‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 48 sur 58 · Æ < LS · texte numérisé non relu

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presque aucun secours religieux, eût dû dégénérer peu à peu de sa foi première, et tomber dans l'indifférence et le désordre, conséquence naturelle de l'ignorance, Loir de là : elle s’est conservée ce qu'elle était avec une persévérance non moins étonnante que son accroissement numérique.

Trois belles paroisses, Chéticamp, Téète-de-Moine (friars Head) et Marguerie, très bien organisées et d'une admir: ble récularité, sont sorties de la petite mission de 1812. Leurs habitants livrés à la culture en même temps qu'à la pêche, sont dans un état de bien-être et de prospérité qui font augurer mieux encore pour l'avenir.

16 juillet, — La grande activité que Mgr Plessis avait remarquée dans le port d'Arichat, et qui paraissait assurer un rapide progrès à cette station maritime, a singulièrement diminué depuis le percement du canal Saint-Pierre. Le commerce s’en est détourné et a pris la direction du lac Bras-d'Or. On s'en apercoit en mettant le pied sur les quais d’'Arichat, à l'air de vétusté de ses maisons plus où moins délabrées , à l'aspect de ses rue; silencieuses et de son magnifique port presque désert.

Arichat est cependant resté le principal centre des populations acadiennes de ces parages, dont plusieurs, telies que le Petit-Arichat, l’Ardoise, la Rivièr e-à-Bourgeois, D'Escouxse, du côté du Cap-Breton, et le Havre-à- Boucher, Tracadie, Pomquet, de l'autre côté du gut de Canseau, sont des paroisses considérables.

Le grand obstacle à l'avancement de ces populations, aussi bien que de la plupart des autres groupes acadiens, est l'absence d'instruction, surtout parmi les hommes. I] leur manque ce qui a fait le salut du Canada, c’est-à-dire de fortes maisons d'éducation adaptées au génie national, où, en même temps que ia langue anglaise, on leur

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enseignerait leur propre langue, où l’on entretiendrait chez eux le sentiment patriotique par le culte des traditions, où enfin on les préparerait à toutes les carrières, L'elan extraordinaire imprimé par le seul collège de Memrameouk est là pour prouver l’immensité du bien qui s’opérerait, si de pareilles fondations se faisaient ailleurs, Malheureusement l’on n'a pas su, où l'on n’a pas voulu profiter de cet exemple: et ce qu'il y a de triste à dire, c'est que ce sont moins les ressources qui ont fait défaut que les volontés, Là est le grand danger pour la race acadienne, Presque tons les éléments qui l'entouront tendent à lui faire perdre son autonomie. Espérons qu'elle saura vaincre ce danger, comme elle en a vaineu tant d’autres. La Providence l'a fait échapper à trop d’ennemis pour qu'il soit permis de croire qu'elie me la sauvera pas de celui-ci,

19 juillet, — Retour par Mulgrave et Truro jusqu'à l’'embranchement de Monclton à Shédiac, l’ancien Gedaique des Francais; vingt-deux heures de voyage.

L’'Intercolonial se prolonge jusqu’à un mille plus bas que Shédiac, et sarrète sur le quai de la pointe du Chêne, d’où une ligne régulière de bateaux à vapeur met les voyageurs en communication avec l'ile du Prince- Edouard. C’est de là que je me proposais de m’y rendre directement, si je n'avais eu Ja bonne fortune de rencontrer à Shédiac le plus érudit des Acadiens, l’infatigable Placide Gaudet, rédacteur du Wonileur Aradien, qui m'a fourni tous les renseignements désirables sur l'ancienne ile Saint-Jean.

A Shédiac vit encore une descendante directe du vieux notaire Le Blanc, immortalisé par Longfellow, mais dont l'histoire vraie, comme on l'a vu, est bien plus triste que ne l'a dit le chantre d'£vangeline. Quatre-vinetdix-huit ans, une taille robuste, un maintien ferme des traits bien conservés, une intelligence nette et une mé-

moire excellente, telle est la vicille Euphrosine Le Blanc, veuve d'Amable Lécer.

Elle me raconte avec une clarté parfaite comment ses grands-parents s'étaient enfuis de la Grand-Prée, au lendemain de la proclamation de Winslow. La famille était composée de huit personnes : Augustin Le Blanc, fils du vieu x notaire, sa femme et six enfants, cinq garcons et une fille. Les garcons étaient assez âgés, car ils portaient sur leur échine (sic) le peu d'effets qu'on avait pu prendre au départ.

Ce jour-là, Augustin Le Blanc, qui ne pleurait jamais, était entré à la maison, les traits bouleversés :

« (a va dur! » avait-il dit à sa femme ; et il s'était tenu longtemps assis devant la cheminée, la tête cachée dans ses deux mains. Quand il se releva, son visage était tout baigné de larmes. Il ne dit pas un mot, mais il se mit a ramasser les objets qui pouvaient être emportés.

Augustin Le Blanc conduisit sa femme au cimetière, à son arrivée au Canada. Deux de ses fils ont fait souche aux environs des Trois-Rivières ; les trois autres, Augustin, Joseph, Jean et leur sœur, ne purent résister au mal du pays, et repartirent dans l'espérance de revoir leur chère Grand-Prée. Ils la revirent, en effet, mais pour la pleurer toujours.

Revenus à Peticoudiac, ils y défrichèrent des terres dont ils ne purent obtenir les contrats de concession qu'en 1789. La jeune fille épousa, à la baie des Winds, René Thibaudeau, auprès de qui la vieille Euphrosine a vécu des années, et qui lui a souvent raconté les détails de cette triste histoire.

Tout ce pays, jusqu'à l'entrée de la baie des Chaleurs, est une vaste plaine favorable à la culture, quoique difficile à ouvrir, comme toutes les terres où il faut commencer par attaquer la forêt. Les colons y trouvent cependant, dans le voisinage d’une mer extrêmement

AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 365 ane, | poissonneuse, un avantage inappréciable qui ne se rencontre pas dans les territoires trop vantés du Nord-

ses Ouest.

au C'est à Cocagne, distant d'environ douze milles de aille | Shédiac, que s'était retiré l'abbé Le Guerne avec les ane, restes de sa mission ; et c'est de là qu'il écrivit l'intéœar- : ressante relation qu'il a laissée de l'enlèvemc:t des r ils Acadiens, vait | Son successeur dans In paroisse actuelle de Cocagne est le généreux bienfaiteur du collège de Memramcouk, als, \ dont le nom s’est déjà rencontré sous ma plume. Aucun | Acadien n'est mieux informé que l'abbé Cormier sur ‘tait l'histoire de son pays ; il connait surtout et il raconte chée admirablement les vicissitudes de sa propre famille. était Pierre Cormier passait pour le plus riche propriétaire il se 1 de Chignectou (Beaubassin). Pris les armes à la main à rtés. la chute de Beauséjour, il fut condamné à être fusillé ; ière, | mais il s'échappa de prison, grâce au dévouement d'une fait de ses sœurs, qui vint lui apporter des vêtements de r'es, femme. Il trompa, sous ce déguisement, la vigilance des ister sentinelles, et alla rejoindre sa famille et celles de ses > re- frères cachées dans la forêt, d'où ils émigrèrent au ffet, Canada.

Au retour de la paix, quelques-uns, entre autres Tres Pierre Cormier, se joignirent à un parti de leurs com- SION patriotes qui s'en allaient recommencer la vie de défrinds, ; cheurs à la mission de Sainte-Anne, sur la rivière Saint. ne a £ Jean. En peu d'années, leurs vigoureuses mains eurent tails L. fait fleurir le désert ; leurs granges s'emplirent de serbes, et leurs étables, de bestiaux.

UT, Ils commencaient à oublier les orages du passé, dif- quand de nouveaux bruits de guerre parvinrent à leurs om- oreilles ; c’était le commencement de la guerre de l'Inrent dépendance.

bent Ils virent alors ces mêmes Anglo-Américains, qui Pa IE C4 4 :

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