Retraite de 3o jours
« Pourquoi, dit-il encore sous l'inspiration de la même humilité, pourquoi pendant ces deux années, le noviciat ne donne-t-il pas plus de fruits, sinon parce que je ne suis pas docile à me sanctifier comme le voudrait Notre^Seigneur? » (i)
L'un des premiers novices de M. de Préville parle ainsi de ce saint maître :
« Pendant mon noviciat, je fus frappé de sa mortification extraordinaire. La vie si austère des novices était la sienne. Au dortoir, il avait le même lit, le même pauvre mobilier que nous. Notre règle était sa règle. Comme nous, chaque matin, il faisait son lit, cirait ses chaussures, balayait sa cellule, et aux jours fixés, se donnait la discipline.
« Quelquefois, quand il était appelé inopinément, un novice voulait lui rendre ces petits services, il le défendait. Nulle cellule n'était mieux tenue que la sienne. Plus d'une fois, je le vis se joindre à nous pour laver la vaisselle ou remplir ces offices mortifiants qui sont l'épreuve des novices.
« Et il faisait tout, avec une telle simplicité, avec une aisance telle, qu'on l'eût pris
i. Retraite de 3o jours.
VIE DE M. DE PRE VILLE 2 ï I
pour le dernier des novices et qu'on eût pu penser qu'il avait été préparé d'enfance à ces humbles fonctions. »
Cependant, si M. de Préville s'appuyait sur Dieu, qui est vraiment le premier maître des âmes apostoliques, il n'en mettait pas moins, au service de ses novices, ses grandes ressources d'esprit et de cœur. Tout entier à sa charge, « il était toujours prêt à recevoir chacun, à l'écouter, autant qu'il le voulait. On usait et on abusait de lui ; sa patience était parfaite . »
Ce que voulait M. de Préville, c'était connaître à fond ceux dont il avait la charge. Aussi leur donnait-il toutes les facilités de se montrer tels qu'ils étaient.
« J'ai remarqué chez M. de Préville, dit encore l'éminent religieux, cité plus haut, un esprit très large dans la formation qu'il donnait aux novices. Il ne cherchait pas à faire passer tous les caractères par le môme moule. Il étudiait les dons naturels et surnaturels de chacun, les adaptait aux Constitutions et à l'esprit particulier de notre famille religieuse, mais sans étouffer l'initiative et les dispositions personnelles.
« Un novice avait-il été à même de voir
et d'étudier une œuvre quelconque, M. de Préville lui demandait d'écrire ses réflexions, de les lire, de les développer, devant tous les autres novices : c'est alors que lui-même intervenait pour rectifier, s'il en était besoin . • »
Seulement, ce n'était pas dans ses propres lumières que M. de Préville cherchait ces solutions, mais dans le livre divin. On peut dire que l'Evangile était son premier moyen de formation. Ce que Notre-Seigneur a fait vis-à-vis de ses Apôtres, dans les différentes circonstances de sa vie publique, notre saint maître des novices le méditait longuement, s'en inspirait dans sa direction, et en tirait les leçons les plus utiles pour les futurs apôtres dont il était lui-même charg'é. Il était impossible de vivre quelque temps avec M. de Préville, sans voir clairement qu'il abritait toute sa méthode derrière les enseignements du divin Maître. Et comme Lui, il gagnait les âmes sans les briser, mais il les gagnait au point qu'elles ne pouvaient plus résister à son action et qu'elles s'ouvraient à lui, dans ce qu'elles avaient de plus secret.
En 1889, M. de Préville fut nommé premier assistant du Supérieur général et Visi-
teur des différentes maisons de la Congrégation. Il apporta dans cette charge délicate et importante la même activité que dans la direction du noviciat. « Qu'il se soit épuisé par un travail excessif, nous écrit son successeur, c'est ma pensée. Ses visites canoniques étaient autant de coups de feu. Etude complète des œuvres visitées, étude approfondie de chaque membre de la communauté, recherche acharnée des améliorations à apporter, tout cela prenait ses jours et presque ses nuits. Et pour assurer ensuite le fruit de son passage, rien ne lui coûtait, ni les démarches, ni les correspondances, ni les directions lono-ues et détaillées. »
Mais cette activité, avec quelle sagesse, avec quel tact, elle se dépensait ! M. de Préville savait relever les courages défaillants, régler les élans du zèle apostolique, faire respecter l'autorité dont il était le représentant, maintenir l'esprit de la congrégation. Partout, l'on désirait sa visite qui était toujours bienfaisante. Si parfois, les solutions qu'il donnait n'apportaient pas un vrai remède, il savait si bien prêcher la patience et la confiance en Dieu ; il recommandait si fortement la prière, que les œuvres les plus éprou-
vées acceptaient leurs tribulations avec un vif esprit de foi et une sainte générosité.
Ainsi, l'influence de M. de Préville, autrefois restreinte dans les limites du noviciat, s'étendait à toutes les maisons de l'Institut. Aujourd'hui encore, grâce r.ux notes innombrables qu'il a laissées sur tous les détails de sa charge, ce bien se continue pour le plus grand avantage de cette congrégation à laquelle il s'était donné tout entier.
Mais, comme dans l'intérieur du noviciat, M. de Préville sut éviter l'écueil auquel ne prennent pas toujours garde les fondateurs d'oeuvres : c'est celui de croire que leur système est, d'une façon absolue, le meilleur de tous les systèmes. Ils ne tiennent parfois compte que des résultats qu'ils ont obtenus, sans remarquer que d'autres hommes ont obtenu, eux aussi, d'excellents résultats, par des moyens différents.
M. de Préville savait bien que, suivant les localités, il faut tenir compte des mœurs, des usages, des tempéraments. Aussi agissaitil plus par voie de persuasion que par voie d'autorité. Les cœurs étaient vite gagnés par cette suave manière de procéder.
Ce fut, nous le verrons bientôt, dans
l'exercice même de ses fonctions d'Assistant, que le mal auquel M. de Préville devait succomber, prit un caractère particulièrement alarmant. Mais avant de raconter les derniers jours de cet homme de Dieu, revenons, pour un instant, à son œuvre préférée, c'est-à-dire au patronage Notre-Dame des Apprentis.
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