‹ Un pere de jeunesseChapitre 17 sur 55 · V-'--"— - --• --•- ?.Mi · texte numérisé non relu

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CETTE vie de piété que M. de Préville tenait essentiellement à mettre dans son patronage, dès le début même de son existence, ne l'empêchait pas de s'occuper des autres éléments nécessaires au développement et à la prospérité d'une œuvre de jeunesse. La question des jeux ne fut jamais pour lui une grande difficulté. Les enfants sont portés par leur nature au jeu ; dès qu'ils sont réunis, même à trois ou quatre, il faut qu'ils remuent : ils improvisent une récréation sur-lerchamp. M. de Préville laissait jouer ses enfants aux jeux les plus simples, aux jeux de la rue, comme il disait quelquefois. Il ne s'occupait des détails que lorsqu'il voyait l'entrain diminuer, ou bien quand, au milieu de l'animation générale, il apercevait dans un coin de la cour, quelqu'un de ses enfants qui ne partageait pas la joie de ses camarades.

Dans ce dernier cas, il venait lui-même, ou envoyait l'un de ses petits congréganistes remettre en mouvement le membre endormi. De jeux extraordinaires, il n'y en eut guère au patronage, si prospère cependant, de la rue de Lille.

M. de Préville n'abandonnait pas ses enfants, même quand ils étaient en dehors de l'œuvre. Sa sollicitude les suivait partout. Dès le commencement du patronage, il avait projeté de fonder une bibliothèque particulière, à l'usage exclusif des enfants qui le fréquentaient. Il ne tarda pas à mettre son projet à exécution. La première distribution de livres se fit le 4 mai 1873, avec le plus grand succès. Nous verrons bientôt les magnifiques accroissements que M. de Préville dut donner à cette œuvre des bonnes lectures ; bôrnons-nous maintenant à dire que dès la première heure, elle trouva le meilleur accueil parmi les jeunes patronnés.

En même temps qu'il favorisait les lectures saines et bienfaisantes, l'abbé de Préville s'occupait aussi à réunir les vieux papiers au profit du Denier de Saint-Pierre, pour faire disparaître les mauvais livres. Il savait intéresser ses enfants, ses amis, ses relations,

à cette entreprise doublement utile. De belles offrandes faites au Souverain-Pontife ; beaucoup de maisons purgées d'un poison qu'elles renfermaient, au détriment des âmes : tels furent les résultats de cette œuvre des « vieux papiers » à laquelle M. de Préville s'est livré pendant plusieurs années. Les caisses de livres affluaient à son domicile de la rue Tour -Notre-Dame. Il avait une fidèle domestique qui était chargée de les recevoir et de les classer. Les anciens du patronage n'ont pas oublié i Yictorine » qui avait, entre beaucoup de qualités, celle infiniment précieuse, en l'espèce, de n'avoir jamais su lire. Cette heureuse ignorance réjouissait M. de Préville et lui permettait d'avoir pleine confiance dans le concours qu'apportait « Yictorine » à 1.' œuvre dont nous parlons.

Ce fut aussi à la rue de Lille, que l'abbé de Préville travailla avec une particulière insistance, à inculquer à ses enfants, l'esprit d'économie. Ceci paraît, au premier abord, sortir du champ des œuvres de jeunesse ; mais, si l'on veut bien y réfléchir, on verra qu'il y a là un puissant moyen de s'attacher les enfants, en les formant à la vie pratique.

Pendant son séjour à Paris, M. de Préville avait été souvent frappé de voir plusieurs enfants des patronages, arriver à de belles positions dans le commerce, même à posséder des magasins magnifiques, grâce à leurs économies. Il les avait connus, et il citait leurs noms. Son désir était de former ses jeunes enfants aux mêmes habitudes.

Aussi revenait-il fréquemment sur ce sujet auquel il donnait de l'importance.

De cette idée sont nées deux œuvres qui ont été longtemps en vigueur au patronage : la vente d'objets utiles achetés avec des jetons de présence, et la caisse d'épargne. Nous avons déjà dit un mot de la vente, a propos de la rue Desille ; M. de Préville, par ce moyen, voulait attirer les enfants à lui, en mêlant l'agréable à l'utile. C'est le meilleur moyen de réussir en beaucoup de choses. Après chaque séance, il donnait un jeton à chacun des membres présents : les enfants l'emportaient précieusement et l'ajoutaient aux autres, jusqu'au jour désiré de la vente. M. de Préville s'attachait à distribuer des objets de ménage qui réjouissaient les mères autant que les fils. Parfois, sage précaution, la vente était coupée par

VIE DE M. DE PRÉVILLE j2>

une belle histoire, qui contribuait à rendre cette séance vraiment intéressante pour tous. Aussi, le jour venu, la porte de la salle ne s'ouvrait pas assez vite, au gré des impatients acheteurs. M. de Préville tenait beaucoup à « ce petit moyen ». A la fin d'une séance qui avait particulièrement réussi, il écrivait dans ses notes ces mots touchants : « Augmentez, ô mon bon Sauveur, l'intérêt de ce petit moyen, et permettez-moi de m'en servir pour garder ces enfants près de moi et vous les donner, en leur apprenant combien votre joug est doux et votre fardeau léger. »

Si, dans le nombre des acheteurs, se trouvait, par hasard, un enfant plus fortuné, n'ayant nul besoin des objets vendus, le bon directeur de l'œuvre l'excitait à les abandonner en faveur de ses pauvres. « Au milieu de mille autres choses, écrit-il dans son journal, j'ai raconté, ce soir, l'histoire de cet enfant de Paris, qui, dans une vente, employa tous ses bons points pour acheter une paire de galoches à un pauvre petit nouveau, qui, n'ayant pas de jetons, lançait des regards d'envie sur cette bonne paire de chaussures . » C'est ainsi que M. de Pré-

ville développait les nobles sentiments dans le cœur de ses enfants.

Quant à la caisse d'épargne, il l'installa également dans son œuvre, dès le début. Il en confia la direction à un de ses meilleurs amis, catholique dévoué à toutes les bonnes causes, qui s'acquitta toujours très parfaitement de sa tâche charitable. De fortes primes étaient accordées aux déposants ; aussi, si nous en croyons les vieux registres que nous avons sous les yeux, la caisse d'épargne eut de nombreux amateurs, au patronage (i).

Ainsi se complétait, peu à peu, visiblement bénie de Dieu, l'œuvre si belle, entreprise par M. de Préville : local, chapelle, conoréofation c|u Saint-Sacrement, bibliothè-

i. Transcrivons ici, à titre de document, le règlement de cette œuvre de bienfaisance.

Art. i'V — La caisse d'épargne est instituée pour faire contracter aux enfants l'habitude de l'économie et leur créer un capital dont ils auront tous besoin.

Art. 2. — Cette caisse se compose de trois sortes de fonds : les dépôts, les primes et les récompenses.

Art. 3. — ■ Les petites sommes que J 'enfant met à la caisse forment le dépôt. On reçoit les dépôts les plus faibles.

Art. 4. — Quand les dépôts atteignent un franc, il est accordé une prime de o fr. 25. Pour les francs suivants, la prime n'est que de o fr. 10., jusqu'à ce que l'enfant ait atteint, par ses dépôts, primes et récompenses comprises, la somme nécessaire pour acheter

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que, caisse d'épargne, nombreux enfants assidus aux séances du jeudi et du dimanche, elle avait tout cela ; mais dans la pensée du prêtre zélé qui la dirigeait, ce n'était pourtant qu'un commencement, ainsi que nous allons le voir dans les chapitres suivants.

un titre de 3 fr. de rentes. Passé ce chiffre, la prime accordée est de o fr. 05 par franc.

Les fractions de franc ne sont pas susceptibles de primes.

Art. 5. — Les récompenses consistent en petites sommes accordées aux enfants qui les méritent.

Art. 6. — Chaque enfant aura sur le registre son doit&. son avoir.

Art. 7. — Les primes et les récompenses ne sont acquises à l'enfant qu'à l'âge de 18 ans ou quand ses dépôts atteignent le capital nécessaire pour acheter 3 Ir. de rentes.

Art. 8. — Aucune somme ne sera remise à l'enfant que sur l'avis du conseil.

Art. g. — ■ Quand l'enfant possédera, primes et récompenses comprises, le capital de 3 fr. de rentes au cours du jour, la caisse lui fournira le titre, frais déduits.

Art. 10. — Le compte passif des enfants comprend : les carreaux cassés, les livrée perdus, etc.

Art. 11. — L'enfant qui nous quitte sans cause légitime ou qui est renvoyé, perd tout droit aux primes et récompenses. Dans ce cas, on remet à lui ou à ses parents les dépôts par lui effectués, déduction faite des sommes dues à l'œuvre.

Art. 12. — Les dépôts appartiennent en toute propriété aux titulaires. Quel que soit le motif de leur départ, ils leur seront fidèlement restitués.

Art. 13. — Les primes et les récompenses perdues par les apprent s déserteurs ou renvoyés font retour à la masse commune.

Art. 14. — Cette masse commune servira à payer les primes et les récompenses des enfants fidèles.

Art. i5. — Plusieurs fois par an, il sera rendu compte delà caisse aux enfants, et lecture sera donnée du présent règlement.

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