‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 50 sur 58 · PEN OS TS EE · texte numérisé non relu

PEN OS TS EE

N° I {Voir page 29.)

L'abbé Mailla:d a raconté très au long la mort du capitaine Howe qui a servi de prétexte à des altaques contre les missionnaires, surtout contre l'abbé Le Loutre. — (Lettre de l'ablé Maillard sur les Missions micmaques..…. Soirées Canadiennes, année 1863, p. 405.)

Si l'on veut se former un jugement impartial sur celle époque, il faut tenir comple, en étudiant les documents français, de l'esprit anti-religieux que Voltaire et les philosophes avaient mis alors en vogue. Les préjugés contre ?° catholicisme et le clergé n'élaient pas moins inlenses parmi les Français que parmi les Anglais.

L'auteur de l’AÆisloire de la Nouvelle-Ecosse, Beamish Murdoch, quoique protestant, fait la même remarque en parlant du jugement qu'il porte sur l'abbé Le Loutre. « Il faut cependant se rappeler, dit-il, que nous avons pris nos informations sur ce personnage, de sources qui n'étaient pas amies des prêtres de son Eglise ; les Français de cette époque élant entachés de la philosophie de Voltaire. »

Bien loin d'attribuer la mort du capitaine Howe à l'abbé Le Loutre, le commissaire ordonnateur de Louisbourg, M. Prévost, dit formellement qu'il avait élé prévenu par l'abbé Le Loutre lui-même du danger auquel il s'exposait en se fiant trop aux sauvages, et que ce fut par sa propre

imprudence et pour n'avoir pas suivi l'avis de ce missionpaire qu'il fut tué,

« Le sieur Iowe, dit M. Prévost... ennuyaut depuis longlemps les sauvages, s'est avisé de s'y risquer encore, nonobstant les avis de l'abbé Le Loutre et ceux mêmes des sauvages. [l est venu vis-à-vis un d'eux avec un pavillon blanc, et le sauvage en ayant un autre rouge lui a tiré un coup de fusil qui l'a étendu mort !. »

L'abbé Maillard confirme le témoignage de M. Prévost : « Il fallait, dit-il, que cet homme, pour ne pas périr de môme, évilât soigneusement toute rencontre de Micmacs. L'avis lui en avait élé donné peu de temps avant que ce malheur lui arrivât. »

Pourquoi M. Parkman, qui, dans son histoire de Montcalm et Wolfe, invoque à plusieurs reprises le témoignage de M. Prévost, ne le cite-t-il pas en parlant de la mort de Howe°? Pourquoi se borne-t-il à indiquer en note la lettre de Prévost, laissant entendre par là que celui-ci confirme son récit, tandis qu'il le contredit formellement ?

M. Parkman représente le meurtrier du capitaine Iowe, Jean-Baptiste Coptk, comme un des sauvages de la mission de l'abbé Le Loutre, dévoué à ce missionnaire. Or, il n'était ni l’un ni l’autre. Jean-Baptiste Coptk n'était pas de la mission de l’abbé Le Loutre, mais bien de celle du P. La Corne.

C'est ce que dit positivement M. de la Vallière, officier français, qui a tenu un journal de ce qui s’est passé sur les frontières de l’Acadie à cette épcque *.

Après le départ des sauvages micmacs, dit-il, il y en a cu deux de la mission du P. La Corne qui avaient resté...

C'est le même sauvage qui fut avec un pavillon et qui tit tuer M. Howe. En second lieu, Jean-Baptiste Coptk était un sauvage traître aux Français aussi bien qu'aux Anglais.

1 Leitre de M. Prévost au ministre, 27 octobre 1750.

? Journal de ce qui s’est passé à Chignectou et autres parties des For de l’Acadie, depuis le 19 septembre 1750, jusqu'au 28 juil-

et 1751.

Relation faite par le sieur de la Vallière, capitaine des troupes de l’île Royale, qui était présent à tout ce qui s’est passé sur les frontières de l’Acadie entre les Français et les Anglais, sur laquelle j'ai tiré le mémoire que j'ai fait concernant cette petite guerre, Joint à la lettre de M. le Comte de Raymond du 25 octobre 1751.

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« J'ai appris..., dit M. Prévost, que le nommé Coptk, mauvais Micmac qui a toujours eu des allures incertaines et suspeciées des deux nations, a fait plusieurs voyages aux élablissements anglais à l'Acadie... et qu'enfin il a signé à Halifax une espéce de traité !, »

Voici maintenant comment M. de la Vallière, dont le témoignage est d'autant plus fort qu'il était témoin oculuire, raconte la mort du capitaine Iowe :

« Vers le 15 octobre, dit-il, les sauvages, qui s'étuient aperçus et étaient informés que M. Ilowe, commissaire des troupes anglaises, venait souvent se promener sur le bord de la rivière, où il avait déjà eu des conférences avec les officiers ex missionnaires, parler aux habitants, et tâcher de les engager à reverzir à eux, en leur faisant beaucoup de promesses, furent avec des Acadiens s'embusquer pendant la nuit derrière une levée qui règne le long de la rivière, et sur les huit heures du matin, Etienne Bâtard, sauvage, dit père La Corne, fut avec un pavillon sur le bord de la rivière où les sauvages et Acadiens élaient embusqués. M. Howe vint aussi avec un pavillon vis-à-vis de l'autre bord de la rivière. Le sauvage, après avoir fait quelques questions à M. Hovwe, jeta son pavillon, et donna le signal à ses gens qui firent feu tout de suite sur M. Howe, et le blessérent mortellement. »

M. Parkman s’est gardé de reproduire ces témoignages qui portent avec eux un caractère de calme et de véracité. 11 a mieux aimé s’en rapporter à l’auteur anonyme des Mémoires sur le Canada, dont le récit porte partout l'emp einte de sa haine contre le clergé catholique. Pour n’en citer qu’un fait, cet individu trouve le moyen de faire un reproche à l'évèêque de Québec, de quoi pensez-vous ? de ce qu'il chantait mal ! tandis que, par contre. il se fait l’apologiste de l’intendant Bigot, qu'il proclame un homme plein de foi et de probilé ! Que penser d’un historien qui ne discerne pas centre les pièces sérieuses et les diatribes des pamphlétaires, comme il s'en trouve dans tous les temps, qui même leur donne la préférence ? Pourtant c'est dans cet esprit qu'a été écrite l'histoire de Montcalm et Wolfe. J'en cile d’autres exemples au cours de cet ouvrage.

1 Lettre de M. Prévost au ministre, 12 mai 1753.

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