,

— Au Cap-Breton? et moi aussi.

— Je vais remonter le Bras-d’'Or jusqu'à Bédèque, répond labbé Bourque ; et de là je me rendrai par terre jusqu'à Chéticamp, où je me propose de passer une partie de mes vacances,

Mon dessein était d’abord de me rendre directement à Arichat ; mais les pressantes invitations de l'abbé acadien me décidèrent à l'accompagner jusqu'à Bédèque, et de là peut-être jusqu'à Chétieamp.

On a vite oublié la monotonie de la route entre Truro et le port Mulgrave, lorsque, des hauteurs qui dominent ce havre, on apercoit le gut de Canseau, justement appelé la porte dorée du Saint-Laurent,

On dit qu'il n’y a pas dans ie mode entier de détroit,

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celui de Gibraltar excepté, où il passe un aussi grand nombre de voiles.

Au moment où le train longe la falaise, on a peine à compter toutes celles qui entrent, sortent, ou qui ancrent dans les ports des deux rives.

Le détroit, qui n'a qu’un mille environ de largeur sur quinze de longueur, est encaissé entre de belles montagnes légèrement ondulées et nuancées à ravir, comme pour tenter le pinceau d’un paysagiste, (à et là, sur chacune des deux côtes, de petits villages s’étalent au soleil, les uns bâtis en amphithéätre sur les versants cultivés, les autres abrités au creux des anses par des forêts de mélèzes et de sapins.

D'après certains philologues, il faudrait remonter jusqu'aux langues sauvages pour trouver l'étymologie de Cunseau. Ce mot viendrait de camsoke, qui signifie roc sourcilleux.

Sous le régime francais, ce détroit a longtemps porté le nom de Passage de Fronsac, en mémoire d’un des gouverneurs du Cap-Breton, l'habile et entreprenant sieur de Fronsac. Au reste, tout ici rappelle l’ancienne France coloniale.

Dés l'année 1518, le baron de Léry visita l'ile du Cap- Breton, et y débarqua même des bestiaux, dans l'intention de fonder là une colonie. En 1604, De Monts trouve ici quatre navires basques, partis de Saint-Jean-de-Luz, et faisant commerce avec les Indiens. Pontgravé, le plus remarquable des compagnons de Champlain, parcourut longtemps ces parages en croisière pour protéger le monopole de la traite.

Quelques villages acadiens, voilà tout ce qui reste aujourd'hui pour rappeler ici l’ancienne souveraineté de la France.

Le vapeur Warion, qui fait le service entre Mulgrave et Sydney, n'attend que l’arrivée du train pour se déta-

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