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Vie de M. Allemand, par M. Gaduel, 2' édition, p

Le faire connaître, ce sera rendre hommage à une grande vertu sacerdotale, encourager les nombreux enfants de ce Père de jeunesse à garder ses le:ons et son souvenir sauveur, jeter un nouveau lustre sur une congrégation qui a déjà tant de titres à la reconnaissance de l'Eglise de France et peut-être aussi, avec la grâce de Dieu, susciter plusieurs imitateurs de son dévouement pour les ouvriers, les jeunes gens et les pauvres.

Parfois Dieu fait naître les futurs apôtres des classes ouvrières, au sein même de ce pauvre peuple qu'ils auront à évangéliser ; on est plus secourable aux malheureux lorsqu'on a soi-même connu les privations et les souffrances qui sont inséparables de la pauvreté ; d'autres fois, pourtant, ceux que la Providence prédestine à être les serviteurs des petits et des humbles sont pris parmi les grands de ce monde, comme pour attirer plus impérieusement à la grâce de l'Evangile, par le prestige d'un contraste qui honore et flatte les classes populaires.

Il en fut ainsi pour M. de Préville.

Maximilien Raoul de Roussel de Préville naquit au château de Mont-Lambert, près de Boulogne-sur-Mer, le Ier avril 1845. La fa-

mille de Préville tenait alors et tient encore aujourd'hui l'un des premiers rangs dans la noblesse boulonnaise par son ancienneté et par ses vertus.

Celui dont nous écrivons la vie ne s'est jamais prévalu de son origine . Nous en disons seulement ce mot pour éclairer la suite de notre récit : car si l'éclat de la naissance fut pour M. de Préville, en beaucoup d'occasions, un grand élément de succès, nous verrons qu'il lui fut quelquefois un obstacle, surtout dans les décisions qui dépendaient de sa famille, en même temps que de lui.

Ce qu'il fut dans son enfance, des renseignements authentiques et sûrs vont nous le dire : « A l'âge de deux ans et quelques mois, d'affreuses convulsions mirent sa vie en danger ; il resta deux heures sans connaissance, et l'on ne parvint à le ranimer qu'à force de soins. Ces accidents le rendirent délicat une partie de son enfance.

Au point de vue du caractère, il était doux, enjoué, voire même un peu taquin avec ses frères, qui, du reste, savaient se venger. Il avait une grande sympathie pour sa sœur plus âgée que lui, et l'entourait d'affectueuses prévenances.

D'une sensibilité excessive, il pleurait très facilement, surtout lorsque ses frères ripostaient trop vivement à ses saillies, mais lui n'aurait jamais voulu causer la moindre peine (i). »

Dans ces traits, nous retrouvons M. de Préville. C'est bien lui, tel que nous l'avons connu : plein de bonté, de compassion, d'affabilité, et séduisant par son entrain, sa verve et son esprit, tous ceux qui avaient la joie de l'approcher.

Jusqu'à l'âge de huit ans, Raoul de Préville resta dans sa famille. L'instituteur de la commune fut son premier maître dans les sciences humaines ; mais en même temps, une mère chrétienne formait son jeune cœur à la vertu et à l'amour de Dieu. Bientôt, cette première éducation domestique ne suffisant plus, Raoul dut prendre le chemin du collège.

Il y avait en ce temps -là, à Boulogne, une maison d'éducation très prospère, très bien fréquentée, que Mgr Haffreingue, homme puissant en œuvres, et dont la cité boulonnaise restera toujours justement fière,

i. Renseignements donnés par la famille.

avait ouverte, au commencement du siècle, dans les bâtiments de l'ancien évêché (i).

Durant 50 ans et plus, on rencontra partout les élèves de Mgr Haffreingue, dans la magistrature, dans Tannée, dans le sacerdoce, dans l'administration des affaires publiques, dans les lettres, dans la médecine, et partout on reconnaissait en eux des prêtres zélés, des catholiques dévoués, des hommes de devoir, et par dessus tout, de fidèles serviteurs de la Sainte Vierge. Raoul de Préville fut envoyé dans cette école, comme demi-pensionnaire, avec son frère aîné.

Sans être ce qu'on pourrait appeler un travailleur forcené.. Raoul fit de bonnes études chez Mgr Haffreingue ; surtout, ce qui

1. « M. l'abbé Benoit-Agathon Haffreingue, né à Audinghen, le 4 juillet 1785. — Il prend possession, le 5 août i8i5, à titre de locataire, de l'ancien Palais épiscopal, où se trouve transféré, à la rentrée des classes, le pensionnat d'instruction secondaire, établi jusquelà dans la maison n° 2 de la rue Saint-Jean par M. l'abbé J. B. Compiègne. Ce pensionnat, fondé en 1708, à Audinghen, par M. Antoine-Marie Compiègne, avec le concours dévoué de M. l'abbé Delrue, avait été transporté à Boulogne le 1" janvier 18 13. Il resta dans les bâtiments du Pakiis épiscopal jusqu'au 11 août 1871, où fut faite aux élèves la dernière distribution des prix de l'année scolaire, après la mort du vénéré supérieur, qui avait rendu son âme à Dieu, plein de jours et de mérites, le 18 avril précédent. » (Haignaré, Dict. Histor. du Pas-dc-Calaisy arrond. de Boulogne. Tome Ier, p. 371, 372.)

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est mieux, il y édifia par sa vive piété ceux qui vécurent avec lui.

C'est dans cette maison qu'il fit sa première communion, à l'ombre même de ce sanctuaire de Notre-Dame que la foi et l'amour achevaient d'élever à la gloire de Marie. Ce grand acte de sa vie impressionna vivement sa jeune àme : il conserva toujours un véritable culte envers le saint prêtre (i) qui l'y avait préparé et qui vécut, du reste, assez pour avoir la joie d'assister à sa première messe.

Ce n'était pas sans émotion que M. de Préville se reportait par le souvenir vers ces premières années : « J'ai repassé, disait-il dans sa retraite de trente jours, en 1886, l'action du bon Dieu à travers toute ma vie et la suite des grâces dont il m'a entouré durant toute ma jeunesse : ce désir si lointain de me faire prêtre ; cette protection constante de la Providence, malgré la liberté si grande dont je jouissais au collège ; la protection de la Sainte Vierge qui me défendait en me tenant à la première charge de la Congrégation... Que la crainte de mettre le comble à mes

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