Déposition de M. Rover, vicaire de Saint-Pierre
2 heures, chapelet, vêpres en commun. — 3 heures, conférence. — 3 h. 3 4, préparation à la mort, salut du Très Saint Sacrement.
C'est pour obtenir cette dernière faveur que M. de Préville écrivit à Mgr l'Evêque d'Arras, la lettre suivante, datée du 28 juillet 1879 :
« Monseigneur,
« Il est venu à quelques-uns de mes confrères et à moi-même la pensée de nous réunir à Notre-Dame des Apprentis pour une retraite du mois.
« Comme ces exercices se terminent généralement par une bénédiction du Très Saint Sacrement, je viens humblement demander à Votre Grandeur, l'autorisation de cette bénédiction. Pour mettre ma conscience tout à fait en repos, je dois dire à Votre Grandeur, que le mois dernier, j'ai supposé la permission. »
La pensée première de M. de Préville était que chacun de ces messieurs des œuvres donnerait, à tour de rôle, aux confrères réunis, quelque instruction simple et encourageante ; mais, réflexion faite, il trouva qu'il était mieux de confier cette charge délicate
à un membre du clergé régulier. Le Rêvérend Père Baudot, religieux de la Compagnie de Jésus et directeur spirituel de M. de Préville, voulut bien accepter cette mission. Les prêtres nombreux qui durant de longues années, depuis cette époque, ont vu à l'œuvre ce docte et saint religieux, et ont bénéficié des trésors de sa science et de ses vertus, doivent reconnaître combien le choix de M. de Préville avait été heureux. Car l'initiative prise par le saint prêtre du boulevard Eurvin ne tarda pas à être connue hors de Boulogne, pour être imitée et suivie.
Dans une retraite pastorale, l'Evêque diocésain entretint ses prêtres de cette pieuse résolution, les exhorta fortement à organiser entre eux des réunions semblables, et nomma le Révérend Père Baudot directeur des retraites du mois, pour le diocèse d'Arras. Ce fut un encouragement précieux dont les fruits se firent bientôt sentir. En peu de temps, trois nouveaux centres de retraite furent créés : à Calais, à Norrent-Fontes et à Fruges. Afin de développer ces premières semences, le zélé directeur des retraites adressa à ses confrères dans le sacerdoce,
VIE DE M. DE PRÉVILLE Iç3
un pressant appel que nous ne pouvons résister au désir de le citer assez largement :
« Siirsum corda...
« Permettez-moi de vous faire part d'une bonne et pieuse pensée.
« L'accueil qui déjà lui a été fait par un bon nombre de prêtres et la facilité avec laquelle elle commence à se réaliser en plusieurs endroits m'engagent à vous la c om muniquer.
« En ces jours mauvais qui commencent, nous avons tous senti le besoin de nous renouveler ; une lutte s'ouvre où il nous faudra beaucoup de courage.
« Or, Messieurs, l'union fait la force, — surtout la force sacerdotale. — L'isolement en a tant découragés !
« Quelques-uns de vos pieux confrères, préoccupés de cet état de choses, ont pensé qu'en se réunissant une fois par mois, ils trouveraient dans les exercices communs d'une retraite de quelques heures, cette force renouvelée que Dieu nous demande et que les âmes attendent.
« Ils ne se sont point trompée
« Le Père de Ravignan disait : Malgré les obstacles, les dégoûts, les impossibilités... lorsque vous aurez fidèlement cherché, une fois par mois, quelques heures pour méditer, croyez que la lumière du Ciel et la grâce du Sauveur ne vous manqueront plus.
« Oui, Messieurs, dans un pays catholique comme le nôtre, lorsqu'il sera vrai que chaque mois, un grand nombre de prêtres s'unissent pour prier et se sanctifier ensemble, ce jour-là Dieu aura pitié des âmes qui nous sont confiées. Mais pourquoi ce moyen ne se généraliserait-il pas ? Nous nous le sommes demandé, et c'est l'objet de cet appel.
« Le développement de cette Œuvre, entièrement laissé à votre libre initiative, ne demande que l'existence d'un certain nombre de groupes, ou centres de réunion, dont les rapports d intimité personnelle ou de voisinage faciliteront toujours la première formation. Nul doute qu'une entente cordiale et toute spontanée ne soit possible...
« Quant aux avantages de la Retraite mensuelle, il serait bien lonof de les énumérer, et je me garderai de le faire. Cependant en me souvenant de cette force d'association qui est le besoin le plus pressant du
clergé dispersé, en me rappelant les encouragements de chaque instruction, — cette occasion offerte à chacun de mettre ordre à sa conscience par une confession extraordinaire, — ce gage assuré de persévérance dans les résolutions de la Retraite annuelle, — cette union des âmes et des prières, — cet excellent exemple d'une réunion ecclésiastique dont le seul but est la piété, etc., etc., en me rappelant tous ces avantages, si je ne me permets pas d'y insister, clu moins je ne puis m'empêcher de croire que cette pensée était déjà dans les vœux de beaucoup et qu'elle se réalisera largement pour notre sanctification à tous. « Nous nous offrons bien volontiers à seconder de nos efforts, de nos renseignements et de toute notre bonne volonté les projets qu'aurait pu vous inspirer le présent appel. Nous serions particulièrement heureux d'apprendre et d'enregistrer chaque formation d'un nouveau centre de Retraite. Puisque c'est une œuvre d'union sacerdotale, n'isolons pas nos efforts, concentrons-les vaillamment, qu'ils nous soient connus les uns des autres ; plus nous nous saurons nombreux, plus nous nous sentirons forts !
« P. Baudot, S. J. »
Depuis ce temps, Dieu a si sensiblement béni cette œuvre des Retraites mensuelles que le seul diocèse où elle a pris naissance compte environ trente centres de réunion. Elle s'y développe tous les jours encore pour le plus- grand bien du clergé et pour la plus grande édification des fidèles, sous les paternels auspices de Monseigneur l'Evêque.
Mais ce qu'il importe de faire ressortir ici, c'est que cette œuvre des Retraites du mois doit son oriçnne à M. l'abbé de Préville. « Le diocèse d'Arras, disait à la veille de sa mort la Semaine Religieuse, déjà citée, lui doit l'institution des Retraites du mois pour les ecclésiastiques. C'est dans cette pieuse maison de Notre-Dame des Apprentis qu'a eu lieu la première de ces réunions, à la demande de M. de Pré ville, et avec le concours du R. P. Baudot, de la Compagnie de Jésus...
« Nous ne savons ce que le Maître de la vie et de la mort a décidé par rapport à son vaillant apôtre. Les desseins de Dieu sont impénétrables. Nous aimons à espérer que les prières de tant d'amis et de toute une fervente congrégation religieuse obtiendront une guérison qui paraît si nécessaire à la cause du bien. Toutefois, nous pour-
rons dire que, s'il plaît à Dieu de couronner avant le temps son zélé serviteur, parmi tant de bonnes œuvres qui accompagneront M. l'abbé de Préville au tribunal suprême, la fondation des retraites mensuelles ecclésiastiques pour notre diocèse sera une des plus méritoires devant le Souverain Jug-e. »
Nous retrouvons la même assertion sous la plume compétente du R. P. Baudot, dans une lettre écrite le 15 février 1895 à l'un des successeurs de M. de Préville :
« C'est bien chez vous que l'œuvre de la Retraite mensuelle a pris naissance. Elle est née de la conférence que M. de Préville avait établie chez lui pour traiter les questions des patronages ouvriers, et à laquelle prenaient part cinq ou six vicaires de Boulog-ne.
« C'était en 1879. Ces messieurs étaient de ceux qui comprennent que le zèle prend sa source dans la ferveur. Afin d'être plus zélés, ils voulurent être plus fervents. Ils me consultèrent, et après avoir bien réfléchi, bien prié tous ensemble, je leur conseillai de consacrer chaque mois une de leurs conférences à une réunion de retraite mensuelle, que nous passerions ensemble et dont nous tracerions ensemble le règlement.
« Ce qui fut dit fut fait. Et je ne puis vous dire combien nos premières réunions furent délicieuses d'intimité. Je ne soupçonnais pas qu'il y avait là un grain de sénevé qui pourrait se développer. M. de Préville invita successivement deux de ses anciens condisciples de Saint-Sulpice, l'un directeur d'orphelinat, et l'autre curé, tous deux du diocèse d'Arras. Et c'est dans des échanges de vues avec ces deux messieurs que l'idée me vint qu'on pourrait porter la retraite dans les paroisses et presbytères. Nous eûmes grande joie, M. de Préville et moi, de cette révélation.
« Je me mis aussitôt en rapports avec Mgr Lequette et la propagande se fit sous son haut patronage.
« Avec la bénédiction du Cardinal Régnier et de Mgr Duquesnay, je fis aussi beaucoup de propagande, dans le diocèse de Cambrai, par lettres et par démarches, soit auprès des membres du clergé, soit auprès de nos Pères.
« Cette première initiative a amplement réussi, et ce fut ce qui m'encouragea à une nouvelle propagande en beaucoup d'autres diocèses, au moins auprès de Nosseigneurs les Evêques. Beaucoup d'essais ont été tentés
et se soutiennent... Mais quoi que ce soit qu'il arrive et quelque bien que fasse cette bonne œuvre des Retraites mensuelles sacerdotales en commun, si l'on veut remonter à la source, au berceau, c'est à Notre-Dame des Apprentis de Boulogne qu'il faudra revenir .
« Entre tous les mérites acquis devant Dieu par votre cher Père de Préville, entre toutes ses bonnes œuvres, celle-ci ne sera pas la moindre. Je le bénis pour le bien qu'il m'a donné de faire à quelques-uns de mes frères dans le sacerdoce. »
Par une adorable attention de la Providence, M. de Préville recevra les derniers sacrements en un jour de retraite sacerdotale mensuelle, dans cette même maison de Notre- Dame des Apprentis où quinze ans auparavant, il avait jeté les bases de cette œuvre éminemment féconde, qui est une de ses plus belles gloires, entouré des prêtres de Boulogne et des paroisses environnantes, et dont quelques-uns avaient été ses compagnons de la première heure.
Le R. P. Leclerc, Supérieur Général des Frères de Saint Vincent de Paul, qui donna les derniers secours religieux au vénéré ma-
lade, fit ressortir avec émotion cette remarquable coïncidence, et M. de Préville lui-même retrouva assez d'énergie pour prêcher encore en faveur de son œuvre favorite, exprimant le vœu que les prêtres des différents centres de retraite mensuelle formassent entre eux une association de prières pour se soutenir dans les combats du saint ministère et à l'heure de la suprême séparation, (i)
i. Au mois de février 1887, des retraites mensuelles, tout à fait semblables à celles du diocèse d'Arras, furent fondées à Tilly, pour le diocèse de Versailles. Elles fonctionnent depuis cette époque, avec le plus grand succès. Organisées par M. de Préville, avec le concours d'un vénérable laïque, de qui nous tenons ces détails, ces retraites sacerdotales sont encore l'une des belles œuvres créées par celui dont nous racontons la vie.
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