CHAPITRE HUITIEME
La Journée du Dimanche — A quixze ans
Visite épiscopale
Actions de Grâce — Baptême de l'Œuvre
Sa Bannière
Grande Procession de Notre-Dame
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SI l'on a voulu lire attentivement ce qui précède, on peut se rendre compte de ce que M. de Préville a dû dépenser d'activité, de zèle, de ressources de tout genre, pour mener à un tel point de prospérité, en si peu de temps, l'œuvre que nous essayons de raconter. Il était de ceux qui devinent le bien à faire, et qui travaillent à le réaliser, quand ils l'ont deviné.
Nous avons séparé, dans notre récit, l'œuvre des grands et le patronage des enfants ; mais, en réalité, M. de Préville s'occupait, en même temps, de ces deux œuvres, sans se laisser arrêter par aucun obstacle.
Du reste, ces deux réunions avaient plusieurs points de rencontre, le dimanche surtout. Les offices groupaient dans la même chapelle, petits et grands ; les récréations se
prenaient clans l'unique cour de l'œuvre et donnaient ainsi, aux plus âgés, l'occasion d'exercer leur zèle fraternel vis-à-vis des plus jeunes.
Quand M. de Préville se sentit bien maître de ces éléments divers, il pensa que le moment était venu de donner à la journée du dimanche un règlement définitif. L'essentiel était de bien remplir toutes les heures que l'on passait dans l'œuvre. Il en fit trois parts, une pour la piété, une pour le jeu, une pour l'avantage professionnel de ses enfants. Voici, du reste, ce règlement que nous retrouvons dans le journal du zélé directeur :
A 8 heures, messe, instruction et communion. A 9 heures, déjeuner. A 9 h. 1/2, jeux divers.
De ii heures à midi, cours d'anglais et classe de dessin.
C'est ce que nous avons appelé la partie professionnelle.
Dans une ville commerçante telle que Boulogne, c'était rendre aux jeunes gens un service signalé que de leur procurer de telles ressources. Ceux-ci le comprenaient bien et se faisaient un devoir d'assister à ces cours facultatifs, qui avaient encore lieu plusieurs
fois dans la semaine, au moins pour la langue anglaise.
A midi, diner, dans la famille.
A 1 heure, ouverture de l'œuvre et récréation jusqu'à 3 heures.
, A 3 heures, musique et préparation de chant pour la chapelle.
A 4 heures, vêpres et salut.
A 5 heures, caisse d'épargne et bibliothèque.
A 5 h. 1/2, histoire racontée aux enfants.
A 6 heures, récréation.
A 6 h. 1/2, instruction, chapelet et prière.
Pour faire face à des devoirs aussi variés, AT. de Préville avait trouvé parmi ses amis, parmi les grands de l'œuvre, et dans sa famille elle-même, des auxiliaires dévoués. Déjà dans un précédent chapitre, nous avons dit le parti qu'il savait tirer de ses jeunes gens ; d'autres concours lui furent écralement offerts qu'il accepta avec reconnaissance. Comment aurait-il pu remplir, à lui seul, un tel programme ? Au soir dlune de ces journées accablantes, il remerciait Dieu des nombreux secours qu'on lui apportait. « Merci, ô mon Dieu, qui me gâtez de cette sorte. Vous semez les roses sous mes pas, au milieu des épines inséparables de toutes ces organisations. Donnez-moi seulement ce que je
n'ai pas, ô mon bon Sauveur : F amour de votre adorable Sacrement. O Jésus-Hostie, ayez pitié de ma misère ! »
Ce règlement n'a guère varié depuis plus de vingt ans. Des besoins nouveaux ont bien nécessité quelques modifications sans importance ; mais le fond est resté le même jusqu'à ce jour.
De temps en temps, l'après-midi du dimanche, M. de Préville conduisait ses jeunes gens à la campagne, dans une église de village, où l'on chantait l'office des vêpres, à la grande édification des assistants et à la grande joie du pasteur, (i)
Nous avons vu que tous les membres de l'œuvre quittaient le patronage à six heures et demie, pour le repas du soir; mais nous devons faire aussitôt remarquer que les plus grands revenaient passer le reste de la jour-
i . Ces excursions dans les environs de Boulogne qui sont si pittoresques, avaient beaucoup d'attraits pour les membres de l'œuvre ; les successeurs de M. de Préville les ont maintenues et généralisées, en en faisant un point du règlement du dimanche, chaque fois que le temps ou la saison sont favorables. Seulement, ces promenades se font maintenant vers n heures, c'est-à-dire avant le dîner,- et dans la belle saison, elles sont remplacées par une autre attraction, spécialement agréable aux Boulonnais, à savoir les bains de mer, pris avec tous les camarades de l'œuvre.
VIE DE M. DE PREVILLE IOI
née dans la maison même de M. de Préville. C'était à l'âge de quinze ans que les enfants étaient admis à partager la soirée des «grands » . L'intelligent directeur avait mûrement réfléchi avant de s'arrêter à cet âge ; dans d'autres Villes, et dans plusieurs œuvres de Paris, il faut avoir seize ans pour jouir, de ce privilège si convoité : M. de Préville trouvait des inconvénients à retarder trop longtemps l'admission dans la section des plus âgés. « J'avais remarqué qu'à Saint-Charles, beaucoup d'enfants se décourageaient avant de pouvoir prétendre entrer dans la section des jeunes ouvriers ; et, depuis, j'ai constaté qu'il est pénible à des enfants qu'une circonstance fait entrer de bonne heure dans un atelier ou dans un bureau, de se voir, au patronage, encore traités comme des écoliers, quand déjà dans les rues, et surtout chez eux, ils tranchent du commis ou de l'ouvrier. Je me suis toujours, depuis, applaudi de cette mesure. »
En se livrant à toutes ces organisations extérieures, M. de Préville ne perdait pas de vue la vraie vie d'une œuvre, nous voulons dire la vie surnaturelle. « De plus en plus, écrivait-il le 3 novembre 1873, je ne
crois le patronage possible et facile que par un complet épanouissement de la vie chrétienne. » Aussi attachait-il la plus grande importance à sa petite congrégation du Saint- Sacrement, laquelle se développait chaque jour et répandait son heureuse influence sur l'œuvre tout entière.
Pour lui donner encore plus de vitalité, M. de Pré ville imagina d'affilier cette Garde d'honneur à la Cono-réo-ation des Pères du Très-Saint-Sacrement. Ses enfants accueillirent la nouvelle avec bonheur : « J'annonce aujourd'hui aux enfants, dit-il, que j'ai écrit aux Révérends Pères du Très-Saint-Sacrement, pour leur demander de vouloir bien nous permettre de profiter de leurs mérites et de leurs bonnes œuvres, et leur joie a été facile à saisir. J'ai rappelé l'obligation de charité que je leur impose à l'ég-ard des nouveaux. J'ai terminé par la lecture de quelques traits d'apostolat exercé par les enfants des patronages de Paris, et j'ai stimulé leur zèle pour obtenir d'eux un effet dans ce sens. C'est de ce côté que se déploieront tous mes efforts : les faire sortir un peu de leur égoïsme pour leur apprendre à faire la charité et à penser aux autres. »
Puis, constatant avec bonheur les excellentes dispositions de ces petits apôtres du Tabernacle et de la charité. M. de Préville en remerciait Dieu : « Pour rien au monde, je ne voudrais, ô mon Dieu, sacrifier cette petite réunion de la Garde d'honneur ; ils sont si bien disposés, ces chers petits enfants ! Il me semble que s'ils ne deviennent pas bons, ce sera par ma faute ; s'ils ne vous aiment pas, c'est que moi-même, je n'aurai pas su vous peindre en termes assez brûlants, c'est que je n'aurai pas su puiser au saint Tabernacle, ce feu qui doit les embraser. O mon Jésus ! je vous offre mon impuissance. Je vous demande pardon de m' être chargé d'une œuvre où il faudrait tant d'amour pour vous, et j'en ai si peu ! »
M., de Préville fut encore vivement encouragé par la visite de Mgr l'évêque d'Arras, dont la paternelle bonté ne lui fit jamais défaut. Tous les membres de l'œuvre en ressentirent une grande joie, ainsi qu'il nous le dit dans ses notes : « Monseigneur est venu bénir mes enfants. Il leur a recommandé de faire autour d'eux la propagande et d'amener ici beaucoup de petits camarades. En même temps, Monseigneur a paru très
satisfait d'apprendre les résultats obtenus par l'association du Très-Saint-Sacrement. Sa visite a charmé tous nos enfants. »
Ce fut au milieu de ces joies et de ces bénédictions qu'on célébra, à la rue de Lille, la première fête de Noël, avec sa belle messe de minuit et ses nombreuses communions, et que se termina l'année 1873 (1).
Avant de commencer une nouvelle étape, le pieux directeur jeta un regard sur le passé. Il put remarquer avec joie les bons résultats de ses efforts et la prospérité toujours croissante de sa chère œuvre. Le patronage comptait de 50 à 60 enfants ; la réunion des grands de 1 5 à 20 membres ; la confrérie du Saint-Sacrement 15 associés (2). Pendant six mois, les bibliothécaires avaient distribué 638 volumes ; la caisse d'épargne avait reçu de 84 déposants la somme de 275 fr. ; c'était . un magnifique succès dont il fallait remercier le bon Dieu. AI. de Préville ne manqua point à ce devoir de la reconnaissance ; il offrit, à cette intention, le saint sacrifice de la messe, et les membres du conseil firent la communion pour ce même objet.