UN PÉLERIN GE
cher du quai. I] traverse le gut, touche un instant à la grande digue, sur l’île Madame, et met le cap sur le canal Saint-Pierre, où jadis le rival de La Tour et de d'Aulnay, M. Denys, avait élevé un de ses forts.
Le canal Saint-Pierre, construit, il y a peu d'années, coupe l'istame qui unissait les deux immenses langues de terre dont est formé le Cap-Breton. Après avoir franchi cet étroit passage, le Jarion prend sa course sur le magnifique Bras-d'Or. Ce lac, qui emplit tout l'intérieur de l’île, est d’un aspect plus sauvage mais non moins pittoresque que le qui de Canseau.
Voici, sur un des ilots qui embellissent le Bras-d'Or, la chapelle de la mission sauvage, où les prêtres de l'ile réunissent les Micmacs dispersés dans le Cap-Breton, Tous ces sauvages, au nombre de sept à huit cents, sont catholiques, et, en gé"éral, d’une conduite régulicre ; ils gardent encore, comme leurs frères, et bénissent la mémoire de l’abbé Maillard, à qui ils doivent d'avoir conservé la foi.
Le petit village écossais de Bédèque n'a de remarquable que son site romantique, à la tête du petit lac Bras-d'Or. C'est l'endroit le plus rapproché d’où l'on puisse gagner par terre la colonie acadienne de Chéticamp; la route, qui n'a guère moins de cinquante miiles, est difficile, montueuse et presque sans habitations.
Grâce aux renseignements précis que me fournit l'abbé Bourque, qui a déjà séjourné à Chéticamp, je suis dispensé de faire ce pénible trajet. Je l'accompagne cependant jusqu'à la rivière du Milieu {Widdle River), attiré par le charmant plaisir de la pêche à la mouche, qui donne ici avec une incroyable abondance. En quelques heures nous tirons un bon nembre de truites pesant de deux à trois livres. Il n’y a que les amateurs qui comprennent l'agrément d’un pareil sport. Mon compa-
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gnon m'aurait fait consentir à me rendre jusqu'à la rivière Marguerie pour y faire la pêche au saumon qui y est fort abondante, si je ne m'étais réservé ce plaisir pour un peu plus tard, sur la rivière Nipisiguit, à l'entréc de la baie des Chaleurs.
On n’a pas oublié la scène qui avait si profondément touché Mgr Plessis, lorsque, à son départ de Chéticamp, il avait vu toute la population qui l'avait suivi jusqu’au lieu de l’'embarquement s’agenouiller sur le rivage et lui demander une dernière bénédiction. Il n'avait pu s'empêcher de se rappeler alors les premiers chrétiens faisant leurs adieux à saint Paul, sur la plage de Milet. À l'exemple de cet apôtre, il avait levé les mains au ciel, et il avait appelé sur ces pieuses familles toutes les miséricordes divines. Soixante-quinze ans se sont écoulés depuis ce jour. Quelle a été la vie de ce petit peuple durant ce long intervalle ? Quel est-il aujourd'hui ? Répond-1l aux espérances qu'il donnait alors ?
L’évêque de Québec, dont le clergé était loin de suffire aux besoins de l'immense diocèse, n'avait pas osé promettre à ces braves gens, malgré leurs instantes prières, de leur donaer un prêtre résident. Maïs il ne les avait pas perdus de vue, et il eut bientôt la satisfaction de leur envoyer, pour mis-ionnaire, l'abbé Dufrène, jeune prêtre plein de promesses, qu'il renait d’ordonner, et à quiil confia plusieurs ornements et de beaux vases sacrés, offerts par le prélat, comme marque de son estime au bon peuple de Chéticamp.
Une catastrophe mit à néant toutes ces belles espéances : la goélette qui emportait l'abbé Dufrêne avec ses présents fut engloutie dans une tempête, près des côtes de la Nouvelle-Ecosse.
Il semble que la population de Chéticamp, condamnée par suite de ce triste accident à rester encore longtemps livrée à elle-même dans cette complète solitude, sans
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