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Mort de Mamelin

dans l'une des murailles de la chapelle des plaques de marbre sur lesquelles on grava le nom des défunts du patronage. A l'heure où nous écrivons, la série en est déjà longue ; il y a parmi ces morts, des enfants, des employés, des entrepreneurs de bâtiments, des séminaristes, des novices de la Congrégation des Frères de Saint Vincent de Paul, un prêtre tombé dans l'exercice de son ministère ; leurs camarades survivants gardent leur mémoire et puisent, dans leur souvenir, la force de bien vivre, pour avoir la grâce de bien mourir.

Donnons maintenant quelques détails sur les fêtes religieuses, qui achèveront de faire connaître la vie du patronage.

Il y avait d'abord les fêtes générales de l'Eglise, parmi lesquelles nous signalerons Pâques, la Pentecôte, le Saint Sacrement, la Toussaint, Noël, qu'on célébrait avec éclat dans l'œuvre du boulevard Eurvin. M. de Préville avait l'habitude d'y préparer son monde par une retraite de trois ou quatre jours. Nous avons sous les yeux les sermons qu'il prononça pour ces différentes solennités ; tantôt, par exemple pour la fête de Noël, c'étaient de brûlants commentaires sur la

présence réelle, et sur la venue de Jésus dans les âmes par la communion ; tantôt clés développements pleins d'à propos sur les grâces dont le patronage était le foyer et dont il fallait bien se garder d'abuser, pour ne pas encourir la vengeance de Dieu.

Le résultat immédiat de ces fortes instructions se constatait au jour même de la fête, dans les nombreuses communions qui ne manquaient pas de réjouir saintement M. de Préville.

La première des fêtes religieuses, particulières au patronage, avait lieu à l'occasion du jour anniversaire de la fondation de l'œuvre. Nous l'avons déjà dit, on la célébrait le di- ' manche de Quasimodo. Le directeur l'annonçait avec soin la semaine précédente et y invitait les anciens du patronage avec leurs femmes et leurs enfants. A la messe, il y avait diacre et sous-diacre ; c'étaient presque toujours deux anciens enfants de l'œuvre qui remplissaient ces fonctions. M. de Préville adressait à sa famille dont tous les membres étaient réunis sous son regard, une question comme celle-ci : Depuis cinq ans ( il parlait ainsi

■le dimanche de Quasimodo 1878) il existe dansle jardin du Père de famille un arbre

nouveau, qu'un jardinier soigne de son mieux. Cet arbre, c'est le patronag-e. Le Maître en attend des fruits agréables ; expectavi til faccret uvas. Les trouvera-t-il ? Si oui, vive Dieu ! Nous sommes un bon arbre ; il ne sera ni coupé ni jeté au feu ; » et le Saint Sacrifice se terminait par une belle communion où se retrouvaient jeunes et vieux.

Une telle fête, se répétant chaque année, resserrait encore les liens d'une fraternité déjà bien complète ; elle avait aussi l'avantage de montrer aux jeunes enfants de l'œuvre, que M. de Préville n'entendait pas seulement travailler pour le présent, mais encore et surtout pour l'avenir. Aussi bien, ces anciens qui revenaient pour quelques heures au patronage, y avaient tous trouvé leur sauvegarde morale, et quelques-uns le secret de leur prospérité matérielle.

Le 15 août de chaque année, le patronage faisait son pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de Boulogne. On partait vers sept heures du matin, au chant du Magnificat, croix en tête et bannière dans le milieu du groupe, pour la cathédrale. Le prédicateur de la station adressait une allocution

aux membres de l'œuvre qui faisaient tous la sainte communion ; puis, après avoir vénéré la relique de la Sainte Vierge, Ton revenait au patronage où s'achevaient les prières de l'action de grâces. Quelques mots d'encouragement et de félicitation de la part du directeur mettaient fin à cette touchante manifestation de piété.

Cette parole d'encouragement à laquelle M. de Préville tenait beaucoup, avait pour but de préparer les enfants du patronage à la grande procession annuelle qui se fait à Boulogne, en l'honneur de Notre-Dame, pendant l'octave de l'Assomption.

L'œuvre y prenait part et une part honorable, par la place qu'elle occupait et par les nombreux chapelets, récités à haute voix, qu'elle faisait monter vers la Sainte Vierge. Or, participer à cette manifestation religieuse, les jeunes gens le savaient bien, c'était s'exposer à des tracasseries mesquines, à des allusions sournoises dont le bureau ou l'atelier seraient le théâtre, le lendemain même de la procession. Il fallait donc raidir contre le respect humain, ces natures parfois timides pour le bien. M. de Préville n'y manquait pas; durant les quinze jours qui précédaient la

procession, il prêchait sur cette matière, et jamais il n'était plus incisif que lorsqu'il parlait de cette variété de la peur. La foi des jeunes g-ens retrouvait alors toute son énergie et les aidait à suivre sans rougir la bannière de leur patronage.

L'œuvre assistait aussi à la procession paroissiale du Très Saint Sacrement, le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu.

Les mêmes luttes se livraient dans le coeur des jeunes gens, suivies des mêmes victoires. Non pas qu'il n'y eût jamais de défections: il arriva plus d'une fois que certains n'osaient pas braver les railleries des mauvais camarades, mais ce fut toujours l'exception.

Ainsi fonctionne depuis plus de vingt ans l'œuvre de M. de Préville ; rien, en effet, n'y est changé depuis le premier jour.

En parlant du passé, nous avons reproduit le présent : c'est toujours la même vie, animée du même esprit. Le patronage Notre- Dame des Apprentis a été fondé d'après le caractère des enfants de Boulogne, par un prêtre qui en avait saisi la vraie nuance ; sortir de ces traditions serait un essai périlleux que personne ne voudra jamais tenter.

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