‹ Un pere de jeunesseChapitre 16 sur 55 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Le Petit Séminaire — La Chapelle

du nouveau Patronage

On y récite le Chapelet chaque jour

La Première Messe

La Garde d'Honneur — Ses résultats

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L'ANCIEN Petit Séminaire dans lequel le zélé fondateur venait d'installer son œuvre, avait besoin d'être approprié à la destination nouvelle qu'on lui donnait. Tel qu'il était, cependant, il fallait remercier Dieu d'avoir trouvé cet immeuble. M. de Préville le reconnaissait volontiers. « Si ce n'était pas encore la perfection, c'était, au moins, une vraie amélioration. »

Il y avait, au rez-de-chaussée, une grande salle qui devint la. salle des jeux, la salle des histoires et des avis, la salle des jeux bruyants quand il faisait mauvais temps ; en un mot, le centre de l'œuvre. Au-dessus, à l'étage, se trouvait l'emplacement de l'ancienne chapelle, dans le plus triste état de délabrement ; en face, une cour, l'ancienne cour des séminaristes, assez restreinte dans ses proportions, suffisante pourtant, pour une

œuvre naissante. « J'installais mon petit monde dans la grande salle et après une courte explication, une esquisse de règlement, je descendis avec mes enfants dans la cour où je commençai un jeu du pays, qu'on appelle quanime. »

Le même entrain qui avait régné à l'Orphelinat de la rue Désille transformé en Patronage, se retrouva dans le nouveau local de la rue de Lille. Les enfants ressentaient, de plus, la joie que leur donnait l'espoir d'avoir désormais une installation définitive. Ils ne tardèrent pas à toucher à la centaine.

L'abbé de Préville pensa que le moment était venu de donner une physionomie à son oeuvre. Son premier désir fut d'y ouvrir une chapelle. Une œuvre de jeunesse qui n'a point son sanctuaire spécial, son centre de prières particulier, son tabernacle à elle, est une œuvre nécessairement incomplète. Beaucoup de saints prêtres, parmi ceux qui se sont dévoués dans ces sortes de ministères, conseillent de commencer par là. On doit mettre le bon Dieu dans les fondations, s'il est permis de parler ainsi. M. de Préville, naturellement, était de cet avis . Il disait qu'on peut bien se passer de salles, même

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de cour, puisque lui-même — nous le verrons bientôt — a dû quelquefois se réfugier sur le rempart de la Haute-Mile ou sur les grands chemins, mais de chapelle, jamais.

Lui, pourtant, n'en avait pas encore dans son œuvre qui prospérait. Il en éprouvait une grande peine, et sa peine était d'autant plus vive, que dans cet ancien Petit Séminaire qu'il avait bien connu jadis, une chapelle existait à l'usage des élèves de l'établissement.

Or cette salle, qui autrefois avait été la chapelle, était toujours là. mais ne servant plus que de débarras. %< J'avais le cœur bien gros, dit-il quelque part, quand je passais devant la porte. Cette tristesse fit naturellement naître dans son esprit et dans son cœur l'idée et le désir de rouvrir l'ancien sanctuaire, Seulement, pour en arriver là, « il fallait, contihue-t-il, déranger les habitudes de beaucoup de monde, et je craignais de ne pas réussir ; mais j'eus recours, comme toujours, à la Sainte Vierge, et voici qu'à l'ouverture que je fais à M. le Doyen de rendre la chapelle à son premier usage, je reçois une permission fort aimable. Immédiatement, je me mets en quête de tout ce

qui était nécessaire, et bientôt ma chapelle est installée, très simplement, mais elle est installée. »

La chapelle une fois trouvée, il s'agissait d'en tirer aussitôt parti. C'est alors que vint à M. de Préville l'idée de réaliser à Boulogne, ce que M. Allemand avait obtenu dans son œuvre de Marseille, (i) à savoir la récitation quotidienne du chapelet. Déjà, à la rue Désille, on connaissait et on pratiquait cette prière, mais jamais on n'était allé plus loin que la première dizaine. Le directeur de la rue de Lille pouvait donc se demander comment on accueillerait sa proposition. Ici encore, le désir d'honorer et de faire aimer la Sainte Vierge fit que M. de Préville passa outre à toutes ses craintes. Après avoir beaucoup prié, il se décida donc à parler de son projet à son petit monde. Cette demande fut acceptée avec enthousiasme. Le jour même, on termina la soirée par la récitation du chapelet. Depuis cette heure, plus de vingt années se sont écoulées, mais pas un jour ne s'est terminé au Patronage de Notre-Dame des Apprentis, sans

i. Vie de M. Allemand. Gaduel, 2e éd.

que Marie n'ait reçu le tribut de ces prières d'enfants, si douces à son cœur maternel. Que de couronnes d'une louange pure déposées sur son front ; que de grâces répandues sur l'œuvre de celui qui a si bien su la faire aimer ! (i)

Une autre innovation, plus heureuse encore, fut bientôt tentée par notre saint prêtre. Jusqu'à l'époque où nous sommes arrivés, l'abbé de Préville célébrait chaque jour la sainte messe à l'église Xotre-Dame. Même le dimanche, c'était dans ce sanctuaire qu'il offrait l'auguste sacrifice. Ceux de ses enfants qui ne fréquentaient plus les écoles avaient ordre de l'y accompag-ner. Mais ils obéissaient plus ou moins exactement; on les voyait arriver, qui, au commencement, qui, à la fin de la messe. M. de Préville souffrait de ces négligences apportées dans le service de Dieu. Selon lui, il n'y avait d'autre remède à ce mal que de donner la messe à ses enfants, dans leur propre chapelle, à une heure favo-

i. Afin de retenir l'attention de ses enfants, M. de Préville introduisit bientôt l'usage de faire chanter, entre chaque dizaine, un couplet de cantique, ou de dire quelques mots familiers sur les mystères du Rosaire. Cet usage si précieux dans une œuvre de jeunesse, existe toujours.

rable pour tous. C'est ce qu'il résolut d'exécuter immédiatement. Une permission qu'il demanda à l'Evêché et qu'on lui accorda aussitôt le mit à même de commencer le dimanche suivant. Une douzaine d'enfants assistèrent à cette première messe célébrée par M. de Préville dans cette chapelle du vieux séminaire. Dès lors, le sanctuaire devint comme la paroisse du petit troupeau qu'avait rassemblé le zèle de l'apôtre dévoué.

Une autre faveur vint encore réjouir le cœur de M. de Préville, ce fut de pouvoir conserver le Saint-Sacrement toute la journée du dimanche, après avoir, le matin, distribué la communion à ses enfants plus âgés. Et, comme il voyait, en tout, le côté surnaturel des choses, l'idée lui vint bientôt de profiter de la présence auguste du Sauveur pour porter encore ses jeunes g-ens à la piété. Voici comment il s'y prit. Il imagina de constituer une Garde d'honneur du Saint-Sacrement, et d'inaugurer ainsi dans son œuvre, ces foyers puissants de vie chrétienne et d'apostolat qui sont les associations.

Il fallait d'abord faire comprendre le grand honneur qu'on avait accordé au patronage, en lui donnant cette faveur d'avoir le Saint-

Sacrement ; c'est ce que M. de Préville ne manqua pas d'expliquer, avec son éloquence persuasive, plusieurs dimanches consécutifs, dans l'instruction familière qu'il adressait à ses enfants ; puis quand cette pensée fut bien entrée dans leurs esprits, il en tira cette conclusion qu'eux, de leur coté, devaient répondre à une grâce aussi insigne, en dérobant quelques instants à leurs jeux pour venir parfois adorer Notre-Seigneur ; il les exhorta aussi à recevoir, au moins quelquesuns, chaque dimanche, la sainte communion. C'est alors seulement que le zélé directeur prononça le mot d'association et de Garde d'honneur. Quatre enfants répondirent à son appel. « Vous voici au nombre de quatre, leur dit M. de Préville ; chacun de vous va prendre une semaine du mois pour communier à son tour. »

Bientôt leur nombre fut doublé, et en même temps le nombre des communions de chaque semaine, car l'exemple de ces petits apôtres eut pour résultat de tuer, dans l'œuvre, ce respect humain qui s'insinue partout : en les voyant communier, d'autres enfants se glissèrent près d'eux à la Table sainte.

M. de Préville voulut assurer par quelques pratiques cette association eucharistique.

Les associés devaient :

i° Réciter le plus fréquemment possible cette invocation : « Loué, adoré, remercié, soit à jamais le très saint et très adorable Sacrement de l'Autel ! »

2° Assister à la messe, en semaine, aussi souvent que possible ;

3" Réciter le chapelet en entier chaque jour;

4° Assister à la réunion hebdomadaire.

C'étaient les membres de la Garde d'honneur, qui, chaque dimanche, escortaient le Saint-Sacrement, quand, le soir venu, le directeur portait les Saintes Réserves à, Notre-Dame. Il fallait traverser un coin de la cour ; les jeux n'étaient pas terminés ; souvent même, c'était le moment de la plus grande effervescence ; mais M. de Préville inculquait une foi si vive à ses enfants, que tous tombaient à genoux, comme un seul homme, lorsque Notre-Seigneur passait au milieu d'eux. Un tel spectacle devait être bien agréable au divin Maître.

Le point principal du règlement que nous avons reproduit, c'était l'assistance à la réunion de chaque lundi. Elle produisit le plus

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grand bien dans son œuvre. Le saint directeur lui donnait, en effet, une importance capitale. Il en prenait occasion pour développer parmi les associés, l'esprit d'apostolat et de charité fraternelle. Il leur faisait comprendre que la loi chrétienne nous oblige à penser à nos frères, surtout à ceux qui sont dans la peine ou dans l'isolement, et, appliquant ce principe à leur vie au patronage, il leur disait qu' « ils venaient à l'œuvre non pas tant pour eux-mêmes que pour le bien de leurs camarades » .

En même temps, il leur apprenait le sacrifice, la mortification, la pénitence ; il les poussait à la piété, en un mot, il essayait d'en faire des apôtres par l'exemple et par la prière.

Ces pensées sont exprimées, sous mille formes, dans les procès-verbaux des réunions que nous 'avons sous les yeux. Avant de se séparer, l'un des membres était chargé d'offrir toutes ses prières de la semaine pour l'association. Les associés sortaient de ces assemblées, désireux de bien faire et pleins de zèle pour leurs petits compagnons.

En voyant ces heureux résultats, M. de Préville était plein de joie. Relisons à

la fin de ce chapitre, la prière si humble et si touchante qu'il adressait à Xotre-Seio-neur en terminant sa première réunion de la Garde d'honneur et que nous avons retrouvée dans ses notes.

«" Bon Sauveur, Jésus Eucharistie, Jésus, vrai Pain de vie, soyez mon guide, comme vous fûtes aujourd'hui mon inspirateur. Ecce ego, Domine, quid ?7ie visfacere?

« Soutenez, ô bon Jésus, mes premiers pas dans cette voie difficile de conduire les âmes à la perfection ; bénissez ce premier essai de vous gagner ces chers enfants.

« Loué, adoré, remercié, soit à tout moment, le très saint, très adorable, et très divin Sacrement de l'autel ! »

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