Cf. Messager de Notre-Dame des apprentis, 1889, n
l32 UN PÈRE DE JEUNESSE
ment, pour les camarades appelés sous les drapeaux. En sortant du sanctuaire, les apprentis s'inclinaient devant la statue de Notre- Dame de Lourdes et disaient VAve Maria, puis ils partaient, défilant les uns après les autres, devant M. de Préville qui se tenait à la porte de sortie pour recevoir leurs poignées de mains, et leur donner, en retour, sa bénédiction.
Rien de plus touchant que cet usage. La bénédiction du départ était le complément désiré d'une heureuse journée. Jeunes et vieux la recherchaient ; nul n'aurait voulu partir sans la recevoir ; et quand parfois — ce qui n'arrivait guère — M. de Préville avait à se plaindre d'un de ses enfants, il ne pouvait infliger de plus dure punition que de la refuser.
Evidemment, dans ce cas, le coupable ne sortait pas ; avant de se retirer, il fallait s'expliquer, demander pardon, et faire la paix, non seulement avec le directeur, mais aussi avec le bon Dieu; car, plus d'une fois, ces entrevues intimes se terminaient par l'absolution sacramentelle.
Et maintenant, parlons de jeux.
Comme tous les directeurs expérimentés,
M. de Préville attachait au jeu une importance de premier ordre. N'est-il pas certain qu'une œuvre où l'on joue beaucoup, est une œuvre qui marche bien ? L'abbé de Préville disait, le 11 mars 1877, à ses chers membres de la Garde d'honneur . « Je vous répète ce que disait souvent M. Allemand : tous ceux qui dans une œuvre jouent bien, sont sur le chemin de la persévérance, car le démon n'entre pas facilement dans le cœur d'un jeune homme qui est tout au jeu. Ce saint prêtre disait aussi qu'il avait plus de confiance dans un bon joueur que dans celui qui serait sans cesse à la chapelle. (1) Fidèle à ce principe qui était bien le sien, M. de Préville revenait souvent, dans ses entretiens, sur cette nécessité du jeu.
Une autre fois, il faisait appel à l'expérience personnelle de ses enfants : « Jugez par vous-mêmes, leur disait-il. Quand vous avezbien joué au patronage, tout vous est agréable, vous êtes heureux ; au contraire, cessez de jouer, vous sortez de la réunion mécontents et disposés à tout abandonner. De plus, que