CHAPITRE TROISIEME
M. de Préville dans sa Famille
L'Eglise de Mont-Lambert — Cure refusée
L' Aumônier d'Orphelinat
Débuts d'un Patronage — Or se fixer?
L'Œuvre est installée
dans le local de l' ancien petit séminaire
AVANT de quitter l'établissement Sainte- Marie, M. de Pré ville régla toutes les affaires de son administration, avec un soin délicat et une grande générosité, n'enlevant du collège que ce qui était sa propriété tout à fait particulière. (î) Il se retira alors au milieu des siens, dans l'ancienne habitation de famille. Il y passa près de six mois. Ce fut un temps de retraite et de recueillement. Il ne quittait sa solitude que pour faire un peu de ministère à Saint-Martin-les-Boulogne, quand M. le Curé de la paroisse réclamait ses services, ou pour remplacer un professeur chez Mgr Haffreingue, lorsque cette chère maison, qui l'avait élevé, faisait appel a son dévouement.
Une autre œuvre, cependant, sollicita bien-
i. Lettre à Mgr Lequette.
tôt son zèle de prêtre et d'apôtre. Autour du château de Mont-Lambert, il y avait plusieurs centaines d'habitants, forcés chaque dimanche d'aller entendre la messe à l'église de Saint-Martin, située presque à une lieue de là. On manque facilement au devoir, lorsqu'il faut passer par dessus de tels obstacles, pour le remplir. M. de Préville voyait depuis longtemps, avec regret, ce triste état de choses, dont sa famille n'était pas moins désolée que lui. Pour y mettre fin il conçut le généreux projet de bâtir un centre de prières dans ce quartier jusque— là déshérité. On commença sans retard, et le 30 novembre 1873, Mgr Lequette bénissait solennellement cette église de Mont-Lambert, aujourd'hui si utile à la population nombreuse qui s'est groupée aux environs. (1)
Cependant, M. de Préville était dans une grande perplexité d'esprit. Que devait-il faire pour répondre aux desseins de Dieu sur son avenir ? Il ne pouvait pas continuer à mener cette vie de famille, quelque douce qu'elle fût : un prêtre appartient aux âmes. « Une
1. Cette chapelle de secours est desservie par le clergé de Saint-Martin.
seule peine, dit-il, me préoccupait ; quelle était la volonté de Dieu sur moi. Je priais, j'écoutais, au fond de mon cœur, la voix de Dieu, et la lumière ne se faisait pas. » (i)
Une précieuse indication, pourtant, était de nature à le rassurer, c'était l'attrait qui le poussait à consacrer sa vie au soin de la jeunesse. « Il me semblait indifférent de connaître quels enfants j'aurais à diriger, mais il me fallait des enfants à conduire au bon Dieu. »
Voici comment ses hésitations furent dissipées. « Au milieu de ce trouble d'esprit et de cœur, Mgr l'évêque d'Arras m'offrit un poste de curé : c'était le moment que Dieu attendait pour m'éclairer. J'écrivis à Monseigneur pour le remercier et le prier en même temps de me laisser essayer un patronage. Cette œuvre n'était pas nouvelle pour moi, puisque, pendant tout le temps de mes études de droit, j'avais passé chaque dimanche au patronage Saint-Charles sous la direction du « Bon Père » Jean-Marie. (2) Monseig-neur me répondit qu'il m'autorisait à commencer cette œuvre. »