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à devenir un corps fermé, sans communication suffisante avec les mouvements de la vie qui s'agite hors de lui. Autrefois le clerc, le cloarec, c'est-à-dire l'étudiant pour la prêtrise, formait un type poétique et doux qui a sa place dans les vieilles légendes du pays. Brizeux n'a pas manqué de donner dans son poème un des premiers rôles, et le plus touchant, à un claorec :
Loïc était le nom de ce modeste clerc, Il portait un costume à la mode de Scaer.
Le clerc, d'habitude, prenait ses premières leçons de latin au presbytère, mais en continuant son métier de pâtre; il étudiait sa grammaire couché dans les genêts. Un peu plus tard, son paquet de hardes sous le bras, il se rendait à Quimper,à Morlaix, à Vannes; là, plusieurs louaient en commun quelque pauvre chambre, et, nourris plus de beurre et de blé noir que de bœuf et de mouton, ils suivaient comme externes les classes de quelque pension ecclésiastique. Les vacances venues, on retournait à la ferme, mais sans fuir les fêtes traditionelles ; la simplicité des mœurs le permettait. A cet âge, en des âmes si près de la nature, il devait se livrer plus d'un combat, et l'histoire de Loïc a été celle de plus d'un cloarec :
Le curé, me voyant chanter de si bon cœur, Désira de m"avoir pour son enfaut de chœur, Il me dit de laisser ma vache et de le suivre, Qu'il me nourrirait bien, me donnerait un livre.
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Et que si j'aimais Dieu, dans la paroisse, un jour Comme lui je dirais la grand'messe à mon tour.
J ai fait ce qu'on m'a dit : écolier studieux, Je n'ai point ménagé ma mémoire et mes yeux. De notre classe sombre, à la fenêtre ouverte, Je regardais au loin briller la forêt verte.
Voilà pour le passé ; quant à mon avenir, C'est d'Anna de Coat-Lor'b que je veux le tenir.
Ainsi, des vocations demeuraient en route, mais d'autres persistaient.
Les grands séminaires, dirigés par des prêtres diocésains, si dur que fût le régime aux pauvres enfants accoutumés à la vie libre, ne les pressaient pas dans un moule trop inexorable. Telle était la force de l'esprit de famille et l'attache à l'horizon natal, chez cette race si prédisposée à la nostalgie que, de par un usage accepté des évêques, le jeune prêtre se voyait presque toujours placé dans sa propre paroisse, du moins dans son propre canton. Il revenait sans idéal bien élevé peut-être, du moins encore homme et Breton, en rapport avec les besoins et les dispositions de son troupeau. Cette communauté de sentiments et l'auréole du sacerdoce lui donnaient un grand pouvoir ; Brizeux disait alors :
Comme devant Ior s'inclinaient nos ancêtres,
Tout Breton vit heureux sous la main de ses prêtres ;
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Il leur remet son âme, eux s'en font les gardiens ; Et dans leur majesté, ces druides chrétiens Maîtres, mais partageant les communes angoisses, Promènent le niveau de Dieu sur les paroisses.
Les temps sont changés. Sous l'influence de préjugés venus du dehors, les externats ont presque disparu. Les clercs sont gardés d'abord dans un petit séminaire où longs cheveux ne poussent plus, puis dans un grand séminaire où des maîtres de haute vertu sans doute, mais souvent venus de loin, ne cachent pas leur antipathie pour l'âme bretonne. Le jeune Celte d'abord se cabre, mais, si ombrageux qu'on le suppose, ce fils d'une race passive peut, son impression une fois changée, devenir le plus soumis des séminaristes, comme le plus fidèle des domestiques, le plus discipliné des soldats. Au sortir du séminaire, le milieu ecclésiastique accélère la transformation commencée, le journalisme religieux l'achève. Voilà comment le jeune prêtre arrive breton toujours de caractère, mais par la pente des idées presque en étranger, au milieu des populations de son sang.
Brizeux ne voyait que trop le mal progresser, et le doux chanteur ne se contenait plus :
Prêtres, je vous le dis, vous nos maîtres, nos sages, Refroidissant les cœurs par trop d'austérités, Vous avez aboli les antiques usages, Et le peuple ennuyé rêve les nouveautés.
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On sait qu'il est un esprit soi-disant religieux, parlant et agissant aujourd'hui en niveleur acharné, et comment, grâce à ses efforts, notre clergé en est venu à ignorer et à renier les traditions nationales de son Eglise. Rien d'étonnant à ce que cet esprit soit à l'œuvre pour atteindre le même but sur la terre bretonne ; et tandis que les administrations civiles cherchent depuis si longtemps à détruire l'autonomie morale de ce peuple, on se fatigue d'un autre côté à effacer les traits distinctirs de sa physionomie religieuse. Et les résultats? on eût dit que Brizeux en avait la vue prophétique :
Oh! l'ardent rossignol, le linot, la mésange, Pour louer le Seigneur n'ont pas la même voix : Dans la création tout s'unit, mais tout change. Et la variété, c'est une de ses lois.
Le niveau, c'est la mort.
Heureusement l'instinct religieux est si vivace en Bretagne qu'il résiste plus qu'ailleurs, et que le paysan s'y obstine encore à vouloir rester chrétien dans le génie de sa race. Mais le jour où l'on sera parvenu à le dénationaliser en religion, il faut s'y attendre,
Tous les vices nouveaux chez vous arriveront, Et si vous élevez sur l'autel la croix sainte> Nul au pied de la croix n'inclinera son front '.
l II serait injuste de ne pas rappeler ici que Mgr David, l'évèque actuel de Saint-Brieuc, non Breton de rare, mais si dévoué à la Breta-