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CHAPITRE DOUZIEME

Les Œuvres de Rayonnement :

Les Patronages, les Écoles, la Retraite

du Mois pour les Prêtres

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LE dévouement que M. de Préville prodiguait à la jeunesse boulonnaise ne tarda pas à provoquer des imitateurs dans les membres du clergé paroissial de la ville et de la banlieue.

Plusieurs jeunes prêtres se mirent à l'école de ce maître expérimenté» et bientôt, sous son inspiration et toujours avec son aide pécuniaire, largement dispensée pour l'achat des terrains et l'édification des locaux nécessaires, d'autres patronages s'établirent près des églises de Boulogne. Il serait assez diffîcile de relever la proportion dans laquelle l'abbé de Préville secourut ces œuvres, filles de la sienne, soit dans leur naissance, soit dans leur développement ; il ne nous a laissé aucun renseignement positif à ce sujet, car selon le conseil de l'Evangile, sa main gauche ignorait ce que faisait sa main droite ; mais ce que nous pouvons avancer avec

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assurance, le tenant des prêtres dévoués qui ont, les premiers, dirigé ces œuvres, c'est que plusieurs patronages de la ville n'existeraient pas ou, du moins, n'auraient point leurs proportions actuelles, sans le concours puissant de M. de Préville.

Il fit plus ; comme l'œuvre de Notre-Dame des Apprentis était1 fréquentée par des enfants de la ville entière, il dirigea vers le patronage paroissial, ceux qui n'habitaient pas le quartier de la Haute-Ville, en sorte que les différentes maisons ouvertes à la jeunesse des écoles, des ateliers et des bureaux, eurent, comme premier noyau, un essaim de patronnés du boulevard Eurvin.

L'œuvre de M. de Préville fut donc comme la maison-mère de ces œuvres diverses, qui vécurent du même esprit, en s'inspirant des traditions inaugurées par le pieux directeur. Les mêmes usages amènent les mêmes résultats : il sortit et il sort encore aujourd'hui, de cette union, une force immense dont la jeunesse de Boulogne est la première à bénéficier.

En même temps, M. de Préville travaillait cà répandre dans le diocèse d'Arras l'idée des patronages à la ville et à la

VIE DE M. DE PRÉVILLE l8^

campagne. Il en a suscité plusieurs, par ses conseils, par ses générosités, par ses exemples. Citons seulement Béthune, Arques, Berguettes, Noyelles-Godault, Hesdin, etc. Quand on le demandait pour prêcher dans ces œuvres de jeunesse, il se faisait une joie d'y répondre. Ainsi s'affermissait le bien qu'il avait provoqué : car ses conversations étaient de véritables prédications et de saintes excitations à la conversion des pécheurs. Et lorsqu'il lui était impossible d'accepter l'invitation qui le demandait pour un patronage, il se faisait remplacer par quelqu'un de ses confrères, expérimenté dans ces sortes d'œuvres ; le bien se généralisait ainsi par l'action immédiate ou indirecte de M. de Préville, (i)

i. Quelle joie n'éprouva-t-il pas lorsqu'en 1 883 , il fut appelé à faire des conférences dans les grands séminaires sur son sujet favori. Les séminaristes d'Arras, de Dijon, de Lyon, du Puy, de Clermont, l'entendirent successivement. « Mon Dieu, » disait M. de Préville avant l'une de ces séances « Mon Dieu, que vos desseins sont merveilleux ! Pousser vos futurs prêtres au zèle et au salut des âmes ! et c'est moi que vous choisissez pour ce beau ministère ! Si du moins, j'étais saint ; quel bien je ferais, mais, mais, mais... Pardon, mon Dieu, de toutes mes infidélités : protégez-moi, inspirez-moi ce que je devrai dire, car « a a a, nescio loqui ! » — Utilité des Patronages ; quelles ressources sont nécessaires pour entreprendre ces œuvres, — objections principales faites contre les patronages, tel était le thème qu'il développait avec cette compétence que chacun lui recon-

Pour conserver et augmenter la bonne harmonie qui régnait entre les différentes œuvres de la ville de Boulogne, harmonie nécessaire et qui décuple les énergies, l'abbé de Préville proposa à ses confrères des patronages, une réunion qui se tiendrait deux fois chaque mois, au boulevard Eurvin, et dans laquelle en s'entretenant des œuvres, on s'encouragerait mutuellement à l'apostolat de la jeunesse.

Le projet fut accepté, et, immédiatement réalisé. M. de Préville, par sa grande expérience et sa vive piété, devint l'àme de ces séances familières, sans empêcher, pourtant, l'initiative des confrères, qu'il travaillait, au contraire, à développer de toute manière.

Dès le début, il demanda la permission de fixer, pour la réunion prochaine, un petit ordre du jour, afin que chacun put, à ses moments perdus ou durant son exercice des quinze jours, trouver des lumières pour aider ses confrères. Le jour venu, dans une discussion cordiale, on étudiait la ques-

naissait, comme avec cette conviction qui n'était jamais absente de sa parole. «J'ai trouvé partout, dit-il, l'accueil le plus aimable, et ce sera insuffisance de notre part si nous ne profitons pas de ces avantages pour répandre nos idées à travers la France. »

tion proposée, et l'on évitait ainsi les généralités inutiles. Beaucoup de difficultés peuvent se présenter dans la direction et le gouvernement d'une œuvre de jeunesse.

Comment est-il préférable d'organiser les ieux ; quelle part et quelle forme doit-on donner aux punitions ; quels sont les moyens à prendre pour maintenir l'ordre et l'intérêt dans les grandes promenades ; quelle attitude faut-il avoir devant les enfants coupables de désobéissance grave ou de mauvais esprit ; autant de problèmes délicats qu'une sage expérience et des lumières réunies contribuent puissamment à résoudre. Telles étaient, d'après les procès-verbaux que nous analysons, les questions proposées et étudiées dans la petite séance bi-mensuelle dont nous parlons. Chacun apportait le témoignage de ce qu'il faisait et de ce qu'il essayait pour conserver ses enfants dans l'amour du patronage et, finalement, da.is le bien. De vrais frères se racontaient leurs joies et leurs peines, leurs espérances et leurs déceptions. M. de Préville aimait beaucoup ces réunions intimes ; il y conviait volontiers ses amis de passage à Boulogne et les séminaristes en vacances, dans

l'espoir de faire rayonner au loin les idées qui lui étaient si chères. En vérité, rien ne fut plus fécond pour les œuvres locales, comme d'ailleurs pour les autres œuvres connues et soutenues par l'abbé de Préville, que cet échange fraternel de vues et de pensées sur la marche des patronages. Si l'on avait gardé la forme précise des discussions ouvertes et conduites dans ces réunions qui furent tenues, pendant de longues années, à Notre-Dame des Apprentis, on aurait assurément à l'usage des œuvres de jeunesse, le manuel le plus complet qui puisse exister.

M. de Préville terminait à peine l'organisation de ces œuvres de patronage, qu'une question de première importance vint solliciter son zèle et sa charité, à savoir celle des écoles religieuses.

C'était en 1 88 1 ; les écoles communales venaient dvêtre laïcisées; (i) le clergé des différentes paroisses, aidé de catholiques dévoués, se mit immédiatement en mesure de

i . Les Frères de la Doctrine Chrétienne sont à Boulogne depuis 1 7 15.

Cf. Vie de J.-B. de la Salle, par l'abbé Blin, chanoine de Noyon .

recueillir les Frères de la Doctrine chrétienne. Les quartiers plus riches purent faire face à ces nécessités scolaires ; il en fut autrement pour les paroisses moins favorisées, notamment pour Saint-Vincent de Paul et Saint-François de Sales qui se virent dans l'impossibilité de trouver les sommes réclamées pour l'établissement des écoles libres de pfarcons.

Emu de cette situation, l'abbé de Préville résolut de venir en aide à ces quartiers déshérités et d'y fonder des écoles avec ses seules ressources. Il trouva difficilement un local convenable à Rréquerecque, il dut le payer fort cher, y faire ensuite des travaux' d'aménagement très coûteux ; mais il eut la main particulièrement heureuse dans la circonstance, car ce local, placé au centre de la paroisse Saint-François-de-Sales et près de l'ég-lise, répondit admirablement à sa destination.

A Saint-Vincent de Paul, dans le quartier de Capécure, M. de Pré ville dut chercher longtemps avant de trouver un immeuble disponible et dans les conditions voulues pour y installer les fils du Bienheureux de la Salle. Il finit par songer à une

ancienne fabrique, qui ne servait plus à un usage industriel. Au moyen de divers arrangements, elle fut disposée pour une école, qui finit par être ouverte, après des difficultés de tout genre .

Ces acquisitions, avec les travaux qui y ont été effectués, ont coûté environ 150.000 fr. à M. l'abbé de Préville. Avant de mourir, il a voulu assurer l'avenir de ces fondations, en constituant une société civile qui a pour mission de maintenir et de développer cette œuvre si importante. Ainsi continue-t-il à veiller sur ces chers enfants pour le salut desquels les plus lourds sacrifices ne lui coûtèrent jamais. (1)

Cependant les différentes œuvres de jeunesse continuaient à être très prospères. Le nombre des enfants qui les fréquentaient régulièrement était si considérable que M. de Préville se vit sur le point de ne pouvoir plus admettre à la Retraite des jours gras les divers patronages de la ville, faute de place dans la chapelle. Cette réussite com-

1. Nous devons ces renseignements si précis à l'obligeante amitié de M. Delcourt, catholique dévoué aux bonnes œuvres de Boulogne et particulièrement à l'œuvre des écoles religieuses et du patronage N.-D. des Apprentis.

blait de joie les directeurs qui en rendaient grâces à Dieu.

Sans vouloir forcer les choses, nous pouvons affirmer que la réunion bi-mensuelle des prêtres des différentes œuvres servit puissamment à soutenir leur zèle et fut le ressort principal de la vitalité des patronages boulonnais.

En voyant ainsi ses confrères groupés autour de lui dans une commune pensée d'apostolat, M. de Préville conçut un projet véritablement providentiel que nous devons faire connaître à nos lecteurs. Il s'agit de « la retraite du mois » faite en commun par les membres du clergé paroissial. Partant de ce principe certain, que plus un prêtre est fervent, plus son ministère est fructueux, M. de Préville proposa à ses fidèles confrères des œuvres ouvrières, de consacrer à la récollection mensuelle, connue dans le langage de la piété sous le nom de « retraite du mois » l'une des réunions tenues entre eux à Notre-Dame des Apprentis.

« Nous aimons encore, après quinze années, dit l'un des premiers retraitants, à nous rappeler cette parole par laquelle M. de Préville nous communiquait son dessein : Nous

nous occupons, clans nos réunions périodiques d'oeuvres, des intérêts des jeunes g-ens ; ne serait-il pas bon de consacrer une de ces réunions à l'œuvre de notre sanctification personnelle, par les exercices d'une retraite mensuelle ? » ( 1 )

Car, disait-il en une autre circonstance : « Si nos ouailles et nos enfants ne sont pas meilleurs, prenons-en à nous-mêmes. Si nous étions plus saints et plus zélés, nous ferions plus de bien autour de nous. » (2)

La proposition fut acceptée et mise immédiatement à exécution. La première retraite du mois eut lieu le 21 juillet 1879. A cette date, M. de Préville écrivait dans son journal : « Essai d'une retraite du mois entre mes confrères et moi. » — Ils étaient au nombre de huit. — « Tous se retirent charmés et se proposent de recommencer. La prochaine retraite est fixée au 18 août. Laudetur Jésus Christus ! »

Voici le règlement tracé par M. de Préville et observé dès la première réunion :

11 heures, méditation. — 11 h. 34, examen particulier. — Midi, Dîner, lecture et causerie pieuses. —

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