‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 9 sur 58 · L.-A, DE BourBon · texte numérisé non relu

L.-A, DE BourBon

Le MarécHaAz D'ESTRÉES.

Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Touiouse, était le troisième fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan. Il occupait la présidence du Conseil de Marine en qualité d'amirai de France.

1 « ... In case ye French quit us we shall never be able to maintain or protect our Engiish families from ye insults of Jndians, ye worst of ennemies, which ye French by their siaying will in a great measure wend off, for their own sakes. — Movu Scotia Archives. Lt. Govr, Caulfield to Board of Trade and Plantations, p. 9.

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un mot, il les retint prisonniers chez eux, comme devait le faire plus tard le misérable Lawrence avant de les disperser aux quatre coins du ciel !.

En même temps il chercha à les séduire par les promesses les plus atteuses, leur offrant, s'ils voulaient rester, les mêmes droits et privilèges qu'avaient les sujets anglais ?. Ce fut lui également qui inaugura à l'égard des missionnaires des Acadiens le système de vexations dont ils eurent tous plus ou moins à souffrir dans la suite. Ces prêtres étaient les seuls hommes instruits qu’il y eùt parmi eux, et par coi.séquent les mieux en état de les éclairer. Nicholson leur fit défense de se méler en rier de leurs affaires et de leur donner des conseils, comme si leur qualité de prêtres leur enlevait les titres de citoyens et de Français, et les privait du droit de donner à des compatriotes placés dans les circonstances les plus difficiles, des avis que ceux-ci leur demandaient. Le but de ces défenses était évident : c'était de mieux profiter

1 Lettre de M. de Saint-Ovide de Brouillan à M. John Doucet, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse. Louisbourg, 21 juillet 1718. — Pièce omise dans le volume d’Archives de la Nouvclle-Ecosse publié à Halifax.

« ... They had built abundance of small vesseis to carry themselves and effects to Cape Britton, Pub. Record Office. Letter from Sam. Vetch to Board of Trade. Sept. 2nd 1715. — Pièce omise dans. le volume d’Aschives publié à Halitax.

« ... Le sieur de Capon lui ayant dit {à M. de Costcbeile) qu'ils n’étoient arrivés aucuns nouveaux ordres de la Ccur d'Angleterre pour lever les difticultés que le général Nicholson fit en 1714. » Conseil de Marine, 28 mars 1716.

3 M. Nicholson leur a fait dire que ceux qui voudroient rester sur leurs terres jouiront des mêmes privilèges que les sujets de la Reine et que si leurs prêtres ne vouloient pas rester que la Reine leur en enveirroit d'Irlande; ce qui est sûr, c’est qu’on ne doit rien épargner pour que ces habitants sortent, il est très sûr que s'ils sortent, les Anglois ne peuvent garder l’A cadie ; la permission de la Reine ne sert de rien; il est défendu aux Anglois de rien acheter. — Leitre du major L'Hermitte au Conseil de Marine, 29 août 1714.

Aû | UN PÉLERINAGE

de l'ignorance des Acadiens'laissés à eux-mêmes, et de surpendre plus facilement léur bonne foi.

Les missionnaires. durent se soumettre, du moins extérieurement, à ces prescriptions iniques, de crainte d’être bannis et de voir leurs ouailles privées de secours spirituels. Les Acadiens eurent alors recours au gouverneur du Cap-Breton, M. de Costebeli, et le prièrent d'envoyer quelqu'un de ses officiers à Port-Royal pour plaider leur cause et faire exécuter le traité. M. de Costebelle, à qui la cour de France avait recommandé de favoriser l'exode des Acadiens, dépêcha immédiatement de Louisbourg deux hommes de confiance, les capitaines de la Ronde et Pinsens, qui furent munis d'instructions dont il importe de connaitre le texte.

« Il (M. de la Ronde) s'embarquera dans le bateau du roy le Saint-Louis pour aller au Port-Royal.

» Il mettra en passant les habitants des mines à terre a Chibouctou qui s’en iront au travers des terres, ensuite il continuera sa route. 4

» Etant arrivé au Port-Royal si M. Nicholson n’étoit | l point arrivé, il l’attendra ; 1l luy remettra ma lettre et DS l’informa du sujet de son voyage, conformément a la . lettre que je luy écris dont je luy donne copie.

» Il s'embouchera avec le père Bonaventure et les autres missionnaires, prendra langue d'eux de ce qui se passe et agira de concert avec eux tant pour l'évacuation des habitans que pour qu’il soit permis à ceux qui ne pourront pas évacuer cette année de rester jusqu'à l’année prochaine, vu qu'ils ont un an à se retirer et \ qu'on les en a empêchés jusqu'à présent, par conséquent L l’année ne doit commencer que du jour que la permission leur en sera donnée; en cas qu’on luy fasse des ohjections sur ces articles il a les ordonnances de la reine sur lesquelles il se doit régler et demander a M. Nicholson de

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les faire exécuter, il doit prendre garde de ne se point relâcher sur aucun article.

» Ïl sait que par l’article 14 du traité de paix il est permis a ces habitans de sortir avec leurs effets mobiliers qu'ils pourront emporter, par conséquent les bateaux, chaloupes et bestiaux y sont compris.

» Par le dernier traité il leur est permis de vendre les autres biens immobiles, ainsy ils ne peuvent les empécher de se retirer sans vouioir aller contre les volontés de la reine ; il fera agir les missionnaires pour représenter à ces habitans les périls où ils se trouvent en demeurant avec les Anglois qui dans la suite les regarderont comme leurs esclaves quand même ils changeroient de religion !. Il donnera avis de son arrivée au père Bonaventure et au père Félix par le moyen des habitans des Mines ou autres s’il s'en trouvent au Port-Royal; il ne s’absentera point du Port-Royal à moins que pour des raisons fortes.

» [1 fera agir les missionnaires à l'égard des habitans sans qu’il paroisse d'affectation de son costé, il fera seulement connoistre qu'il n’est là que pour soutenir le droit des habitans et le privilège qu'il a pli au roy leur provurer de la reine d'Angleterre et pour leur faciliter une retraite sous l’obéissance de leur roy.

1 Le gouverneur de Louisbourg ne parlait ainsi que parce qu'il savait ce qui se passait alors dans les colonies anglaises, La haine contre les Français y était encore plus forte que le fanatisme religieux. En 1700 le village de Frenchtown, dans le Rhode-Island, composé de huguenots français qui s’y étaient réfugiés après la révocation de l’édit de Nantes, fut assailli par la population du voisinage, les maisons furent envahies, leurs habitants horriblement maltraités et obligés de fuir, uniquement parce qu'ils étaient coupables d'être Français. Vers le même temps et pour le même motif, les huguenots français, établis dans les États du sud, s'y élaient vus molestés au point qu’ils avaient résolu d'abandonner le pays. Ils avaient même fait des démarches pour aller se fixer en Louisiane,

» Après que toutes choses seront réglées, il fera un état général de ceux qui auront des bateaux ou qui en feront, s'ils restent cet hiver ; et de ce qu'ils auront besoin pour les faire naviguer et dans quel temps ils en auront besoin. Il en fera pareïillement un, du nombre des familles qui n'auront point de voiture et de ce qu'ils peuvent avoir à apporter, il observera de marquer le temps qu’ils pourront sortir...

» En cas qu’il se trouve d'autres obstacles je lui laisse à sa prudence ; il fera part de tout ce que je lui dis au père Justinien qui pourroit l’éclaircir sur d’autres sujets qui ne sont point à mes connaissances !. »

MM. de la Ronde et Pinsens arrivèrent à Port-Royal au cours de l'été de 1714. M. Nicholson leur fit bon accueil, leur permit de faire des assemblées et de s’aboucher avec les Acadiens, qui tous unanimement réitérèrent leur ferme détermination d'évacuer le pays. Nicholson parut convenir de tout, mais finit par tout refuser en donnant pour prétexte qu’il fallait recourir à la reine d'Angleterre pour obtenir une nouvelle décision. On se refuserait à croire à de pareils subterfuges, si l’on n'avait sous les yeux les pièces officielles ?.

1 Fait au havre Louisbourg, le 11 juillet 1714. L'HERMITTE. — Extrait des Archives du Conseil de Marine.

3 « En 1714, les sieurs de la Ronde et Pinsens, capitaines, furent envoyés à l’Acadie pour obtenir de M. de Nicholson une liberté pour les François de l’Acadie de se retirer avec leurs bestiaux ei leurs grains à l'Ile Royale.

» M. de Nicholson permit à ces officiers de faire assembler les habitants pour savoir leurs intentions. Ils déclarèrent tous qu'ils vouloient retourner à leur légitime souverain. Il fut demandé à M. Nicholson que, conformément à l'article quatorze du traité de paix, ces habitants eussent l’espace d’une année pcur rester sur leurs biens sans empêchement.

» Qu'il leur fut permis, pendant ce temps, de transporter leurs grains et leurs bestiaux, de construire des bâtiments pour le trans-

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AU PAYS D'ÉVANGÉBINE 49

L'hiver, durant lequel les Acadiens ne pouvaient émigrer, serait venu avant le retour de la prétendue réponse, qui, du reste, n'arriva jamais ; c'était tout ce que cherchait Nicholson.

port de leurs ellets et de recevoi: de France les agrès et les appsraux pour ceux qui seroient bâtis au Port-Royal au ailleurs.

» Ces deux articles furent renvoyés à la décision de la Reine. On demanda encore qu’il leur fût permis de vendre leurs habitations cu de laisser procuration.

, Ii fut répondu à cet article remis à la Reine, de plus renvoyé à sa lettre qui en doit être un sûr garant.

» M. de Nicholson promit, en outre, une prompte expédition de tous ces articles. ..; MAIS DEPUIS CE TEMPS ON N’A EU AUCUNE RÉ-- PONSE SUR CE SUJET, » — Conseil de Marine, 28 mars 1710.

« ... Il n'avoit pas tenu à eux (les Acadiens) qu’ils ne se fussent relirés en 1714, mais la porte leur avoit été fermée par le retus du général Nicholson. » — Conseil de Marine, 23 mai 1719. Rapport du P. Dominique de la Marche. ”

Le rapport suivant, adressé au Conseil de la Marine, à Paris, fait voir que M. de Costebeile prévoyait les difficultés que ferait le général Nicholson au départ des Acadiens :

« Le 13 juillet je fis partir M. de la Ronde Deuis po: le Port: Royal, dans un bateau de l’Acadie que j'avois frêté, J’envois à Votre Grandeur la copie de la lettre que j’ai écrite à M. de Nicholsou, et des instructions que j'ai données à M, de la Ronde. Je lui ay remis les ordres de la Reine en anglois et en françois. M. Gaulin s’embarqua avec luy et plusieurs Acadiens quiétoient ici. J’ai cru, Monsei-gneur, de ne pas rendre un plus grand service au Roy que d'aider à ces habitans à sortir d'un abîme où ils vont tomber.

» Votre Grandeur me dit qu’elle envoyt pour eux les agrès que j'avois demandés; mais ils viendront tard; avant qu’on les leur ait fait tenir la saison sera bien avancée. Z{s avoient écrit à Boston pour en avoir; M. de Nicholson l'a dégendu, même a fait arréter leurs bateaux et chaloupes qu'ils avoient bâtis. Hs m'ont paru être dans le sentiment de ne pas soriir qu'ils n'aient vu la décision de M. de Nicholson. Z! cst constant qu'il féra tout ce qu'il pourra pour les retenir; ils ont même tenu déjà deux fois conseil pour quitter le Port-Royel...; c'est en partie ce qui m'a déterminé à y envoyer, d'autant nlus que les Anglais les ont mis hors d'état de pouvoir subsister, s'ils ne recusilient pas leurs récoltes en achetant leur blé, » — Lettre du Major L'Hermitte, 29 août 1714.

L'année suivante Nicholson était parti. La Nouvelle- Ecosse avait pour lieutenant-gouverneur le colonel Vetch. Cet officier, qui n'avait pas eu de termes assez violents pour censurer la conduite de son prédécesseur, ne respecta pas plus que lui la foi des traités, et mit les mêmes obstacles au départ des habitants !.

1 « Ayant appris, Monsieur, par plusieurs habitants du Port- Royal, des Mines et de Beaubassin que celui qui comniande à votre absence au Port-Royal {le colonei Vetch), leur a fait défense de sortir, et même en a refusé la permission à ceux qui lui ont demandés, ce qui fait que les habitants qui seraient maintenant établis sur les terres du roi, se trouvent la plupart hors d'état de se retirer cette année...

» C'est ce qui m'a déterminé, Monsieur, suivant l’ordre que le roi m'en donne, d’y envoyer M. de la Ronde Denis, capitaine d’une compagnie détachée de la Marine, à qui j'ai remis en main les ordres de la Reine, et confèrera avec vous des rsisons pour lesqueiles ils sont détenus. J’espère, Monsieur, que vous rendrez toute la justice due, et que vous n’aurez d’autre vue que de suivre les volontés de la Reine. » — Archives de la Marine et des Colonies. Lettre de M. L'Hermite à M. Nicholson. Louisbourg, le 11 juillet 1714.

« Celuy qui commande au Port-Royal a fait défense de sortir du pays avaut l’arrivée de M. de Nicholson ; de sorte que tous ceux qui sont venns ici s'étoient échappés. Ils m'ont représenté, ainsi que M. Gaulin et les Pères de l’Acsdie qui m'ont tous envoyé des express, qu’il étoit nécessaire d’y envoyer un officier pour soulenir leurs droits, les Anglois ayant défendu aux missionnaires de se mêler des affaires de ces habitants, » — Archives de la Marine et des C'olonses. Lettre du major L'Hermite au Conseil de Marine, datée de Louisbourg, 29 août 1714.

« Par sa lettre du 6 novembre 1715, il marque {M. de Costebeile) qu'il a parlé au sieur Capon, envoyé du gouverneur de Port-Royal, de la manière dure et injuste avec laquelle le général Nicholson avoit traité les habitans françois de l’Acadie, contraire en tout aux ordres qu'il avoit reçus de la feue reine d'Angleterre, et à la parole qu’il avoit donnée aux sieurs de la Ronde et Pinsens.

» Cet envoyé a convenu que la conduite de ce général n’avoit été approuvée d’aucun officier de sa nation; mais que le gouverneur particulier ne pouvoit rien changer sans de nouveaux ordres du roy L’Angleterre; ainsi tous les autres différents mouvements sont suspendus pour la libre évacuation des habitants jusqu’à une plus ample

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Les naïfs Acadiens, si honteusement bernés par Nicholson, s’attendaient si bien à partir dans le cours de 1715, qu'ils n’ensemencèrent pas leurs terres au printemps de cette année, ayant en prévision amassé des vivres pour deux ans‘. Vetch savait si bien qu'il n'avait aucun droit sur les Acadiens et qu’il commettait une criante injustice en les retenant malgré eux, qu'il se hâta d'écrire aux lords du commerce dès le 9 mars

décision des deux couronnes. » — Conseil de Marine, 21 mars 1716.

Un récent biographe qualifie Vetch de m'emier gouverneur anglais de la Nouvelle-Ecosse. Les pièces citées dans ce chapitre démontrent surabondamment le contraire. — Collections of the Nova-Scotia Historical Society, vol. LV. Biographical sketch of Hon. Samuel Vetch, by the Rev. G. Patterson,

1 M. de Costebelle, par sa lettre du 9 septembre, marque « .. qu'on l’a assuré que les habitants françois des Mines n’ont point ensemencé leurs terres en 1715, qu’ils avoient des grains pour vivre deux ans et qu'ils restoient disposés à une entière évacuation lorsqu'ils auroient des bâtiments pour les transporter à l'Isle Royale avec leurs familles et leurs effets. » — Conseil de Marine, 28 mars 1716.

« Le Père Dominique, à son retour, lui a présenté (à M. de Costebelle) un mémoire par lequel il paroit que les peuples de l’Acadie étoient déterminés à tout abandonner pour sortir de la domination des Anglois; que la plupart même n'avoient pas voulu ensemencer leurs terres dans l'espérance qu'on les retireroit au printemps, Que plusiears avoient construit des bateaux pour le transport de leurs familles et de leurs effets; qu'il y en avoit dix prêts à naviguer dès qu'on leur aurait envoyé les agrès... » — Conseil de Marine, 28 mars 1716.

M. Begon, par sa lettre du 25 septembre 1715, marque « que le Père Justinien, missionnaire révcollet au Port-Royal, lui a marqué que tous les habitants françois de l’Acadie ont pris la résolution d'aller s'établir à l'Isle Royale à quoi une Lettre Pastorale de M. l’Evêque de Québec a beaucoup contribué. »

« .. Les Anglois font tout ce qu'ils peuvent pour retenir les François, non-seulement en les ménageant, mais aussi en leur refusant les choses nécessaires pour leur passage et leur faisant entendre qu'ils ne leur permettront pas de disposer de leurs immeubles ni de leurs bestiaux, qu'on leur donnera seulement quelques vivres. » — Conseil de Marine, 28 mars 1716.

52 UN PÈÉLERINAGE

de cette année : « Comme la saison avance, à moins que des ordres prompts ne soient expédiés, les habitants vont émigrer avec leurs troupeaux et leurs effets au Cap-Breton, ce qui va dépouiller et ruiner entièrement la Nouvelle-Ecosse et en même temps faire du Cap-Breton une colonie populeuse et bien pourvue, entreprise que plusieurs années et de grandes dépenses n’accompliraient pas, si on la faisait directement de France !. »

On jugera de l'importance qu'attachait le gouverneur Vetch aux établissements français par le passage suivant d’une lettre qu’il adressait peu de mois auparavant aux mêmes lords du commerce : « Les Français forment une population d'environ deux mille cinq cents âmes... Ils sont, avec les sauvages, les seuls habitants de ce pays; et comme ils ont contracté des mariages avec les sauvages, qui sont de même religion, ils ont sur eux une puissante influence. Cent Français, nés dans le pays, parfaitement accoutumés comme ils le sont aux forêts, habiles à marcher en raquettes et à conduire des canots d’écorce, sont de plus grande valeur et d'un plus grand service que cinq cents hommes nouvellement arrivés d'Europe. Il faut en dire autant de leur habileté à la pêche et à la culture du sol ?. »

On n'avait pas à la cour de France une moindre opinion de ces Français d'outre-mer. Le conseil de Marine, qui siégeait au Louvre, disait d'eux vers le même temps :

« Ces Français-Acadiens sont naturellement industrieux %. Ils naissent forgerons, menuisiers, tonneliers,

1 Letter from Col. Vetch to the Board of Trade, March 9h. 1714-15.

* Archives de la Nouvelle-Ecosse, p. 6.

5 « Ces peuples sont natürellement adroits et industrieux au-delà de ce qui se voit en Eurôve ; ils réussissent en tout ce qu’ils entre-

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charpentiers, constructeurs ; ils font eux-mêmes les toiles et les étoffes dont ils s’habillent ; c’est pourquoi, outre le défrichement des terres de l'Ile Royale, ils fourniraient à cette colonie un nombre considérable de bons ouvriers qui contribueraient bien mieux à son établissement que des personnes qu'on y enverrait de France et qui ne seraient faites ni au climat, ni aux usages du pays 1. »

Un des moyens dont les autorités anglaises se servirent pour tenir les Acadiens et les lier à la Nouvelle- Ecosse fut le serment d’allégeance qu'elles voulurent dès lors leur imposer.

La mort de la reine Anne et l'accession du roi George Ie" au trône d'Angleterre en fournirent l’occasion au gouverneur Ca: ulfield, qui venait de remplacer le coloiél Vetch. Il chargoa deux de ses officiers, MM. Capoon et Button de parcourir les centres acadiens depuis Port-Royal jusqu'à Beaubassin et la rivière Saint-Jean, d'y convoquer des assemblées, d'y lire la proclamation officielle envoyée de Londres, et de tâcher d'arracher un serment d’allégeance en faveur du nouveau roi. Le serment du test renfermant un acte d’apostasie, il ne put être question de l'imposer. On y substitua la formule suivante :

« .… Je promets sincèrement et jure que je veux être fidèle et tenir une véritable alléseance à Sa Majesté le roi George.

» Ainsi Die i me soit en aide. » |

Cette tentative était un piège aussi habile que danget >ux; car si les Acadiens avaient prêté ce serment sans réserve, on n'aurait pas manqué de s’en prévaloir

prennent ; ils ne doivent qu’à la nature la connoissance qu ils ont de plusieurs arts, » Aychives de la Marine et des. Lee Mémoire concernant les hubitants de l’Acadie. @. PIELIE CRE C4

1 Conseil de Marine, 5 juin #17. ÿD S

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pour leur dire qu'ils s'étaient déclarés et étaient devenus sujets anglais et que, par conséquent, ils n'avaient ch le droit de quitter le pays !.

Les Acadiens se tirérent de ce mauvais pas avec autant d'habileté que de sagesse. La lettre des habitants des Mines, en particulier, est à citer, car elle est un modèle du genre :

« Pour satisfaire à ce que vous nous avez fait l'honneur de nous publier mercredi dernier..., nous avons l'honneur de vous dire que l'on ne peut être plus reconnaissants que nous le sommes des bontés du roi George, lequel nous reconnaissons être légitime souverain de la Grande-Bretagne, et sous la domination duquel nous nous ferions une véritable joie de rester, étant aussi bon Prince qu'il l'est, si nous n'avions pris dès l’été dernier, avant de savoir son exaltation à la couronne, la résolution de retourner sous la domination de notre Prince, le roi de France, ayant même donné tous nos seings à l’envoyé de sa part auquel nous ne pouvons contrevenir jusqu’à ce que leurs deux Majestés de France et d’Angleterre aient disposé de nous autrement ; quoique nous nous obligions avec plaisir et par reconnaissance pendant que nous resterons ici, à l’Acadie, de ne rien faire ni entreprendre contre Sa Majesté Britannique le roi George ?. »

Les habitants de Port-Royal, placés à portée des

1 Je leur ai dit tout ce que j’ai pu pour leur faire comprendre que, s'ils ont une fois prêté serment de fidélité, qu'ils n’auront pas la liberté de sortir un grain de bled de chez eux...

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