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missionnaires n'ont-ils pas poussé l’héroïsme et la persévérance jusqu'à leurs limites? S'il y # responsabilité quelque part, ne retombe-t-elle pas de tout son poids sur ceux qui, au lieu de seconder leurs efforts, ont plutôt cherché à les entraver ?
De Truro à Windsor le trajet en voiture, le long de la baie de Fundy, peut se faire en quelques heures ; mais il n'y a de communication par voie ferrée qu ’en passant par Halifax.
8 octobre. — Kentville, à sept milles de la Grand- Prée, anniversaire du premier embarquement des Acadiens. Kentville est un village agréablement situé sur les bords de la rivière Cornwallis, qui se jette dans le bassin des Mines. Hier au soir, en descendant à la gare, j'ai fait l'heureuse rencontre de M. Lyon, Irlandais d’origine, qui à vécu longtemps tout auprès de la Grand- Préc, dans la ville naissante de Wolfeville. Il est familier avec tous les souvenirs qui se rattachent à la Grand-Prée.
Je commande une voiture, et je protite de l'offre qu'il
me fait de m'accompagner.
Le soleil levant commençait à dissiper une brume épaisse qui s'était levée pendant la nuit de la baie de Fundy, et faisait présager une journée claire et agréable.
L'aspect général du pays est bien différent de celui que présente le fond de la baie. Les hauteurs qui lui servent ici de contreforts sont largement découpées, et sont rayées de ravins au fond desquels coulent plusieurs rivières qui se jettent dans le bassin des Mines : la rivière aux Canards, celle des Habitants et celle de Gaspareaux gardent encore leurs noms acadiens.
On a dit avec raison que ce littoral, qui comprend les trois comtés d’Annapolis, Kings et Hants, est le jardin des provinces Maritimes. On peut en effet traverser ces trois comtés presque sans sortir des vergers. Outre les
cerisiers, les pruniers et les poiriers, les plus belles variétés de pommes y réussissent admirablement. De chaque côté du chemin que nous suivons, d'innombrables pommiers sont chargés à se rompre de fruits superbes. Certaines variétés, telles que la pomme Beliveau, portent encore le nom des Acadiens qui, les premiers, les ont
cultivées. Dès la fin du dix-septième siècle, les arbres L
fruitiers étaient une des grandes ressources du pays. « Il y a des endroits, écrivait Diéreville, en 1700, aussi bien plantés de pommiers qu’en Normandie. » Comme nous descendions la déclivité au bas de laquelle s’élevaient l’église et le village de la Grand-Prée,
le soleil achevait de disperser les brumes à l'horizon, et ls
diamantait les eaux du bassin. À notre gauche, le cap Blomedon, l’ancien cap au Porc-Epic des Français, dont la falaise roussätre, à demi déboisée, s’allonge pour former l’anse des Mines, se dégageait lentement des buées blanches qui flottaient à son sommet et à l’embouchure des rivières aux Canards et des Habitants, tandis
qu'à une demi-lieue vers la droite, la rivière Gaspareaux 1
‘étalait en serpentant dans la plaine, sous un ciel écla- À tant, la surface argentée de ses eaux, qu’elle dégorgeait avec la marée baissante dans l'entrée du bassin. Audessus du vaste plateau qui a donné son nom à la Grand- Prée, et qui n’a pas moins de deux ou trois milles de # longueur sur une largeur de plus d’un mille, erraient de | petits nuages isolés, semblables à ua troupeau de brebis paissant dans l'azur du ciel.
: Quand on est descendu au bas de la colline sur laquelle se groupe le village de Wolfeville, on a devant soi une campagne tranquille et:solitaire comme aux jours des Acadiens. La Grand-Prée, entourée de ses puissantes digues, est toujours une commune qui sert de pâturage
aux bestiaux, dont on aperçoit des groupes disséminés cà et là dans le lointain.
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Le chemin qui conduisait au village est marqué par une rangée de saules très anciens. Une autre plus ancienne encore traverse le terrain qui appartenait à l’église. Un de ces saules, que j'ai eu la curiosité de mesurer, n’a pas moins de vingt pieds de circonférence. Quoique la croissance de cette espèce d'arbres soit rapide, il n'y a cependant pas de doute que ceux-ci n'aient été témoins des scènes de l’expulsion.
Le site qu'occupaient l'église et ses dépendances est redevenu un champ désert. Le sol a été nivelé et l'herbe pousse drue autour des pierres que la charrue a arrachées aux fondations.
Le seul ouvrage de main d'homme qui ait été respecté est un puits d’où l'on tire une eau excellente, et qui servait à l'usage de la mission.
Quoique le site soit charmant, aucun des nouveaux occupants n’a voulu s’y bâtir, soit que ce lieu rappelât trop vivement des souvenirs qu'on n'aimait pas à réveiller, soit que l’on craignit que ce séjour ne porta point bonheur. Au dire de mon guide, les gens de l’endroit ne parlent pas volontiers de ceux qui les ont précédés, et j'ai trouvé moi-même fort peu communicatifs ceux que J'aiinterrogés.,