‹ Un pere de jeunesseChapitre 34 sur 55 · Procès-verbaux, 2 5 mai · texte numérisé non relu

Procès-verbaux, 2 5 mai

Ainsi M. de Préville poussait à la perfection ses meilleurs enfants, et en faisait, au sein de son œuvre, des aides précieux.

Preuve nouvelle de la çrande utilité des associations dans les œuvres de jeunesse, dans les maisons d'éducation, et dans les paroisses.

Il y avait, dans l'œuvre, un second moyen de sanctification auquel M. de Préville attachait une importance de premier ordre : nous voulons parler des retraites.

Les retraites sont aujourd'hui en grand honneur dans le monde de la piété . Qui ne sait qu'elles sont éminemment l'occasion des fortes déterminations et des résolutions généreuses ? Les maîtres en spiritualité sont d'accord avec l'expérience pour affirmer que rien ne peut remplacer ce puissant ressort de la vie morale.

Or, si nous regardons aujourd'hui sans étonnement les différentes catégories sociales participer aux diverses retraites qui sont données dans les maisons religieuses, il était loin d'en être ainsi, au moment où AI. de Préville ouvrait son œuvre de jeunesse.

Seuls, les prêtres et les personnes consacrées à Dieu avaient ce privilège. Tous ceux

qui ont souci de leur âme doivent donc une vive reconnaissance aux saints prêtres dont le zèle a généralisé ce moyen de conversion.

Parmi eux, AI. de Préville occupe une place de choix. Il n'éparg-na rien pour étendre les retraites. Il en prêcha dans toute la France ; retraites d'écoliers, retraites de première communion, retraites fermées ; on était sûr de le trouver toujours disposé à accepter, lorsqu'on réclamait son concours pour ce ministère où il excellait.

Il y avait trois sortes de retraites au patronage du boulevard Eurvin, la retraite des enfants des écoles, la retraite des jours gras, et les retraites fermées.

La retraite des écoliers avait lieu vers la fin du mois de septembre, immédiatement avant la rentrée des classes. Elle durait trois jours et était suivie par des enfants de onze à quatorze ans, ayant fait leur première communion. Leur nombre s'élevait quelquefois à 180 et ne descendait jamais au-dessous de 150.

Le programme de cette retraite était fort chargé. M. de Préville avait pour principe de demander beaucoup aux enfants. Il jetait donc, avec audace, ces petits retraitants

dans la piété, (i) Outre les trois instructions, il y avait la grand' messe, les vêpres solennelles, l'exercice du chemin de la croix et le rosaire en entier, tout cela entrecoupé sans doute de récréations, mais de récréations dont la plus longue ne durait qu'une heure. Le jour de la clôture, les enfants faisaient la sainte communion. Et ils quittaient l'œuvre pour se répandre dans les diverses écoles de la ville, prémunis et armés contre les dangers qu'ils y pouvaient rencontrer.

Nous avons déjà dit quelque chose de « la retraite des jours gras » ; achevons, ici, de la faire connaître.

Elle commençait le samedi soir à huit heures et demie, et se terminait le mercredi des Cendres de grand matin. Les membres des différents patronages de Boulogne la suivaient, ainsi que plusieurs jeunes gens d'œuvres étrangères à qui M, de Préville offrait l'hospitalité avec l'espérance qu'ils transporteraient cet exemple à leur pays. Le groupement des retraitants ne se faisait pas sans difficulté ; car tous les ateliers ne sont pas fermés et les bureaux ne chôment

i. Messager de Notre-Dame des Apprentis, octobre 1888.

pas tous, pendant les jours de Carnaval. M. de Pré ville faisait comprendre à ses enfants l'importance de la retraite et les excitait à demander respectueusement cà leurs patrons la permission de suivre les exercices ; parfois même, il faisait lui-même les démarches nécessaires, en faveur des apprentis plus timides. Dieu y mettait sa grâce ; car les comptes rendus que nous avons sous les yeux, signalent la présence moyenne de 120 jeunes g^ens.

Jusqu'en l'année 1884, les retraitants, arrivés le matin, ne quittaient pas le patronage avant huit heures du soir ; on leur servait le dîner dans une des grandes salles de l'œuvre. C'était une dépense considérable qui n'était peut-être pas de première nécessité : M. de Préville le comprit et n'eut pas à se repentir de l'avoir supprimée, car il n'éprouva aucune perte sérieuse dans son personnel. Cette mesure lui procura plutôt l'avantage de voir disparaître certains enfants dont les vues peu surnaturelles étaient une médiocre préparation à l'action de la retraite. Voici quelle était l'ordonnance des exercices :

Samedi, à 8 h. 1/2, ouverture de la retraite, chapelet, cantique, Vent Creator, instruction.

Chaque jour de la retraite :

8 h. 1/2, messe sollennelle

9 h. 1/2, récréation

10 h. 3/4, instruction

11 h. 1/2, premier chapelet Dîner

2 h. 1/2, deuxième chapelet

3 heures, instruction

4 heures, goûter et récréation

5 h. 1/2, vêpres

6 heures, instruction

7 heures, récréation

7 h. 1/2, chemin de la croix

8 heures, troisième chapelet et salut Avis et départ.

Mercredi, première messe à 5 h. 1/2, à 7 heures, messe de communion, Remerciements au prédicateur.

Pendant les trois jours de retraite — jours de péché pour les mondains — le Très-Saint-Sacrement était exposé dans la chapelle du patronage. Les jeunes gens y venaient à tour de rôle, et par petits groupes, offrir leurs adorations réparatrices. Et de peur que l'entrain de la récréation ne leur fît oublier ce pieux devoir, M. de Préville désignait un « admoniteur » chargé de prévenir les camarades en retard ; mission que le saint directeur relevait singulièrement

VIE DE M. DE PRÉVILLE l63

par les pensées de la foi, ainsi que nous le fait voir le règlement suivant : « L'admoniteur doit se rappeler qu'il remplit la fonction que son bon ange a remplie tant de fois près de lui inutilement. Il s'en souviendra pour mettre beaucoup de patience et de douceur clans la manière dont il rappellera à chacun que son tour est venu de se rendre auprès de «Notre-Seigneur, pour lui tenir compagnie.

« Cette fonction lui fournit l'occasion de se présenter .souvent à la porte de la chapelle pour se rendre compte s'il y a toujours quelqu'un près du bon Sauveur.

« Il devra se faire une liste sur laquelle il mettra le nom de tous ses camarades, pour que chacun puisse avoir le bonheur de passer quelques instants près du divin Maître, qui nous fait l'honneur de demeurer dans notre patronage. Qu'il se réjouisse donc d'avoir été choisi pour cette belle fonction, et qu'il sache profiter de toutes ces petites apparitions à la chapelle pour tenir son cœur uni à Notre-Seigneur ! » (i)

Le sanctuaire était orné comme pour les

i. Journal de M. de Préville.

plus grandes fêtes de Tannée. Un retraitant faisait les fonctions de sacristain. M. de Préville, toujours surnaturel, lui recommandait « de prendre garde de perdre le fruit de la retraite, dans une trop grande préoccupation, en s'appliquant à diviniser ses actions, et en se rappelant qu'il agit pour Notre-Seigneur lui-même ». (1) C'est dans cette atmosphère toute céleste que les retraitants passaient les jours du Carnaval. Ces heures de plaisirs coupables devenaient ainsi, pour eux, des heures de conversion et de sanctification. Dieu les récompensait du sacrifice réel qu'ils s'imposaient. Parfois même, des patronnés que M. de Préville ne pouvait amener à la retraite étaient travaillés par le remords et venaient quelques semaines plus tard, « se jeter dans le cœur du bon Maître' » . (2) C'était encore un des résultats de la grâce dont l'action victorieuse l'emportait sur celle du démon.

Avant de quitter les retraitants, le prédicateur donnait à chacun un « souvenir de retraite ». C'était un sujet religieux repré-

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