CHAPITRE SEPTIEME
Encore une Déception pour le Local
Grands Pèlerinages a X.-D. de Boulogne
Le Rempart et la Grand'Route
Conférence de Saint-Vincent-de-Paul
Le « Compagnon de Route »
Le « Bureau »
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Mcle Préville avait le droit de se m réjouir, devant Dieu, des succès qu'il obtenait. Tous ses enfants, grands et petits, comblaient les vœux de son zèle, par leur assiduité et leurs heureuses dispositions. Son œuvre se dessinait et semblait avoir pour elle les bénédictions de Xotre-Seisrneur. -
Aussi pouvait-il consigner dans son journal, le soir du 7 août 1873, l'expression de sa joie : : Tout marche bien, dit-il, je suis on ne peut plus satisfait. Deux messieurs d'Orléans font des frais d'éloquence. Jeanne d'Arc revit dans une courte mais patriotique histoire, si bien qu'en sortant, les enfants demandent une statue de l'héroïne. » En voyant tous ces enfants groupés autour de lui, M. de Préville pensa que le moment était aussi venu de travailler à la conversion de leurs pères. La fête de l'Assomption
était proche ; les deux prêtres Orléanais, qui charmaient le patronage de leurs récits patriotiques, lui donneraient un utile concours, pourquoi ne tenterait-il pas, en faveur de ses enfants et de leurs pères, une retraite préparatoire à la solennité du 15 août ? Pour M. de Préville, entrevoir le bien à faire, c'était immédiatement agir et essayer.
Déjà donc, il travaillait dans ce sens, lorsqu'une amère déception se mit à la traverse de son projet. Ecoutons-le nous raconter lui-même ce contre-temps : « Nous n'avons plus de local, M. le curé de Notre- Dame en a besoin pour recevoir les pèlerins ecclésiastiques. Je pensais profiter du séjour de ces messieurs d'Orléans pour donner une retraite préparatoire à la fête de l'Assomption. " « J'avais invité les pères de nos enfants à y prendre part. Le moment n'est pas encore venu, sans doute. Peut-être aussi ai-je arrêté la grâce, de Dieu, toute prête à inonder ces enfants, par mon peu de dévotion et mon manque de zèle...
« Je pensais aussi en profiter pour confesser ceux de mes enfants qui auraient voulu s'adresser à moi ; mais encore en ceci j'ai été déçu : -fiât voluntas iua ! »
Que faut-il admirer le plus, en cette circonstance, du zèle ardent ou de la profonde humilité de M. de Préville ?
Pour bien comprendre ce qui précède, on doit savoir que l'ancien Petit Séminaire, dans lequel l'abbé de Préville avait réfugié son œuvre, dépendait de l'église Notre-Dame de Boulogne, à laquelle il était adossé. Mgr Haffreingue, le restaurateur du culte de la célèbre Madone, avait donné une telle impulsion aux pèlerinages de Notre-Dame, que chaque année, au mois d'août, les fidèles venaient par milliers, non seulement de la France, mais même de l'étranger, prier dans l'auguste sanctuaire.
Nous rappellerons seulement certains grands pèlerinages parisiens et anglais, que la ville de Boulogne n'a pas oubliés.
Or, Mgr Haffreingue, toujours désireux de faciliter ce qui était de nature à honorer la Sainte Vierge, offrit gracieusement l'hospitalité aux prêtres étrangers qui amenaient des pèlerins à Notre-Dame. Pendant plusieurs semaines, le grand collège et la division du Séminaire ne désemplissaient pas. Ces généreuses traditions furent continuées après la mort du vénéré prélat, par le clergé
charpfé du culte de Notre-Dame de Boulogne. C'est ce qui explique comment l'abbé de Préville, au mois d'août i8/3, se vit obligé de quitter la rue de Lille. Il annonça à ses enfants que la prochaine réunion aurait lieu sur le rempart de la Haute-Ville. « C'est là, leur dit-il, que faute de mieux, nous essaierons de prendre nos ébats. » C'est là, en effet, que durant plusieurs semaines, les enfants du patronage se rencontrèrent, sous la conduite de M. de Préville et de quelques jeunes gens du conseil. Au commencement de la première récréation, il y eut bien quelque hésitation, nous disent les procèsverbaux de l'œuvre, mais bientôt on retrouva, dans une entraînante partie de barres, l'animation de la rue de Lille.
• Quand, les pèlerinag-es terminés, M. de Préville put rentrer dans le local ordinaire de l'œuvre, il retrouva tous ses enfants, peut-être légèrement désemparés par suite des modifications des semaines précédentes, mais en réalité, toujours bien disposés comme par le passé. Pendant que le patronage des enfants était soumis à cette légère épreuve, les réunions des grands se continuaient toujours, rue Tour-Notre-Dame. Les premiers venus
restaient fidèles, l'œuvre faisait quelques conquêtes, cle sorte que le petit noyau se développait chaque jour. M. de Préville trouva bientôt un nouveau moyen de faire avancer dans le bien ses jeunes gens, en faisant d'eux, au dehors de l'œuvre, des apôtres des pauvres, comme il en avait lait à l'intérieur, des apôtres auprès des écoliers. Il fonda parmi eux une conférence de Saint Vincent de Paul. On donna à cette conférence le nom de conférence Saint -Michel. L'œuvre de M. de Préville n'avait pas encore été baptisée du nom si touchant sous lequel on l'a connue depuis.
« J'avais apprécié à Paris, dit-il, combien ces réunions de charité avaient fait de bien à mes amis et à moi-même ; aussi, je n'aurais pas voulu priver mes enfants d'un secours si précieux. Un jour donc, que j'avais quelques grands près de moi, je leur communiquai ma pensée sur ce point, et je les convoquai à la messe que je dirais le lendemain à Notre-Dame, pour le succès de notre projet. Six hommes de bonne volonté répondirent à mon appel. Le lendemain je disais la messe à Notre-Dame, à cette intention, et le soir, nous commencions nos réu-
nions qui se sont toujours continuées depuis. »
En 1881, c'est-à-dire huit ans après sa fondation, cette modeste conférence du patronage visitait trente familles pauvres dans le quartier des marins. Aujourd'hui, elle en
visite plus de quarante C'est assez dire
qu'elle réalise admirablement les charitables desseins de son fondateur ; quant à calculer le bien, plus précieux encore, peut-être, qu'elle a produit chez les jeunes gens de l'œuvre, personne ne saurait le faire. Voici ce que M. de Préville écrivait après la première séance de la conférence. Il était impossible qu'une telle humilité ne fût pas récompensée !
« Nous venons d'organiser et de tenir la première séance de la conférence Saint-Michel. La messe nous avait réunis le matin dans une communion presque générale. Bénissez ces faibles commencements, ô mon bon Jésus ! Que ce ne soit pas moi que je cherche, mais bien le développement de votre règne et la sanctification de votre nom. Dirigez-moi ; inspirez-moi la direction que je puis et que je dois donner à ces enfants. Et maintenant, ô mon Dieu, faites votre
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œuvre ; c'est à vous de donner l'accroissement ; moi, j'ai planté, j'ai arrosé, je vais continuer à arroser cette jeune plante ; vous, donnez-lui le développement qu'elle comporte : Ecce ego, Domine, quid me vis facere ? »
Deux mois après, vers la fin de novembre, l'humble conférence était affiliée à l'œuvre centrale. M. de Préville, en consignant cet événement dans son journal, pouvait remercier Dieu des progrès si consolants de son entreprise : « Nous sommes maintenant douze membres, dans notre conférence. Quel bonheur de se sentir unis, et par conséquent, forts pour lutter contre le mal ! Comme il est édifiant de se rendre compte des efforts de ces enfants et de voir à quels assauts ils doivent résister pour demeurer honnêtes et pratiquants !
« Bénissez leur courage, ô mon Sauveur ; animez leur zèle, et dirigez leurs efforts vers Vous et vers les âmes de leurs frères qui se perdent. »
En signalant les assauts que ses enfants devaient livrer contre le mal, pour se conserver purs et vertueux, M, de Préville parlait en toute connaissance de cause. Son zèle ardent, sa grande charité lui avaient
peu à peu gagné la confiance de tous ses jeunes gens. Bientôt leur cœur n'eut plus de secrets pour lui. Il connaissait les moindres détails de leur vie ; c'était un véritable père au milieu de ses enfants. Un jour, dans une causerie intime, il releva le courage de l'un d'eux, qui, tracassé par une administration étroite, voulait se retirer dans sa famille pour y vivre tranquillement. « Si vous n'êtes pas où le bon Dieu vous veut, lui dit-il, vous aurez double croix à porter. »
Une autre fois, à l'un de ses jeunes gens, orphelin de quelques jours, il donna son chapelet auquel il tenait beaucoup. « C'était, dit-il, mon vieux compagnon de route, qui ne m'avait jamais quitté, ni à l'école de droit, ni au séminaire, ni depuis... »
• Quand il se fut ainsi rendu maître des cœurs, M. de Préville commença à entendre les confessions. Ses jeunes gens le trouvaient toujours disposé à les écouter ; mais le samedi soir, surtout, il se tenait dans sa chambre pour le ministère de la direction des consciences.
Pour employer une expression qui, depuis, a fait fortune dans l'œuvre, c'était l'heure du « bureau ». On voyait alors les
membres de la réunion quitter, l'un après l'autre, les jeux d'en bas et monter dans la chambre du cher directeur, en vue de s'y préparer à la communion du lendemain.
Telle est la tradition qui, depuis vingtdeux ans, se continue à l'œuvre de M. de Préville. Le samedi soir ou le dimanche matin de chaque semaine, on peut voir dans le cabinet du directeur quelque jeune homme désireux de se réconcilier avec Dieu, et de reprendre vigueur pour les luttes de la vertu. Cette direction sérieuse et paternelle sera jusqu'à la fin, la force principale du oatronao^e.