ACTE PREMIER
six mille francs, (ll lu» lend le reste des billets.) Et, puisqUC tU
as besoin d'argent, prends.
ANDRÉ
D'où vient cet argent-là?
LE COMTE
C'est de l'argent que j'ai touché.
ANDRÉ
Tu n'avais rien à recevoir.
LE COMTE
On a toujours quelque chose à recevoir quand on cherche bien. Ah çà! parlons de choses sérieuses; est-ce que tu es amoureux ?
ANDRÉ
Pourquoi cela?
Je ne vois que cette raison de rester à Paris au mois de septembre. J'y suis depuis deux heures et j'y étouffe. Si ce n'était pas pour t'en arracher...
ANDRÉ
C'est pour cela seulement?
LE COMTE
Pas pour autre chose. Il y a une partie superbe organisée pour après-demain avec madame de Chavry, sa nièce, de Ligneraye... Tu ne connais pas de Ligneraye?
ANDRÉ
Non.
LE COMTE
C'est un aimable garçon qui te plaira beaucoup; mais il
habite presque toujours l'Italie pour sa santé, et parce que madame de Ghavry l'habite.
ANDRÉ
Ah!
LE COMTE
Oui; mais ça ne nous regarde pas. Il y aura aussi de Naton; tu le connais, lui!
ANDRÉ
Trop! Alors, voilà de qui tu fais ta société?...
LE COMTE
Oui, j'aime les jeunes gens. Enfin, j'ai engagé ma parole que tu serais des nôtres; et, puisque mes lettres ne servaient de rien, je suis venu te chercher moi-même. Que dis-tu de ce père-là?
ANDRÉ
Ah! c'est un bon père! Mais il est bien venu un peu aussi pour dire adieu à madame de Genson, qui m'a écrit de venir la voir et qui m'a annoncé son départ.
LE COMTE
Elle est partie hier ; elle va rejoindre son mari en Ecosse.
ANDRÉ
Eh bien, mais tu devrais être d'une tristesse affreuse !
LE COMTE
C'est vrai... Je ne sais pas comment cela se fait, je supporte assez bien ce malheur. Sans doute parce que j'ai à te parler d'affaires.
ANDRÉ
Moi aussi! Ça se trouve bien. Je t'écoute.
ACTK PREMIER. n\
LE COMTE
Non... commence, pour m 'encourager.
ANDRÉ
C'est donc grave?
LE COMTE
Oh! très grave!,..
Eh bien, voici ce que c'est... (joseph entre.) Quevouiez-vous?
JOSEPH
Que monsieur ne parle pas si haut...
ANDRÉ
Parce que?...
JOSEPH
La dame en noir est là !
ANDRÉ
Comment! la dame en noir est là? Cependant, vous lui avez dit?...
JOSEPH
Oui, mais elle a voulu absolument écrire un mot à M. le vicomte, et elle est là, dans la chambre; je n'ai pas osé rcfuser. Que monsieur prenne garde !
Il sort.
LE COMTE
Veux-tu que je te laisse ?
ANDRÉ
Au contraire.
LE COMTE
Si tu as quelqu'un à recevoir'?
Personne... Seulement, ne fais pas de bruit..,
LE COMTE
Tu as fait dire que tu n'étais pas chez toi?
ANDRÉ
Oui... mais je crois qu'on se doute que j'y suis.
LE COMTE
Yeux-tu que j'aille recevoir la personne?
ANDRÉ
Inutile !
LE COMTE
C'est une femme; il faudrait y mettre des formes.
ANDRÉ
Ce n'est pas la peine.
LE COMTE
Alors, va pousser ton verrou.
ANDRÉ
Tu as raison... (n pousse tout doucement le verrou. Au même moment, du dehors, on essaye d'ouvrir la porte.) Il était tomps !
Il re^'arde par le trou de la serrure.
LE COMTE
Ta vois... Je me connais mieux en femmes que toi.
ANDRÉ
"Elle s'en va... (au comi^.) Je te demande pardon.
N'es-tu p^s chez toi? ~