CHAPITRE NEUVIEME
1S75-1S76-1S77 L'Œuvre quitte ea rue de Lille Boulevard ëurvin — Le « Maître de la Maison » — Bénédictiondé la Chapelle — Retraite dv Carnaval
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L'EPOQUE à laquelle nous arrivons va , nous faire assister au développement complet et à l'organisation définitive du patronage de Notre-Dame des Apprentis.
Au mois d'août de l'année précédente, c'està-dire au moment des pèlerinages à Notre- Dame de Boulogne, AI. de Préville s'était vu de nouveau dans la nécessité de quitter le local qu'on lui avait prêté pour son œuvre : ces changements, qui lui causaient beaucoup d'ennui, pouvaient de plus nuire à la marche de son patronage.
Pour donner à son œuvre un avenir assuré, AI. de Préville s'occupa de lui trouver un abri définitif. Son père, qui s'opposait à le voir fixer sa résidence en dehors de la Haute- Ville, lui acheta un vaste terrain situé sur le boulevard Eurvin, entre la rue du Cimetière et la porte Gayole . Aussitôt en possession de cette propriété, l'infatigable directeur se
mit à la disposer pour l'usage auquel il la destinait. On était au mois de mai 1875.
Cette propriété consistait en un immense jardin que M. de Préville fit immédiatement raser, et en une petite maison, basse et humide, dont il se contenta pour ses appartements particuliers.
Il fallait donc construire, afin de compléter cet ensemble, insuffisant pour une œuvre de jeunesse.
Fidèle à son principe, M. de Préville commença par faire élever une chapelle, dans le fond du jardin ; une simple chapelle en planches, d'un primitif absolu, mais où le bon Dieu voulut bien résider, comme le véritable Maître d'une maison que le saint directeur de l'œuvre lui consacrait sans réserve, dès le début. Les réunions du soir se faisaient dans le domicile même de M. de Préville.
Pendant plusieurs mois, l'œuvre fonctionna dans ces modestes conditions. Dieu, qui bénit toujours la confiance et l'humilité, répandit ses grâces les plus abondantes sur le patronage, ainsi que le constatait M. de Préville lui-même. « Le bien, dit-il, se continue et s'affermit, au sein de l'œuvre. Dieu qui est si près de nous — plus près encore
qu'à la rue de Lille -=— semble nous regarder avec plus de complaisance encore. »
M. de Préville avait hâte de voir la bâtisse complètement achevée. Il s'adressa à des ouvriers diligents, qui se mirent si sérieusement à l'ouvrage que pour la fête de la Toussaint la grande salle des jeux était terminée.
Ce fut dans cette salle que M. de Préville installa la deuxième chapelle provisoire. Certes, on était encore bien loin du gracieux sanctuaire que nous admirons aujourd'hui à Notre-Dame des Apprentis, mais telle qu'elle était, cette nouvelle chapelle avait, du moins, le mérite d'offrir un véritable abri à Notre- Seïgneur. « Et je m'en réjouis beaucoup, dit M. de Préville dans ses notes, car peu de jours après la fête de la Toussaint, une tempête horrible se déchaîna qui aurait pu amener de terribles accidents. »
Le moment est venu de signaler à nos lecteurs, comme un sujet de grande éditîcation, une coutume aussi admirable qu'audacieuse, introduite dans l'œuvre par M. de Prévïlle, dès le jour où il ouvrit au culte cette deuxième chapelle. Laissons-le nous raconter lui-même ce qu'il dira mieux que nous : « En entrant dans ce nouveau local,
je conseillai à mes enfants de ne jamais venir au «patronage, sans aller directement et premièrement, présenter leurs hommages à Notre-Seigneur ; les avertissant que moimême je ne leur dirais « bonjour » qu'après qu'ils auraient salué le véritable Maître de la maison, Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (i)
Cette habitude fut vite prise. Si quelque enfant y dérogeait, (c'était toujours par pure inadvertance), M. de Préville ne disait mot, mais il refusait son habituelle et cordiale poignée de main ; aussitôt, on s'empressait de réparer sa faute, et l'on sortait de la chapelle avec le très ferme propos de ne plus recommencer.
Quelques années plus tard, cette visite d'entrée se compléta par une prière faite à la statue de Notre-Dame de Lourdes, érigée près d'une muraille de la cour et sur laquelle les yeux se portent naturellement, au sortir de la chapelle. (2)
i. Cet usage d'entrer à la chapelle, en arrivant à l'œuvre, a toujours existé chez M. Allemand, à Marseille. (Cf. ! le de M. Allemand, par M. Gaduel, page ic;5.)
2. Cette statue de N.-U. de Lourdes a une histoire. En 1879, trois jeunes gens de l'œuvre voulurent se rendre à Lourdes pour demander à Marie une grâce corporelle. Pendant ce voyage, M. de Préville fit faire des prières au patronage afin d'obtenir pour
Intérieur de la Chapelle du Patronage de Notre-Dame des Apprenti, à Boulogne-sur-Mer.
M. de Préville n'acceptait le salut de ses enfants qu'après ce double hommage rendu à Nôtre-Seigneur et à sa très sainte Mère. Peu à peu , les étrangers eux-mêmes, mis au courant de cette habitude, prenaient le chemin de la chapelle, en entrant chez M. de Préville, subissant ainsi, presque inconsciemment, l'heureux ascendant de cet homme de Dieu, au zèle duquel il fut toujours moralement impossible de résister.
Ainsi se termina l'année 1875.
Les travaux furent pressés si activement que moins de deux mois plus tard, c'est-àdire à la fin de février de l'année suivante, on put bénir la nouvelle construction et prendre possession de la chapelle définitive. (20 février- 1 876 .)
On s'imagine facilement, avec quel bonheur M. de Préville se sentit, désormais, à l'abri de tout changement de domicile, et de toute préoccupation pour l'avenir.
les pèlerins la faveur demandée ; il alla plus loin, il promit d'ériger, dans la cour, une belle statue de N.-D. de Lourdes, en témoignage de reconnaissance, si ses trois jeunes gens étaient guéris. La guérison ne fut pas obtenue ; mais la Sainte Vierge qu'on n'invoque jamais en vain, répandit sans doute d'autres bénédictions sur le patronage. M. l'abbé de Préville ne se crut pas dégagé de sa promesse et donna cette magnifique statue dont nous parlons.
Le patronage allait enfin avoir sa maison, ses salles, sa cour, à lui ; en deux années, il avait dû changer trois ou quatre fois de local, quelquefois, il lui avait fallu se contenter des grands chemins ; maintenant, il entrait en propriétaire dans une installation magnifique, qui laissait entrevoir les plus belles promesses de prospérité.
Mais ce qui réjouissait surtout M. de Préville, c'était de penser qu'il allait donner à Notre-Seigneur une demeure moins indigne de Lui. « Aujourd'hui, dit-il, aujourd'hui dimanche de la Sexagésime, bénédiction de la chapelle qui plaît à tous... Quel bonheur pour mes bons enfants, d'avoir désormais leur chapelle à eux ! que de souvenirs ce sera pour un grand nombre, quand, dans quelques années, ils se souviendront de la chapelle de bois, puis de la grande salle transformée en chapelle, puis enfin de la véritable chapelle !
« Prenez-en possession, Seigneur Jésus, je vous la donne. Prenez aussi possession définitive du cœur de mes chers enfants, afin qu'ils soient à vous, et vous demeurent fidèlement attachés. Pour moi, prenez aussi mon cœur et gardez-le bien. Que je ne sois pas un
obstacle aux grâces que vous voulez répandre dans ces jeunes coeurs : je me donne de nouveau à vous, bon Sauveur !
« Notre-Dame des Apprentis, priez pour nous !
« Saint Joseph, priez aussi pour nous ! » (i)
Est-ce que Xotre-Seigneur aurait pu se montrer sourd à cette prière pleine de foi et d'amour ?
Le patronage reprit sa vie de la rue de Lille ; vie de piété, vie de simplicité, vie
i . Voici le règlement du sacristain, chargé du soin de la nouvelle chapelle :
Celui qui est revêtu de cette fonction importante se souviendra des embarras que prennent les personnes du monde pour obtenir une place de chambellan auprès du souverain. La fonction de sacristain, si humble qu'elle paraisse, est cependant bien plus glorieuse, puisque c'est au bon Dieu lui-même qu'il s'agit de donner des soins. Qu'il se réjouisse donc, celui qui a été choisi pour remplir ce poste de confiance ; qu'il médite souvent sur les qualités exigées pour un tel emploi !
Le sacristain est, par sa position, celui des enfants du patronage, qui se rapproche davantage du prêtre : celui-ci consacre Xotre- Seigneur, le touche et le distribue aux fidèles ; le sacristain, par un privilège tout spécial, touche les vases sacrés et le linge sur lequel a reposé Xotre-Seigneur ; quel honneur !
Vertus particulières du sacristain :
La charité : C'est celui qui est le plus en rapport avec Xotre- Seigneur qui doit aussi reproduire le mieux les vertus qui sont justement celles auxquelles il veut lui-même que nous le reconnaissions ; Or, Deus charitas est.
Le Recueillement : Comment les camarades concevront-ils pour Xotre-Seigneur ce respect et cet amour qu'ils doivent lui témoigner,
d'entrain. Le R. P. Berthe, Rédemptoriste, qui avait donné le discours d'inauguration de la chapelle, avait prononcé dans sa belle allocution, une parole très remarquée : « Bientôt, avait-il dit, ce sanctuaire sera trop étroit » laissant ainsi deviner les bénédictions que Dieu devait répandre sur l'œuvre.
Cette prophétie ne tarda pas à se réaliser. A partir de ce moment, en effet, le patronage se développa merveilleusement. M. de Préville le constatait avec bonheur. « C'est en cette même année 1876, dit-il à la fin de ses notes, que je commentai à récolter des fruits vraiment sérieux. Un de mes enfants m'avait déjà quitté Tannée précédente pour entrer aux Frères de Saint Vincent de Paul ; cette année-là, quatre enfants demandèrent à faire avec moi des études latines ; je m'y prêtai bien volontiers, et depuis ce temps, huit ou
si celui qui est toujours en sa compagnie n'a pas conscience de l'auguste présence du divin Maître ?
L'Exactitude : jamais un bon sacristain ne s'absentera sans permission et sans s'être fait remplacer par le second sacristain ; il veillera à ce qu'aucun office ne soit retardé par sa faute.
L'Ordre et la Propreté : C'est de ces deux qualités que Saint François de Sales appelle des demi-vertus, que dépend en grande partie, la conservation des objets de la sacristie.
Pratique : Relire souvent ces quelques pensées et s'efforcer de pratiquer les vertus qui y sont recommandées.
dix autres vinrent successivement me demander le même service.
Il serait difficile de trouver une meilleure preuve de la vitalité et du bon esprit de l'œuvre de M. de Pré ville, à cette époque.
Pendant que Dieu récompensait ainsi ses efforts, notre zélé directeur jetait les bases d'une œuvre audacieuse — véritable merveille dans le monde des œuvres, — à savoir la retraite du Carnaval.
Arracher les jeunes g-ens aux nombreux dangers de ces jours de péché ; les retenir au patronage, non point comme on le fait dans certaines œuvres, par des distractions ou des fêtes extraordinaires, mais par les sévères exercices d'une retraite où rien n'est laissé à la nature, ainsi que nous le verrons plus tard, seul, un saint comme AI. de Préville pouvait avoir une telle idée. Lorsqu'au mois de janvier 1877, il s'ouvrit de son projet à Monseigneur l'Evêque en lui demandant la permission d'exposer le Très-Saint-Sacrement pendant les trois jours du Carnaval, le vénérable prélat ne put s'empêcher de laisser voirune certaine défiance à l'ég-ard de cet extraordinaire dessein.
Ne retrouve-t-on pas l'expression de cette
appréhension dans une lettre datée du 1 1 janvier, écrite à M. de Préville par Sa Grandeur :
« Mon cher abbé, la pensée que vous me manifestez par rapport à l'emploi des jours du Carnaval pour vos plus grands enfants, me paraît excellente.
« Si, comme vous en avez l'espoir, vous réussissez, il y aura bien à remercier Dieu »
En vérité, M. de Préville ne s'appuyait que sur Dieu. Il demanda des prières aux communautés religieuses, aux noviciats, aux séminaires dont il connaissait quelque membre ; il fit prier ses propres enfants ; il les prépara, pendant plusieurs semaines, par ses instructions du dimanche ; puis, fort de sa confiance en Dieu, il se mit à l'œuvre.
La première retraite du Carnaval eut lieu les 10, ii et 12 février. Elle eut un plein succès. Le prêtre qui en prêcha les exercices fut M. l'abbé Sagot, vicaire de Notre- Dame, le même qui avait aidé M. de Préville dans les difficiles débuts du patronage. Recueillons les impressions du vaillant directeur sur ces trois jours de véritable bénédiction pour l'œuvre : « Réussite complète de la retraite ; soixante enfants y prennent part. M. Sago^
leur plaît extrêmement et leur fait beaucoup de bien.
« Depuis trois jours ils sont tout transformés ; j'attribue ce succès presque uniquement aux bonnes prières qui se sont faites dans nombre de communautés religieuses. Je pense qu'il résultera de cette retraite tout un mouvement pieux qui affermira davantage mes enfants dans le bien. Merci, mon Dieu ; merci mille fois, pour eux que vous comblez de faveurs, et pour moi à qui vous accordez cette si douce consolation de voir tout mon petit monde vous aimer. »
Avec la première retraite du Carnaval et l'année 1877, s'arrête, croyons-nous, la partie historique de Xotre-Dame des Apprentis.
Désormais, ce patronage a sa vie propre et son entière organisation.
Sans doute, les années suivantes apportèrent bien quelques heureuses innovations, telles que les fêtes corporatives, les grandes promenades du lundi de Pâques, du lundi de Pentecôte et du 14 juillet, et la « messe des mariés ; mais en réalité, à l'époque où nous sommes arrivés, l'oeuvre de M. de Préville est complète. Dieu l'a si visiblement bénie que moins de cinq années ont suffi pour opérer ce résultat.
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