‹ Un pere de jeunesseChapitre 21 sur 55 · Voir Bulletin de ly Union, de janvier · texte numérisé non relu

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Cependant, cette œuvre, désormais sortie de l'enfance, n'avait pas encore son nom spécial et définitif. Il fallait la baptiser; l'humilité de M. de Préville ne pouvait supporter plus longtemps de l'entendre appeler de son propre nom ; car c'était bien ainsi que le public désignait cette œuvre ; pour tous, c'était « le Patronage de M. de Préville. » Or, voici comment fut trouvé, par le pieux, fondateur, le nom sous lequel l'œuvre est désignée depuis.

L'abbé de Préville avait une dévotion toute filiale pour Notre-Dame de Boulogne. Il n'entreprenait rien sans l'avoir longtemps priée ; plusieurs fois le jour il se rendait à son célèbre sanctuaire, il y conduisait les amis étrangers qui venaient le voir ; en un mot, il avait en Marie une véritable confiance d'enfant.

Parmi tous les titres que la piété a décernés à la miraculeuse Madone, il en est un que M. de Préville affectionnait particulièrement, celui-là même que Mgr Haffreingue a fait graver, en lettres d'or, au chevet du sanctuaire : Patrona nostra sinoulcu'is. Ce fut cette invocation qui le guida dans le choix d'un nom destiné à son œuvre de jeunesse.

« Mes enfants, dit M. de Préville à la Sainte-

Vierge, sont des apprentis, et, puisque vous êtes leur patronne très spéciale, je vous appellerai, si vous le voulez bien, Notre-Dame-des- Apprcniis. Je cherchai, dit le saint fondateur dans ses notes, une traduction qui put signifier quelque chose à l'esprit de mes enfants, et je n'en trouvai pas de meilleure que celle dont nous avons fait notre nom. Et, pour bien leur faire comprendre que je ne voulais rien changer à une dévotion qui leur était si chère, je fis l'achat d'une bannière, sur laquelle on représenta exactement Notre-Dame de Boulogne avec son bateau conduit par deux Anges, en ayant pris soin d'y faire graver la nouvelle traduction que j'avais donnée à son titre : « Notre-Dame -des- Apprentis. » Désormais, l'œuvre de M. de Préville appartiendra à la Vierge Marie et à son Divin Fils.

On touchait au mois de mai : le saint directeur s'empressa de grouper, autour de l'image de Marie, ses enfants bien aimés. « Le mois de Marie, écrit-il dans son journal, réunit chaque soir les enfants dans la chapelle du patronage. Le Petit mois de Marie des enfants par Mgr de Ségur les intéresse vivement ;il me sert aussi de thème à développements pour un certain nombre de points qui

n'y sont g-iière traités, mais qui trouvent très facilement leur place dans une glose. »

Après le mois de Marie, ce fut celui du Sacré-Cœur, avec des exercices et des réunions du même g-enre. M. de Préville tenait essentiellement à ces pratiques pieuses, qui lui donnaient l'occasion de se mettre en rapport avec ces âmes d'enfants, dont il voulait la sanctification et auxquelles il avait voué sa vie.

Cependant l'heure était venue de montrer en public cette œuvre dont on parlait déjà beaucoup, sans bien la connaître. Quand l'époque des pèlerinages à Xotre-Dame de Boulogne fut arrivée, M. de Préville conduisit ses enfants au vénéré sanctuaire. C'était au matin du jour même de l'Assomption ; avec quel bonheur notre saint prêtre consacra à Marie ces fils de son dévouement ! « Ce matin, écrit-il dans ses notes, pèlerinage de toute l'œuvre, grands et petits, à Notre-Dame. Ils étaient presque au complet, et j'ai eu le bonheur de leur donner à tous, le Pain des anofes. Ils étaient tout heureux et tout fiers de se sentir si nombreux ! Si Deus pro nobis, qui s contra nos !

« Développez, ô bon Jésus, ce tendre g-erme ;

soignez-le vous-même, éloignez-en, je vous en conjure, le souffle qui voudrait le ternir. Ces pauvres enfants ! Je vous les ai offerts en ce jour ; je vous les confie de nouveau par les mains de Marie, notre bonne Mère. »

Huit jours plus tard, à la cérémonie grandiose de la procession annuelle en l'honneur de Notre-Dame, on put encore admirer M. de Préville, à la tête de tous ses enfants. C'est en cette circonstance solennelle que la bannière de l'œuvre reçut le baptême ; autour d'elle s'étaient groupés, sans crainte des railleries, de nombreux apprentis. Pendant la procession, qui dure toujours près de trois heures, ils chantèrent des cantiques et récitèrent le chapelet, accompagnant sans faiblir le drapeau dont on leur avait confié la garde ; véritable victoire remportée sur le respect humain ! M. de Préville l'a enregistrée dans son journal, • en remerciant la Vierge Marie d'un tel succès et en la priant de continuer à bénir ses généreux enfants. « Bénissez leur courage, bonne Mère ; bénissez-les, je vous en prie, et bénissez-moi aussi, moi que vous avez mis à leur tête. »

L'effet produit sur la foule fut profond. En voyant ce prêtre de grande famille,

connu de la ville entière, accompagner ces jeunes hommes, ouvriers et employés de bureau, prier et chanter avec eux, on se sentait pris d'admiration pour un tel dévouement et pour une œuvre qui inspirait une telle énergie chrétienne aux membres qui la composaient.

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