SIMON, GUSTAVE
Simon, regardant sa file. Ahl mon cher Gustave, c’est la meilleure de la famille !
gustavb. C’est nn trésor que vous me
donnez!
SIMON. Oh ! oui, un trésor! tu connais son cœur, scs vertus ? mais ce que tu ne connais pas, c’est sa tendresse pour moi, son amour pour tous ses parens ! pourquoi faut-il que son frère ne lui ressemble pas !
Gustave. Est-il possible, que Victor, que votre fils?...
Simon. Ah! mon pauvre Gustave, mon Gis me tuera !
GUSTAVE. Il est donc bien changé?
SIMON. Changé ? Dis qu’il est méconnaissable. Tu sais, mon ami, combien il était doux dans sa jeunesse ? tout entier â ses devoirs ses progrès furent rapides ; on le regardait comme le plus studieux de son collège; point de prix, point de couronnes qui ne lui fussent décernés. Eh bien ! cet enfant sur lequel on pouvait fonder le plus grand espoir, que tous les pères m’enviaient ! cet enfant est maintenant un débauché, un joueur ! je cherchai à le ramener dans le bon chemin en payant plusieurs fois ses dettes et en lui faisant des remontrances sévères ; je croyais y être parvenu, Iorsqu’hier j'apprends qu’à tous ses défauts il joint encore celui de duelliste! Alors je racontai tout à sa mère et lui manifestai le besoin de ne plus le ménager: sa tendresse pour lui l’emporta encore. Je l’attendais pour lui faire honte de sa conduite... te le dirai-je? il n’est pas rentré !
GUSTAVE. Est-il possible ?
Simon. Non, mon ami, il n’est pas rentré!
GUSTAVE. Écouter, mon père; quoique je ne sois de retour ici que depuis peu de jours, je me suis bien aperçu de quelque changement dans la manière d'agir de votre Gis, j’ai cm en deviner la cause ; et si je ne craignais pas que vous pussiez croire que quelqu’arrière pensée me guidât... je vous dirais...
SIMON. Que c’est à M. de St-Hilairc que nous devons la plus grande partie de no* malheurs. Ne le pensai-je pas comme toi ? j’ai voulu rompre cette liaison ; j’ai été jusqu'à le prier de ne plus revenir chez moi... Mais les prières do ma femme de qui il a, je ne sais comment capté la con- Gance, celles de mon Gis qui promettait de se corriger me décidèrent et il revint.
GUSTAVE. 11 ne m’appartient pas de juger votre conduite... mais vous avez peut-être mal fait de consentir à son retour. .
Simon. Je le sais bien. Que veux-tu ? je
ru H»i.
ne puis rien refuser à ma femme. Je ne suis pas méchant , > mais mon caractère est loin d’etre égal ! j’ai des instans de colère que je redoute vraiment... et un jour je poussai si loin l’emportement contre ma femme que peu s’en fallut que je ne me portasse îi des excès contre elle !
GUSTAVE. Vous, mon père 7
Simon. Oui, mon ami. j’ai failli la frapper !... Kllc voulait se séparer de moi, ce ne fut qu’à force de prières que je la fis consentir à ne point faire un éclat, capable de me perdre dans le monde, et de m'enlever le coeur de mes enfans. celui de ma fille, auquel je tiens avant tout.
Depuis, j’ai dû m’éloigner de toute discussion qui me conduirait encore à des actes que je déplorerais tonte ma vie ; j’en ai pris l’habitude, maintenant, et lui résister me serait impossible. Mais je t’entretiens de mes malheurs et je ne pense pas qu’aujourd'hui surtout tes momens sont précieux.
GUSTAVE. En effet, l’heure de me rendre à bord est arrivée, souffrez que je vous quitte.
Simon. Je vais t’accompagner jusqu’au port. Car si j'ai des chagrins, j’ai aussi des motifs de joie : j’attends aujourd’hui même un bâtiment qui m’apporte une riche cargaison, et demain peut-être il m'en arrivera un autre. Oh! je suis remis tout-à-fait quant aux affaires !
Gustave. Eh bien ! espérons, espérons mon père, le naturel de Victor ne peut être entièrement perdu, il reviendra.
SIMON. Allons, j’en accepte l'augure.
Je vais pricrun matelot de venir m’avertir aussitôt que mon bâtiment sera signalé.
( Ils fort, nt en causant par la porte du foud. Saint-Hilaire, puis Victor, entrent par la porte de côté. )